Sous le poids de la décision : Lecture chrétienne sur l'avenir de la Cisjordanie
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Sous le poids de la décision : Lecture chrétienne sur l'avenir de la Cisjordanie

Le gouvernement israélien a approuvé en février 2026 une décision qui remodèle le système de contrôle en Cisjordanie, par le transfert des pouvoirs civils et administratifs à des institutions israéliennes directes, la réduction du rôle de l'Autorité palestinienne, l'expansion des colonies et le renforcement des restrictions sur la construction et la circulation.

Cette décision ne constitue pas une mesure administrative passagère, mais un véritable passage vers un contrôle direct de longue durée, avec des implications politiques, juridiques et humanitaires profondes, menaçant l'avenir de la présence palestinienne, en particulier la présence chrétienne historique en Terre sainte.

La dimension politique et juridique

Les rapports des Nations Unies et du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) confirment que les politiques israéliennes cumulées ont conduit à la fragmentation de la géographie palestinienne et à l'érosion du concept d'autonomie. La résolution 2334 du Conseil de sécurité fait également état de l'illégitimité des colonies et du refus de changer la réalité démographique des territoires occupés.

Pour sa part, des organisations internationales comme Human Rights Watch et Amnesty International ont documenté des violations systématiques des droits de l'homme dans les territoires occupés, décrivant le système en vigueur comme basé sur la discrimination institutionnelle.

Dans ce contexte, le transfert des pouvoirs administratifs aux autorités israéliennes représente une étape supplémentaire vers une annexion rampante, vidant de son contenu toute solution politique future.

L'impact humanitaire et social

Les données de la Banque mondiale et des Nations Unies montrent que les restrictions imposées à la circulation et à l'économie ont contribué à l'augmentation des taux de pauvreté et de chômage, et à la réduction des opportunités de développement et d'investissement.

La démolition des maisons, les checkpoints militaires, et les restrictions d'accès aux terres agricoles ne sont pas des mesures temporaires, mais des outils de pression durables qui épuisent la communauté et l'incitent à l'émigration forcée ou semi-forcée.

Ici, la loi se transforme en outil de soumission, et l'administration en moyen de punition collective, violant clairement les principes de justice et de dignité humaine.

Sous le poids de ces politiques, la perte se transforme d'une simple terre en un saignement humain continu, poussant les jeunes et les familles, en particulier chrétiennes, à migrer à la recherche d'une sécurité perdue et d'un avenir incertain.

Les villages chrétiens et la présence menacée

Dans ce contexte, le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, a averti de la détérioration continue des conditions dans les villages chrétiens, affirmant que :

"Les conditions des paroisses de l'église dans des villages comme Taybeh, Zababdeh et Aboud sont très fragiles et en déclin constant... La fragilité n'est pas seulement politique, mais aussi économique, car les principales sources de revenus des Palestiniens se sont arrêtées, et on ne sait pas quand elles reviendront."

Des études ecclésiastiques et régionales révèlent également une diminution notable du nombre de chrétiens palestiniens au cours des dernières décennies, en raison des pressions politiques et du manque d'horizon futur.

Malgré cela, cette petite communauté continue de résister, s'appuyant sur sa foi profonde et sur des réseaux de solidarité familiale et ecclésiale.

Taybeh comme exemple

La ville de Taybeh, à l'est de Ramallah, constitue un exemple vivant de cette réalité. C'est la dernière ville chrétienne entièrement en Cisjordanie, et elle fait face à la confiscation des terres, à l'expansion des colonies, aux restrictions de construction et aux agressions des colons.

Des rapports des Nations Unies affirment que les zones autour de Taybeh souffrent d'une expansion coloniale accélérée qui menace les moyens de subsistance et la stabilité communautaire, et qui limite les possibilités de développement naturel.

La dimension chrétienne et théologique

Dans la foi chrétienne, la terre ne se limite pas à sa dimension géographique, mais est comprise comme un espace de témoignage, de dignité et de vie en commun ; le chrétien palestinien n'est pas un invité sur cette terre, mais une partie intégrante de son histoire spirituelle et humaine.

Les politiques de déplacement et la démolition des maisons sont radicalement en contradiction avec l'essence de l'évangile, qui repose sur la justice, la réconciliation et le respect de la dignité humaine.

Théologiquement, la perte démographique constitue une blessure dans le corps de l'église, les lieux saints se transformant en sites sans communauté vivante pour témoigner de la foi dans son contexte historique.

Des étapes pratiques nécessaires

1.    Face à cette réalité, il ne suffit pas d'exprimer son inquiétude, mais il est nécessaire d'agir concrètement, à travers :
2.    La mise en œuvre d'une pression internationale ecclésiale et juridique pour protéger le droit international.
3.    Le soutien économique à la résistance des villages chrétiens à travers des projets de développement et des fonds de solidarité.
4.    La documentation juridique des violations en coopération avec des institutions internationales.
5.    Le renforcement de la diplomatie populaire ecclésiale et des visites de solidarité.
6.    L'autonomisation des jeunes par l'éducation, les bourses et des programmes de leadership pour réduire l'émigration.

La récente décision israélienne ne menace pas seulement la possibilité d'un État palestinien viable, mais touche également l'essence de la justice comme fondement de toute paix véritable. D'un point de vue chrétien, cette réalité constitut un test de la crédibilité du discours religieux lorsqu'il est confronté à une souffrance humaine tangible.

La paix ne se construit pas par la force, mais par la reconnaissance du droit, la préservation de la dignité et le respect de l'homme dans sa terre et son histoire.

L'histoire de Taybeh et des autres villages palestiniens confirme que ce qui se passe n'est pas un simple débat politique, mais une bataille quotidienne pour la survie et l'identité. Face à cette réalité, la voix chrétienne est appelée à être une voix de vérité sans compromis, car le fait de rester neutre devant l'injustice n'est pas une position innocente, mais un soutien silencieux.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.