Élite et Patries
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Élite et Patries

Dans la politique, l'histoire ne disparaît pas mais se réinvente dans des formes plus dures et plus astucieuses. Depuis les années 1930, lorsque la Palestine était sous le joug du mandat britannique et les bouleversements politiques qui en résultaient du fameux « Déclaration Balfour », le paysage politique reflétait une crise plus profonde qu'un simple conflit avec une puissance coloniale étrangère. Le véritable conflit résidait dans la capacité des élites politiques à envisager l'avenir, alors que la scène se remplissait de compétitions pour l'influence et la représentation, plus que de préoccupations pour la construction d'une stratégie nationale unifiée. Dans le célèbre dessin animé publié par le journal « Palestine » en 1936, pendant la grande révolte palestinienne, la critique ne se limitait pas à la réalité politique mais était un avertissement précoce que l'obsession pour les conflits internes pourrait donner à l'histoire la chance de passer au-dessus des peuples sans qu'ils ne l'attendent.

À cette époque, l'image de l'ancien ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur Balfour, apparaissait symboliquement, maniant les fils du jeu politique. Les politiques britanniques liées à la Déclaration Balfour représentaient la base qui a contribué à façonner les contours du projet sioniste économiquement et politiquement en Palestine, que ce soit par l'encouragement de l'immigration ou le soutien aux nouvelles structures économiques, telles que les projets industriels, l'énergie et l'infrastructure économique qui commençaient à se former progressivement à l'époque. Le conflit n'était pas seulement une confrontation militaire ou politique directe, mais une lutte sur le temps lui-même. Celui qui possède la capacité d'organiser la décision politique collective a le pouvoir d'influencer le cours de l'histoire.

Aujourd'hui, la situation semble plus complexe, mais elle présente les mêmes caractéristiques sous des formes nouvelles. La scène palestinienne souffre d'une profonde division politique et institutionnelle entre des institutions liées à la représentation politique traditionnelle, telles que l’OLP et l’Autorité nationale palestinienne, et d'autres forces politiques et militaires comme le Hamas et le Jihad islamique. Cette fragmentation n'est plus simplement un désaccord politique, mais une structure politique qui se reproduit continuellement, alors même que les Palestiniens font face à un rapport de forces inégal avec Israël, soutenu politiquement et militairement par ses alliés, notamment les États-Unis.

Dans ce contexte, le nouvel avertissement lié à ce que propose le discours politique américain à l'heure actuelle, notamment ce qui concerne les politiques de l'actuel président américain Trump, qui mène des mouvements politiques dans le cadre de ce qu'on appelle l'Initiative de paix avec ses 21 points, émerge. Certains analystes estiment que ce qui est proposé dans cette initiative pourrait redéfinir le concept de solution politique dans la région, notamment en ce qui concerne l'idée d'un État palestinien et le droit du peuple palestinien à déterminer son destin politique. Le danger ici ne réside pas seulement dans les politiques extérieures, mais aussi dans la possibilité de répéter la même erreur historique : se préoccuper des conflits internes et laisser passer les grandes transformations internationales sans posséder un projet national unifié capable de faire face à ces changements.

L'histoire nous rappelle que l'ignorance des plans des grandes puissances dans le passé n'a pas été simplement une erreur politique passagère, mais a été un des facteurs ayant contribué à façonner une réalité tragique ultérieure. Aujourd'hui, le défi ne semble pas beaucoup différent. La cause palestinienne, malgré sa présence symbolique et médiatique mondiale, n'a pas toujours réussi à transformer ce capital symbolique en une force politique pressante capable d'imposer de nouvelles équations, car la voix politique palestinienne est parfois restée multiforme, soumise à des variations de perception sur la nature même du conflit : s'agit-il d'un conflit de libération à long terme ? Ou d'un processus négocié progressif ? Ou d'une confrontation politique aux horizons ouverts ?

La différence entre le passé et le présent ne réside pas dans l'intensité du conflit mais dans la complexité de ses outils. Dans le passé, le colonialisme se manifestait de manière directe et évidente, tandis qu'aujourd'hui, le conflit prend des formes politiques, économiques et diplomatiques plus subtiles, mais ne s'avère pas moins rude sur le terrain. Les peuples ne sont pas toujours vaincus dans les champs de bataille directs, mais peuvent être épuisés lorsque leurs dirigeants sont plus préoccupés par la gestion des rivalités internes que par l'élaboration d'un projet national global capable de faire face à de grandes transformations historiques.

Peut-être la question la plus pressante aujourd'hui est la même que celle que l'histoire a posée il y a presque un siècle : la force des peuples réside-t-elle uniquement dans leur capacité à affronter leurs adversaires extérieurs ou dans leur capacité, d'abord, à établir une unité décisionnelle nationale capable de transformer les défis en un projet politique futur ? Les nations qui laissent leur histoire écrire leur destin au lieu de l'écrire elles-mêmes se retrouvent souvent à répéter les mêmes leçons dures à travers les générations.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.