Malgré un jugement judiciaire... Pourquoi la France a-t-elle facilité la fuite de Rifaat al-Assad ?
SadaNews - Dans un paradoxe judiciaire et politique majeur, la France a mis un terme à des décennies de séjour de Rifaat al-Assad, le frère du défunt président syrien Hafez al-Assad, sur son territoire par un jugement qui l’a condamné à quatre ans de prison et à la confiscation d'actifs immobiliers d'une valeur de 90 millions d'euros.
Le jugement a été rendu sur la base d'accusations graves comprenant le blanchiment d'argent dans le cadre d'une organisation criminelle, le détournement de fonds publics syriens et l'évasion fiscale, des fonds que le tribunal a qualifiés de "bénéfices illégaux".
Cependant, ce jugement judiciaire a été confronté à une réalité de renseignement plus complexe ; des sources de renseignement - dans le film "L'Empire de Rifaat" produit par Al Jazeera 360 - ont révélé le rôle de Rifaat en tant que l'un des principaux "actifs de renseignement" de Paris au Moyen-Orient pendant 30 ans.
De son côté, un ancien officier du renseignement français, Marc Eichinger, a révélé que la fuite de Rifaat al-Assad vers la Syrie en 2021 s'était faite avec l'approbation du président français Emmanuel Macron, ainsi qu'avec l'approbation de François Mitterrand, le président de la France à l'époque.
Eichinger a précisé que la facilitation de la fuite de Rifaat était le dernier chapitre d'un "accord non écrit" entre lui et l'État profond en France.
"L'agent" qui n’a pas rompu sa promesse
Selon le film, la relation de Rifaat al-Assad avec la France n'était pas simplement un asile politique pour un "prince" rejeté par sa famille, mais un partenariat de renseignement qui a débuté à son arrivée à Paris en 1984 après la tentative de coup d'État ratée à Damas.
Des sources de sécurité françaises et des observateurs du dossier révèlent que Rifaat est devenu un "réservoir de secrets" mobile pour le renseignement extérieur français "DGSE" (Direction générale de la sécurité extérieure).
Selon des témoignages d'anciens officiers du renseignement, Rifaat a fourni à Paris des services inestimables, parmi lesquels :
La structure du régime syrien : Rifaat a fourni des détails précis sur les coulisses du pouvoir à Damas, les réseaux d'influence militaires et de sécurité, et les sites de pouvoir au sein de la " vieille garde ", ce qui a permis à Paris de mieux comprendre les équilibres de pouvoir en Syrie.
Courtier en armement : Rifaat a joué le rôle de "médiateur de confiance" dans de grandes transactions d'armement français avec des pays arabes, profitant de ses relations étendues avec des élites politiques et militaires régionales, assurant ainsi aux entreprises de défense françaises une influence large dans la région.
Décryptage des codes du terrorisme et opérations secrètes : durant les périodes de tensions sécuritaires en Europe dans les années 1980, Rifaat était une "chaîne de communication" discrète entre Paris et plusieurs capitales de la région, contribuant à apaiser des dossiers de sécurité complexes.
Comment s'est produite la fuite ?
La question qui a préoccupé l'opinion publique en France est la suivante : comment un accusé condamné à une peine de prison et soumis à une "surveillance judiciaire" qui l'empêche de voyager a-t-il pu quitter l'aéroport Charles de Gaulle si facilement ?
Les témoignages, y compris ceux de Hussein As'ad, le secrétaire personnel de Rifaat, confirment que les services de sécurité français supervisaient sa sortie, il s'est indigné que cela soit qualifié de "fuite", affirmant qu'il s'agissait plutôt d'un voyage de retour en Syrie après la levée de la surveillance judiciaire à son égard en 2018.
Rifaat a été transporté dans des voitures de luxe (limousines) accompagné d'agents officiels du ministère de l'Intérieur français jusqu'à l'entrée de l'avion, ce qui indique clairement que "l'État profond" en France avait décidé de faire honneur à son "ancien serviteur" et de lui épargner l'humiliation de la prison à l'âge de quatre-vingt-huit ans.
Le dernier marché du silence
Des analystes estiment que la France, qui a affiché pendant des années le slogan "indépendance de la justice", s'est retrouvée dans une impasse morale et juridique ; l'emprisonnement de Rifaat al-Assad pourrait signifier pousser l'homme à "ouvrir les coffres de ses secrets" qui pourraient impliquer des personnalités politiques françaises de haut niveau qui ont été partenaires dans des transactions ou des politiques obscures au Moyen-Orient.
Ainsi, la "sortie en toute sécurité" était la solution idéale : l'État français émet un jugement de condamnation qui satisfait les organisations de défense des droits (comme l'organisation Sherpa), tout en apaisant les désirs des services de renseignement de se débarrasser d'un "actif de renseignement" dont la validité est échue sans que cela ne provoque de bruit derrière les barreaux.
Ainsi, Rifaat al-Assad a quitté Paris, laissant derrière lui un empire immobilier dépouillé de l'argent des Syriens, et un jugement judiciaire non exécuté.
Il est décédé la semaine dernière aux Émirats à l'âge de 88 ans après une longue lutte contre la maladie, selon ce qu'ont rapporté Reuters de deux sources proches du décès.
Rifaat al-Assad était connu sous le nom de "boucher de Hama" et est accusé d'avoir dirigé le massacre dans la ville en 1982 avant de se lancer dans la lutte pour le pouvoir sans succès et de s'exiler, selon Reuters.
Rifaat al-Assad était un ancien officier de l'armée et a aidé son frère Hafez al-Assad à accéder au pouvoir en 1970 et à établir son régime de fer. Il a toujours aspiré à la présidence durant ses années d'exil passées en France et est revenu en Syrie en 2021, avant de fuir à nouveau à la fin de 2024 après le renversement de son neveu, Bachar al-Assad.
Source : Al Jazeera
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