Netanyahu : Que se passera-t-il après l'assassinat d'Izz al-Din al-Haddad ?
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Netanyahu : Que se passera-t-il après l'assassinat d'Izz al-Din al-Haddad ?

Dans une interview avec Al Jazeera en direct, le responsable du Hamas, Osama Hamdan, a été interrogé sur la manière dont le mouvement répondrait à l'assassinat du leader des brigades Ezzedin al-Qassam, Izz al-Din al-Haddad, alors qu'Israël poursuit sa politique d'assassinats et se dérobe à toute obligation politique ou négociable. Hamdan a répondu que la réponse à la cible des dirigeants "ne sera pas complète avant la fin de l'occupation", et que la véritable réponse réside dans la continuité des dirigeants sur le terrain et la poursuite de la résistance à l'agression avec fermeté et détermination. Il a ajouté que le silence de certains acteurs, notamment ceux qui parlent de la nécessité d'opter pour des solutions politiques et participent à des efforts de médiation, face à l'agression israélienne continue, ne peut être qualifié que de "hypocrisie politique", appelant ces acteurs à prendre une position claire et à mettre un terme à cette agression.

Cette position reflète, d'une part, une évitement de répondre directement à la limitation de la capacité du Hamas à répondre immédiatement à l'opération d'assassinat, tout en attribuant aux médiateurs et aux puissances internationales une part de responsabilité dans la continuité de l'agression. D'autre part, elle révèle une prise de conscience au sein du mouvement que l'assassinat des dirigeants, aussi douloureux et marquant soit-il, ne signifie pas la fin du Hamas ou l'effondrement de sa structure organisationnelle et militaire, qui a montré au cours des dernières années sa capacité à réorganiser ses rangs et à poursuivre ses activités malgré d'importantes pertes.

Cependant, ce discours reflète également une réalité d'une complexité extrême ; le mouvement fait face à des conditions difficiles et sans précédent après que ses capacités militaires aient été considérablement épuisées, et que sa marge de manœuvre politique ait diminué, alors même que les pressions israéliennes et américaines s'intensifient pour imposer des conditions concernant le désarmement et la réorganisation du paysage politique et sécuritaire dans la bande de Gaza. Dans ce contexte, le Hamas semble attaché à l'option de la résistance et de la persistance, tout en réalisant que sa capacité à riposter militairement n'est plus dissociée des considérations politiques et humanitaires liées à l'avenir des palestiniens dans la bande de Gaza.

Israël prétend avoir réussi à assassiner Izz al-Din al-Haddad, qu'il décrit comme le dernier des grands chefs militaires ayant participé à la planification de l'attaque du 7 octobre 2023. Cependant, cette affirmation ne reflète pas la réalité avec précision, puisque Haddad n'est pas le dernier dans la série de la direction militaire du Hamas, comme l'ont indiqué des médias locaux et plusieurs sources. Néanmoins, l'annonce israélienne a été accompagnée d'une large campagne de propagande menée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Yisrael Katz, qui se sont empressés de présenter l'opération comme un grand accomplissement stratégique, dans une tentative de promouvoir un succès tactique limité comme un tournant décisif dans le cours de la guerre.

Cependant, ce qui s'est passé, malgré son importance militaire et symbolique, ne représente pas un point de basculement décisif dans la réalisation des objectifs de la guerre dans son ensemble. Depuis l'assassinat de Muhammad Deif et Mrouane Issa, puis de Yahya Sinwar et Muhammad Sinwar, aucun indice n'a montré que le mouvement était prêt à renoncer à son arme ou à apporter un changement substantiel à sa position politique. Très probablement, un nouveau leadership sera rapidement désigné, comme cela a été le cas à chaque fois précédente.

Les messages célébratoires émis par Netanyahu reflètent, essentiellement, plus qu'ils ne cachent la situation de crise que traverse son gouvernement. Depuis plus de deux ans et demi de guerre, la "victoire absolue" promise aux Israéliens reste hors de portée. Ni les opérations militaires continues ni les assassinats répétés n'ont permis d'éliminer le Hamas, de récupérer tous les prisonniers israéliens ou d'imposer une nouvelle réalité politique à Gaza.

Un certain nombre d'analystes israéliens estiment que ce que présente Netanyahu à l'opinion publique est une série d'accomplissements tactiques qui sont exagérés et promus comme étant des succès stratégiques. Mais la vérité est que ces succès limités ne changent pas l'essence de la crise. Le Hamas persiste malgré les frappes sévères, et la bande de Gaza reste un terrain ouvert à l'épuisement, tandis que l'isolement international d'Israël augmente et que les accusations portées contre elle de crimes de guerre et de génocide se multiplièrent.

Dans ce contexte, l'assassinat de Haddad ne semble être qu'un nouvel épisode d'une politique israélienne fondée sur la croyance que l'élimination des dirigeants mènera automatiquement à l'effondrement du mouvement. C'est une politique qui n'a pas prouvé son efficacité, bien que la plupart des leaders de premier plan de l'aile militaire aient été assassinés. Certes, le Hamas possède encore une structure organisationnelle capable de reproduire le leadership et de continuer son travail, mais il est également clair que ses capacités ont considérablement diminué, et que sa capacité d'initiative et de réponse est devenue plus limitée.

L'assassinat coïncide avec des préparatifs israéliens pour intensifier la guerre à une échelle plus large, même si la guerre n'a jamais réellement cessé un seul jour. Cela s'accompagne de discussions croissantes sur des opérations de déplacements forcés nouvelles et de l'élargissement du contrôle militaire pour couvrir environ 70 % de la superficie de la bande. Toutefois, la décision finale ne dépend pas uniquement de Netanyahu, mais est également liée dans une grande mesure aux calculs du président américain Donald Trump et à ses priorités régionales, notamment concernant l'Iran.

En revanche, la réponse d'Osama Hamdan révèle un fossé évident entre le discours politique et la réalité humanitaire catastrophique vécue par les habitants de la bande de Gaza. Les réponses générales sur "la poursuite de la résistance jusqu'à la fin de l'occupation" n'offrent pas d'explication convaincante aux gens qui sont confrontés quotidiennement aux bombardements, à la faim et au déplacement, et ne précisent pas comment le mouvement peut gérer le recul de ses capacités militaires et politiques, ou sa capacité limitée à répondre aux crimes israéliens continus.

En fin de compte, l'assassinat d'Izz al-Din al-Haddad ne change pas les réalités fondamentales. Il ajoute un nouveau nom à une longue liste de dirigeants assassinés par Israël, mais il n'atteint pas l'objectif que vise Netanyahu : briser la volonté du Hamas et imposer la reddition politique aux Palestiniens, malgré la faiblesse et le recul du mouvement, et malgré son acceptation préalable d'un cessez-le-feu et de résolutions internationales visant à sauver ce qu'il peut sauvegarder.

La vraie question demeure : non pas ce qu'Israël a réalisé en assassinant Haddad, mais ce que Netanyahu fera ensuite. Plus la guerre s'éternise, plus les limites de la puissance militaire deviennent apparentes, et il devient clair que les assassinats, aussi précis soient-ils, ne peuvent à eux seuls résoudre un conflit politique et historique de cette ampleur.

Alors que Netanyahu continue de promouvoir chaque opération d'assassinat comme une étape vers la "victoire absolue", une réalité plus claire se dessine : Israël remporte des victoires tactiques éparpillées, mais il reste incapable de réaliser une victoire stratégique, d'imposer une réalité politique stable, ou de mettre fin à un conflit qui a prouvé encore une fois que les peuples ne sont pas vaincus uniquement par des assassinats.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.