Rapport (SadaNews) 2025... Quand la géographie vainc les illusions de la résolution.
Depuis plus de trois décennies, le discours politique palestinien officiel n'a cessé de s'accrocher à l'option de la résolution politique comme étant le seul chemin pour mettre fin à l'occupation et établir l'État palestinien indépendant sur la base des frontières du 4 juin 1967. Malgré les changements de gouvernements israéliens, l'effondrement des rounds de négociation et la montée de la colonisation, le discours officiel est resté ancré dans une hypothèse fixe stipulant que le processus politique, peu importe les obstacles, reprendra un jour pour produire la solution pour laquelle les accords d'Oslo ont été établis. Cependant, la question qui s'impose aujourd'hui ne concerne plus la date de reprise des négociations, mais plutôt si la terre sur laquelle ces négociations sont censées avoir lieu existe encore. C'est là où la pertinence exceptionnelle du rapport annuel publié par le mouvement de paix israélien, "SadaNews", sur la colonisation durant l'année 2025 émerge, non pas parce qu'il fournit de nouvelles données sur l'activité coloniale, mais parce qu'il révèle, de l'intérieur même d'Israël, que le projet sur lequel le processus de résolution est basé est en train d'être démantelé sur le terrain de manière systématique, tandis que le discours politique palestinien continue de le traiter comme s'il était encore viable.
L'importance de ce rapport réside dans le fait qu'il ne provient pas d'une institution palestinienne ni d'une entité internationale, mais d'un mouvement israélien historiquement connu pour son opposition à la colonisation, ce qui confère à ses données une valeur politique multipliée. Les chiffres qu'il mentionne ne peuvent pas être considérés comme de simples statistiques, mais comme un témoignage israélien sur la nature du projet mené par les gouvernements israéliens en Cisjordanie. Lorsque des sources israéliennes confirment que l'année 2025 a vu l'approbation de la création de 54 nouvelles colonies, la validation de la construction de 27,941 unités coloniales, l'appel d'offres pour la création de 9,629 unités supplémentaires, la création de 86 nouvelles avant-postes dont 60 avant-postes pastoraux, l'octroi de zones d'influence supplémentaires à 27 colonies, la démolition de 1,269 installations palestiniennes, le déplacement de 22 communautés palestiniennes et la documentation de 1,828 attaques menées par des colons, nous ne sommes pas face à des chiffres dispersés, mais à un tableau politique complet révélant qu'Israël ne gère plus une occupation temporaire en attendant une résolution politique, mais met en œuvre un projet graduel d'imposition de sa souveraineté sur la terre et l'annulation de toute possibilité de création d'un État palestinien indépendant...
Les gouvernements israéliens ont, pendant les années du processus de paix, justifié la colonisation comme une question qui pourrait être discutée dans les négociations de règlement final, tout en investissant du temps dans l'expansion des colonies et la création de nouvelles réalités sur le terrain. Aujourd'hui, les chiffres du rapport "SadaNews" révèlent que cette phase est terminée. La colonisation n'est plus un simple levier de négociation pour améliorer les conditions, mais elle est devenue la politique elle-même. L'annonce de la création de 54 nouvelles colonies en un an ne reflète pas seulement une expansion urbaine, mais traduit un passage du projet colonial à un nouveau niveau, où la colonie devient un outil de production de la souveraineté, et non un simple regroupement de population. Chaque nouvelle colonie est suivie de routes, d'infrastructures, de services, de zones militaires, de conseils locaux et de prérogatives de planification, ce qui signifie pratiquement l'annexion d'une nouvelle partie de la terre palestinienne au système israélien, même sans annonce officielle... La même logique s'applique à l'approbation de la construction de 27,941 nouvelles unités coloniales, un des chiffres les plus élevés enregistrés ces dernières années. Ce chiffre ne reflète pas une poussée démographique normale, mais révèle une politique visant à consolider une présence démographique juive vaste en Cisjordanie, rendant ainsi tout discours sur l'évacuation des colonies à l'avenir plus complexe et improbable. Chaque nouvelle unité coloniale signifie une nouvelle famille, une nouvelle école, un nouveau réseau de services, de nouveaux investissements gouvernementaux et un lien économique et social plus fort entre les colonies et l'État israélien. Ainsi, la colonisation se transforme d'un projet négociable en une partie intégrante de l'infrastructure de l'État, défendue par les gouvernements, les partis et la société comme un intérêt national... Si la construction de colonies reflète l'expansion horizontale du projet colonial, l'octroi de nouvelles zones d'influence à 27 colonies révèle une autre dimension encore plus dangereuse. Ces zones ne se limitent pas aux limites de construction, mais s'étendent à de vastes espaces de terres ouvertes soumises à l'autorité des conseils coloniaux, privant les Palestiniens de leur exploitation ou de leur développement à l'avenir. Israël ne contrôle donc pas seulement ce qu'il a construit dessus, mais aussi ce qui peut y être construit à l'avenir, ce qui reflète un transfert du projet colonial du contrôle des sites à celui de l'ensemble du champ géographique...
