En dehors de la bipolarité Fatah-Hamas : un nouveau consensus national est-il en train d’émerger ?
La discussion actuelle autour d’une « alliance » ou d’un « rassemblement » nouveau ne doit pas être comprise comme une tentative de créer un parti supplémentaire dans un paysage palestinien déjà encombré d’entités concurrentes, ni comme un schisme organisé au sein de Fatah, ou un alignement contre Hamas ou d’autres factions. L’idée va au-delà de tout cela ; elle émerge d’une prise de conscience croissante que les Palestiniens vivent désormais une crise complexe qui n’est plus seulement politique, mais une crise existentielle nationale totale.
L'impasse n’est plus seulement confinée à la faiblesse de l'Autorité ou à la persistance de la division, mais réside dans l'érosion même de l'idée unificatrice : une Autorité dépourvue de légitimité et de capacité, une division devenue une structure permanente, et une arme considérée plus comme un outil de domination que comme un outil de libération, tandis que l'horizon politique est plus absent que jamais. Dans ce contexte, la recherche d’un « passage sécurisé » pour sortir de l'état actuel devient une nécessité nationale et non un luxe intellectuel.
La vraie question n’est pas comment restaurer le vieux système, mais comment éviter son effondrement complet qui pourrait engloutir toute la société palestinienne. Fatah, qui a dirigé le projet national pendant des décennies, semble aujourd'hui confrontée à un besoin urgent de retrouver son sens libérateur et national, et non de se contenter de se reproduire à travers des conférences qui ressemblent plus à des arrangements internes et à des festivals de loyauté qu’à des étapes de révision et de renouveau. En contrepartie, Hamas fait face à une question en suspens, mais qui devient de plus en plus pressante après la catastrophe survenue à Gaza : le modèle de gouvernance armée peut-il continuer d’exister en tant que cadre de gestion d’une communauté vivant sous le siège, la guerre et l’effondrement ?
Cependant, la réponse à ces questions n’appartient ni à Fatah seule, ni à Hamas seule, ni à aucun groupe, quelle que soit son histoire ou sa taille. Car la crise palestinienne a dépassé les frontières des organisations traditionnelles, et est devenue une crise de toute une communauté qui cherche un nouveau sens à la politique, à la représentation et à la partenariat national.
C’est pourquoi tout nouveau projet ne pourra véritablement naître à l’intérieur de salles fermées ou à travers des déclarations élitistes, mais lorsque la base sociale elle-même – dans les camps, les quartiers, les universités, et les villages – commencera à revendiquer un cadre national différent, qui redonne sens à l’idée de participation, brise le monopole de la décision et établit une légitimité construite par le peuple et non imposée.
Aujourd'hui, ce qui est requis n’est pas une « alliance contre quelqu’un », mais un espace national qui redéfinit la politique palestinienne en dehors de la bipolarité pouvoir/arme, en dehors de la logique de domination et d’exclusion, et qui ouvre la voie à une nouvelle génération qui voit que la pérennité de la cause palestinienne vivante n’est pas seulement liée à la résistance à l’occupation, mais également à la capacité des Palestiniens à produire un modèle politique plus juste, efficace et représentatif.
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