Thomas Friedman : Le Venezuela est désormais un « bien politique » de Trump
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Thomas Friedman : Le Venezuela est désormais un « bien politique » de Trump

SadaNews - Il est encore trop tôt pour obtenir des réponses claires sur ce qui va se passer ensuite au Venezuela après que l’administration du président américain Donald Trump a arrêté le président Nicolás Maduro en vue de son procès aux États-Unis, mais de nombreuses questions se posent sur de telles interventions menées par les États-Unis dans d'autres régions.

Avec ces mots, l’écrivain américain Thomas Friedman a commencé son article dans le New York Times, avertissant des conséquences à long terme de cet acte, considérant que cette étape, aussi décisive ou populaire qu’elle puisse paraître pour certains Vénézuéliens, place Washington devant une responsabilité historique lourde dont il ne peut s’exempter.

Friedman a commencé par des comparaisons historiques, notamment l’intervention occidentale en Libye en 2011, lorsque le régime de Mouammar Kadhafi a été renversé uniquement par la puissance aérienne, sans qu’il y ait de plan cohérent pour gérer la phase post-renversement.

Le résultat -comme le souligne l'article- a été un chaos durable, une division politique et des guerres de milices, rendant la Libye, jusqu’à aujourd’hui, un État "fragile" et une source d’instabilité régionale et de migration irrégulière. L’auteur craint que la même dynamique ne se reproduise au Venezuela si les États-Unis se contentent d’éliminer la tête du régime sans une vision réaliste pour construire un système alternatif stable.

Friedman a rappelé un article qu’il avait écrit à l’époque, dans lequel il disait : "Je ne connais pas la Libye, mais mon instinct me dit que tout type de résultat adéquat là-bas nécessiterait la présence de forces sur le terrain, soit en tant qu’aide militaire aux rebelles pour renverser Kadhafi comme nous le souhaitons, soit comme forces de maintien de la paix et médiateurs après Kadhafi entre les tribus et les factions pour aider à toute transition vers la démocratie. Ces forces ne peuvent pas être les nôtres, nous ne pourrions jamais en supporter le coût."

À son avis, les déclarations de Trump lui-même - lors de la conférence de presse qu’il a tenue hier samedi - reflètent une prise de conscience implicite du danger de la "frappe éclair" dans la politique internationale, le président parlant de la préparation de son pays à gérer directement le Venezuela et de ne pas exclure "la présence de troupes sur le terrain".

Cependant, l'écrivain se demande si l'administration Trump, avec son approche "improvisée" et sa composition hétéroclite, est réellement capable de gérer un énorme projet de construction d’État, le plus grand depuis les expériences d'Irak et d'Afghanistan.

Il a également souligné dans son article que Maduro, malgré sa chute, a laissé derrière lui un réseau armé de partisans, de trafiquants et de gangs de drogue, ce qui préfigure un conflit interne pouvant prendre la forme d’un effondrement total ou d'une explosion régionale, semblable à des modèles vus au Moyen-Orient.

Dans ce contexte, Friedman met en garde contre l'aggravation de la crise des réfugiés vénézuéliens, qui sont déjà parmi les plus importants au monde, et ce que cela pourrait entraîner comme déstabilisation supplémentaire des pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Le souci ne se limite pas à l'intérieur du Venezuela, mais s'étend à la scène internationale, car le "kidnapping" d’un président d’un État souverain de sa capitale, sans couverture onusienne - selon les termes de l'article - pourrait être utilisé comme un dangereux précédent par d'autres grandes puissances, notamment la Chine, dans leurs conflits régionaux, en particulier vis-à-vis de Taïwan.

Friedman estime également que l’attention de Washington sur le dossier vénézuélien offrira à Moscou et Pékin plus de marge de manœuvre en Ukraine et en Asie.

Il soulève également la problématique du pétrole et des dettes, la Chine étant le principal importateur de pétrole vénézuélien, ce qui signifie que tout conflit futur là-bas pourrait avoir un contact direct avec les intérêts économiques majeurs de Pékin.

En conclusion de son article, l’auteur se réfère à son célèbre axiome formulé avant l'invasion de l'Irak, selon lequel "si vous le cassez, vous en êtes responsable". De son point de vue, le Venezuela est maintenant un "bien politique" de Trump en ce qui concerne la responsabilité, et non le contrôle.

Si les États-Unis réussissent à aider les Vénézuéliens à établir un meilleur système, ce sera considéré comme une réalisation historique pour Trump. En revanche, si le pays tombe dans un chaos plus profond, le nom de Trump restera associé à ce chaos pendant longtemps, selon l'analyse de Friedman.

Il est à noter que Maduro a été amené aux États-Unis samedi soir, heure locale, après avoir été arrêté par des forces américaines lors d'une opération militaire dans la capitale Caracas, et il devrait comparaître demain devant un tribunal fédéral à Manhattan à New York.

Source : New York Times