Peut-être que ce que le rapport révèle de plus alarmant est la transformation croissante vers les avant-postes pastoraux, où au cours d'une année, 60 avant-postes pastoraux ont été établis sur un total de 86 nouveaux avant-postes. Ces avant-postes peuvent sembler petits en termes de population, mais ils représentent aujourd'hui l'un des outils les plus efficaces de la colonisation pour contrôler la terre. Un nombre limité de colons avec des troupeaux de bétail suffit à imposer le contrôle sur des milliers de dunams de pâturages et de terres ouvertes, empêchant les Palestiniens d'y accéder, avant de les transformer ultérieurement en zones d'influence coloniale. Ainsi, l'avant-poste pastoral devient un outil d'annexion silencieuse, réalisant ce dont la colonie traditionnelle avait besoin avec moins de ressources et un coût politique plus léger...
Il n'est pas surprenant que cette expansion soit associée à la relocalisation de 22 communautés palestiniennes au cours de la même année. La relocalisation n'est plus le résultat d'ordres militaires directs, mais se produit à travers la création de conditions rendant la vie impossible. L'interdiction aux bergers d'accéder aux pâturages, le contrôle des sources d'eau, la répétition des agressions et les menaces constantes sont autant de moyens incitant les habitants à partir de force, tandis qu'Israël reste capable de prétendre qu'elle n'a pas mené de déportations collectives. Ainsi, la relocalisation se transforme en une politique non déclarée, mais très efficace pour vider la terre de ses habitants palestiniens... Ce tableau est complété par la démolition de 1,269 installations palestiniennes dans la zone C. La démolition ici n'est pas une mesure légale relative aux violations de construction, comme l'affirment les autorités d'occupation, mais un outil politique de remodelage de la géographie. Le Palestinien est empêché d'obtenir un permis, puis voit sa maison démolie sous prétexte de construction sans permis, tandis que les colonies continuent de s'étendre avec le soutien total du gouvernement. Ainsi, la loi devient un moyen de dérober la terre, et la démolition devient l'autre visage de la colonisation...
Par ailleurs, l'enregistrement de 1,828 agressions de colons sur une seule année, ayant abouti à la mort de neuf Palestiniens et à 838 blessés, confirme que la violence des colons n'est plus un phénomène marginal pouvant être séparé des politiques de l'État. Beaucoup de ces agressions finissent par chasser les agriculteurs de leurs terres, ou les empêchent d'y accéder, ou les transforment ensuite en avant-postes coloniaux. Ainsi, le rôle des colons s'intègre à celui des institutions officielles pour obtenir le même résultat, à savoir élargir le contrôle israélien et réduire la présence palestinienne.
Lorsque l'on examine ces chiffres dans un même contexte, il devient difficile de parler d'un échec du processus de paix dû à l'absence de partenaire ou à un changement de gouvernements israéliens. Ce que révèlent les faits, c'est qu'Israël a utilisé les années de la résolution elle-même pour remodeler la Cisjordanie de manière à rendre la création de l'État palestinien de plus en plus impossible chaque année qui passe. Pour les gouvernements israéliens successifs, les négociations constituaient un couvert politique permettant de gagner du temps, tandis que les bulldozers et les colonies remplissaient la véritable mission sur le terrain. Ainsi, la colonisation n'a pas été le résultat d'un échec de la résolution, mais elle a été l'outil ayant conduit à son échec dès le départ.
De ce fait, la véritable crise réside dans la continuité de la direction palestinienne officielle à traiter les accords d'Oslo comme la seule référence possible pour la résolution, bien que les réalités révélées même par les rapports israéliens confirment que la terre sur laquelle ces accords ont été fondés subit une reformation quotidienne. La résolution n'a pas seulement été suspendue, mais ses fondements géographiques et politiques ont été systématiquement sapés. Par conséquent, continuer à parier sur la relance du processus politique sans une remise en question critique profonde ne reflète pas un attachement à une option politique autant qu'une incapacité à percevoir l'ampleur de la transformation imposée par le projet colonial...
Ce que le rapport "SadaNews" révèle de plus alarmant n'est pas que la colonisation s'étend, c'est une réalité connue de tous, mais qu'il fournit la preuve qu'Israël est passé de la gestion d'une occupation temporaire à la gestion d'un projet d'annexion permanente, tandis que le discours palestinien officiel continue de parler de la reprise de négociations fondées sur l'hypothèse de l'existence d'une terre négociable. Entre l'hypothèse et la réalité, le fossé s'élargit année après année, jusqu'à ce que la question actuelle ne soit plus comment raviver le processus de résolution, mais si Israël a laissé, à travers son projet colonial, une base réelle sur laquelle cette résolution pourrait être fondée. C'est ainsi que réside le message le plus important que porte ce rapport, ainsi que la sollicitation pressante d'une révision palestinienne complète, qui ne fait pas que réévaluer les outils d'action politique, mais reconsidère également les hypothèses qui ont guidé le projet national au cours des trois dernières décennies...
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