Après l'UNRWA... Sommes-nous face à une redéfinition de la question palestinienne ?
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Après l'UNRWA... Sommes-nous face à une redéfinition de la question palestinienne ?

Lorsque l'on évoque la fin du rôle de l'UNRWA à Gaza, le débat ne devrait pas se limiter à la question : qui s'occupera de la distribution de l'aide ou de la gestion des services ? C'est une lecture partielle d'un problème beaucoup plus vaste. La vraie question est : que va-t-il advenir de la question palestinienne lorsque l'institution qui était légalement et politiquement liée à la question des réfugiés sera remplacée par un nouveau système de gestion des populations et de reconstruction ?

L'UNRWA, malgré toutes les critiques qu'elle a subies, n'était pas simplement une agence humanitaire, mais a représenté pendant plus de sept décennies un témoin international de l'existence de la question des réfugiés palestiniens, reliant ainsi la communauté internationale à sa responsabilité historique envers eux. Par conséquent, mettre fin à son rôle ne signifie pas simplement remplacer une institution par une autre, mais pourrait ouvrir la porte à une redéfinition de l'identité légale et politique du réfugié palestinien.

D'un autre côté, un nouveau discours international émerge, parlant de "la nouvelle Gaza", de "la reprise", du "développement" et de "la fin de la dépendance à l'aide". Ce sont des objectifs qui semblent positifs en apparence, mais le problème se pose lorsque le développement devient un substitut aux droits politiques, la reconstruction un substitut à la solution politique, et la stabilité sécuritaire un substitut à la fin de l'occupation.

Pire encore, tout projet de reconstruction à grande échelle nécessite des bases de données complètes sur les populations, les biens, les besoins, les cartes et les infrastructures. Celui qui détient ces données possède, dans une large mesure, les outils de planification, d'allocation des ressources et de détermination des priorités futures. Ici, les données ne deviennent pas une question technique, mais une question de souveraineté et de décision nationale.

Le fait de marginaliser les institutions et les compétences palestiniennes dans la gestion de la prochaine phase comporte des risques stratégiques. Au lieu que le Palestinien soit un partenaire dans la construction de son avenir, il pourrait devenir un récipiendaire de politiques élaborées dans des capitales donatrices, selon des considérations sécuritaires et politiques qui ne reflètent pas nécessairement les priorités nationales palestiniennes.

Cette inquiétude grandit lorsque le processus de reconstruction lui-même est conditionné par la sécurité. À tout moment, le financement peut être suspendu ou les projets arrêtés au prétexte d'une détérioration sécuritaire ou d'un manque de stabilité, ce qui rend l'avenir de millions de Palestiniens prisonnier de décisions sur lesquelles ils n'ont aucune influence. Cela signifie que la reconstruction, au lieu d'être une étape vers l'indépendance, pourrait se transformer en une dépendance permanente de l'extérieur.

À long terme, ce chemin pourrait mener à une profonde transformation de la nature de la question palestinienne ; d'une question d'un peuple luttant pour son autodétermination, le retour de ses réfugiés et la création de son État, à une question de population nécessitant gestion, services, développement et stabilité. À ce moment-là, le discours sur les droits politiques devient moins présent, tandis que le langage des projets, de la gouvernance et de la gestion des crises prend le pas.

Cela ne signifie pas réjecter la reconstruction ou diminuer l'importance d'améliorer les conditions de vie, car Gaza a besoin de reconstruction plus que jamais. Mais la reconstruction doit être un moyen de renforcer la résistance des Palestiniens et de protéger leurs droits, et non une opportunité de redéfinir ces droits ou de les contourner.

Le plus dangereux que Gaza pourrait affronter dans les années à venir n'est pas le manque de financement, mais l'absence d'une vision nationale capable de gérer cette phase. L'histoire nous enseigne que les peuples ne perdent pas leurs luttes d'un seul coup, mais peuvent les perdre progressivement lorsque les droits politiques sont remplacés par des solutions administratives et que les questions nationales sont réduites à des programmes humanitaires, aussi nécessaires soient-ils.

C'est pourquoi, le véritable défi ne réside pas dans la question : qui va reconstruire Gaza ? Mais dans une question plus importante : qui va dessiner son avenir, avec quelle vision, et au profit de quel projet politique ? La réponse à cette question déterminera si la reconstruction sera le début d'une reprise nationale, ou le commencement d'une redéfinition de la question palestinienne sous une forme différente.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.