Ne vous inquiétez pas pour l'enfant sélectif : des chercheurs établissent un lien entre la "binge eating" et la santé mentale
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Ne vous inquiétez pas pour l'enfant sélectif : des chercheurs établissent un lien entre la "binge eating" et la santé mentale

Sada News - Beaucoup de parents se retrouvent dans un combat quotidien avec des enfants qui refusent de manger des légumes ou repoussent une assiette de fruits, ce qui leur engendre une inquiétude chronique concernant la "sélectivité alimentaire" et si cela aura un impact sur la santé de leurs enfants plus tard. En revanche, l'enfant qui mange beaucoup peut être perçu comme "ayant un bon appétit" ou "un enfant en bonne santé", ce qui ne suscite pas la même inquiétude.

Cependant, une étude canadienne récente suggère que la boussole de l'inquiétude peut être dirigée au mauvais endroit, elle indique que la suralimentation durant la petite enfance peut être liée à certains problèmes psychologiques et comportementaux à l'adolescence, en particulier chez les filles, tandis que la sélectivité alimentaire ne semble pas en soi être un indicateur clair de troubles psychologiques ultérieurs.

Ces résultats ne signifient pas que chaque enfant qui mange de manière excessive est inévitablement sujet à des problèmes psychologiques, mais ils ouvrent une fenêtre différente pour examiner les comportements alimentaires précoces comme une "signalement" qui mérite d'être suivi, et non simplement comme un détail passager lors des repas.

Une étude ayant suivi des milliers d'enfants pendant des années

L'étude publiée dans la revue "BMC Pediatrics" a suivi plus de 2000 enfants dans la province de Québec, Canada, depuis la petite enfance jusqu'à l'âge de quinze ans.

Au cours de l'enfance, les mères ont fait rapport sur les habitudes alimentaires de leurs enfants et leur comportement pendant les repas, tel que l'appétit, l'acceptation de nouveaux aliments et des cas de suralimentation ou de rejet.

À l'âge de 15 ans, les participants ont passé des tests et des questionnaires pour évaluer leur santé mentale, qui incluaient des symptômes d'anxiété, de dépression, d'hyperactivité, de trouble de l'attention et des problèmes comportementaux et sociaux.

En analysant les données, les chercheurs se sont concentrés sur deux comportements alimentaires courants :

La suralimentation : Consommer des quantités plus grandes que ce qui est habituel ou attendu.

La sélectivité alimentaire : Rejeter de nombreux types d'aliments ou accepter une liste d'aliments très limitée.

Le résultat principal était frappant :

Les enfants qui ont montré un comportement de suralimentation pendant leur enfance étaient plus susceptibles, à l'adolescence, de rapporter des symptômes d'anxiété et certains comportements associés à l'impulsivité et à l'hyperactivité.

En revanche, les chercheurs n'ont trouvé aucune relation significative entre la sélectivité alimentaire durant l'enfance et l'apparition de troubles psychologiques ultérieurement.

Autrement dit, ce qui perturbe généralement les parents - l'enfant sélectif - n'est pas nécessairement le plus grand danger pour la santé mentale future, selon cette étude.

Pourquoi l'association est-elle plus évidente chez les filles ?

L'un des résultats remarquables est que cette association entre la suralimentation et certains symptômes psychologiques est apparue plus clairement chez les filles comparativement aux garçons.

Les adolescentes qui ont surconsommé durant leur enfance étaient plus susceptibles de signaler des symptômes d'anxiété, d'hyperactivité et d'impulsivité.

Chez les garçons, la relation entre la suralimentation durant l'enfance et les problèmes psychologiques à quinze ans n'était pas aussi évidente.

Ces différences entre les genres soulèvent des questions sociales et psychologiques importantes, les chercheurs supposent que plusieurs facteurs peuvent les expliquer, parmi lesquels :

La pression sur l'image corporelle : Les filles reçoivent depuis un jeune âge des messages contradictoires sur le corps, le poids et l'apparence, ce qui peut influencer leur relation avec la nourriture.

La surveillance parentale sur l'alimentation des filles : Certains parents peuvent surveiller l'alimentation de leurs filles de manière plus stricte, ce qui augmente le sentiment de pression ou de culpabilité après avoir mangé.

Utiliser la nourriture pour réguler les émotions : Certaines filles peuvent se tourner vers l'alimentation comme moyen de faire face au stress, à la tristesse ou à l'anxiété, rendant la nourriture plus qu'une simple réponse à la faim physique.

Cela ne signifie pas que les garçons ne rencontrent pas de problèmes similaires, mais cela suggère que l'interaction entre le genre et les comportements alimentaires ainsi que les pressions sociales peut être plus complexe chez les filles.

Modèles de suralimentation et de sélectivité

Pour comprendre l'image de manière plus précise, les chercheurs ont divisé le comportement de suralimentation chez les enfants en trois modèles principaux :

Suralimentation précoce (14,1 %) : Enfants ayant commencé à manger de manière excessive dès la petite enfance, et ce modèle a persisté avec eux.

Suralimentation tardive (24,3 %) : Leur habitude de suralimentation est apparue à un âge plus proche de l'entrée à l'école.

Absence de suralimentation (61,6 %) : Ce sont la majorité qui n'ont pas montré ces comportements de manière continue.

Quant à la sélectivité alimentaire, elle a été divisée en trois niveaux :

Niveau élevé (7,1 %) : Enfants très sélectifs, rejetant de nombreux aliments.

Niveau moyen (37,4 %) : Sélectivité modérée mais répandue.

Niveau bas (55,5 %) : Enfants acceptant la plupart des types d'aliments et ne causant pas de grande inquiétude à table.

Bien que la sélectivité ait semblé relativement stable dans le temps chez certains enfants, l'étude n'a pas trouvé qu'elle soit clairement liée à des problèmes psychologiques ultérieurs, ce qui renforce l'idée que ce comportement - aussi ennuyeux qu'il puisse être à table - n'est pas un signe certain de risques pour la santé mentale future.

Comment expliquer le lien entre la suralimentation et la santé mentale ?

Les chercheurs estiment qu'il existe deux pistes potentielles pour expliquer la relation entre la suralimentation et certains problèmes psychologiques ultérieurs :

Une difficulté de régulation des émotions :

La suralimentation peut faire partie d'un schéma général d'impulsivité et de difficulté à maîtriser le comportement. Un enfant qui a du mal à s'arrêter de manger peut également avoir du mal à contrôler d'autres comportements, ce qui est parfois lié à des symptômes similaires à ceux du trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité.

La nourriture comme moyen de régulation des émotions :

Dans certains cas, la nourriture peut devenir un moyen pour l'enfant de faire face au stress, à la tristesse ou au sentiment de solitude. Lorsque l'alimentation devient une réponse fondamentale aux émotions négatives, ce schéma peut évoluer vers des difficultés à réguler les émotions et une augmentation des symptômes d'anxiété ou de certains troubles comportementaux.

Quoi qu'il en soit, l'étude souligne qu'il s'agit d'une association statistique et non d'une relation causale directe et définitive, c'est-à-dire que la suralimentation n'explique pas à elle seule les problèmes psychologiques, mais elle peut faire partie d'une image plus large qui mérite d'être remarquée.

La qualité de la nourriture est également importante

En plus de cette étude extensive, une autre étude publiée dans le "Journal of Psychiatric Nursing" a indiqué que la qualité de l'alimentation à l'adolescence est également liée à la santé mentale.

Dans cette étude, les chercheurs ont analysé les habitudes alimentaires d'un groupe d'adolescents et ont noté que ceux qui montraient de meilleurs indicateurs de développement psychologique et mental consommaient une alimentation plus équilibrée, riche en bonnes glucides, ainsi qu'en certains vitamines et minéraux, fibres et antioxydants.

Ces résultats suggèrent que la question ne concerne pas seulement la quantité de nourriture ou l'appétit, mais aussi la "qualité" de ce que mangent les adolescents, et la diversité et la richesse de leurs repas en éléments nutritifs nécessaires à la croissance du cerveau et du système nerveux.

Limites des résultats... et pourquoi il n'y a pas de raison de paniquer ?

En dépit de l'importance de ces résultats, les chercheurs attirent l'attention sur un certain nombre de limites à considérer avant d'en tirer des conclusions définitives :

L'évaluation des habitudes alimentaires durant l'enfance s'est fondée sur les rapports des mères, ce qui peut ouvrir la voie à un certain biais ou à une estimation erronée.

Les outils de mesure des comportements alimentaires étaient relativement succincts, et pourraient ne pas saisir toutes les nuances.

La taille des effets observés était moyenne, ce qui signifie que la relation existe sur le plan statistique mais ne s'applique pas de la même manière à tous les enfants.

Et surtout, la plupart des enfants qui mangent de manière excessive ne développent pas nécessairement des troubles psychologiques par la suite. Néanmoins, prêter attention à ces comportements - surtout s'ils s'accompagnent d'autres changements d'humeur ou de sommeil ou de performances scolaires - peut aider à identifier certains indicateurs précoces qui méritent une consultation de professionnels.

Que doivent faire concrètement les parents ?

Ces résultats n'appellent pas à transformer chaque repas en un test psychologique, mais ils suggèrent aux parents de regarder les comportements alimentaires non seulement à travers le prisme de "combien mange l'enfant ?" ou "a-t-il fini son assiette ?", mais aussi à travers les sentiments qu'il éprouve lorsqu'il mange ? Et pourquoi mange-t-il de cette manière ?

Quelques recommandations pratiques peuvent être résumées comme suit :

Ne pas exagérer l'inquiétude pour la seule sélectivité, tant que l'enfant se développe normalement et reçoit ses besoins nutritionnels de base, avec une révision par un pédiatre si nécessaire.

Observer les modèles de suralimentation s'ils sont persistants, surtout lorsqu'ils coïncident avec des pressions ou des changements dans la vie de l'enfant, comme un déménagement vers une nouvelle école ou des tensions au sein de la famille.

Éviter d'utiliser la nourriture comme punition ou récompense permanente, afin qu'elle ne devienne pas un moyen fondamental de réguler les émotions.

Donner de l'espace au dialogue sur les émotions, et encourager l'enfant à exprimer ce qui le dérange ou l'inquiète de manière autre que par la nourriture.

Consulter des spécialistes, qu'il s'agisse d'un pédiatre, d'un nutritionniste ou d'un psychologue, si les comportements alimentaires semblent faire partie de changements plus larges dans le comportement ou l'état psychologique de l'enfant.

En fin de compte, ces résultats ne signifient pas que chaque bouchée cache un trouble caché, mais ils rappellent que ce qui se passe à table peut parfois être un message silencieux sur des besoins psychologiques plus profonds, qui mérite d'être entendu calmement.

Source : Sites d'information