Entre la FIFA et le marathon
Articles

Entre la FIFA et le marathon

À une époque où l'image est plus puissante que la balle, le sport en Palestine n'est plus simplement un jeu joué sur le terrain, mais s'est transformé en un espace de lutte pour le récit, l'existence et l'identité.

Chaque joueur palestinien qui atteint une scène internationale et chaque drapeau qui est brandi lors d'un tournoi mondial représente un cauchemar pour le récit qu'occupation a tenté d'imposer au monde pendant des décennies. C'est pourquoi l'imposition du ciblage des Palestiniens ne se limite pas à la terre et à l'homme, mais s'étend aux athlètes, aux stades, et même aux chants provenant des gradins.

L'occupation est consciente que la Palestine, lorsqu'elle entre sur les scènes internationales, ne le fait pas seulement en tant qu'équipe recherchant une victoire sportive, mais en tant que peuple cherchant à affirmer sa présence humaine et politique devant le monde.
D'ici est née le sport palestinien comme une nouvelle forme de pouvoir ; une résistance qui n'est pas exercée avec une arme à feu, mais par l'image, la présence, le drapeau, et la capacité à atteindre l'opinion publique mondiale dans une langue que tout le monde peut comprendre sans traduction.

Au cours des dernières années, le sport palestinien a réussi à s'imposer dans l'une des arènes mondiales les plus sensibles et influentes : le sport international.

Dans ce contexte, le rôle de Jibril Rajoub s'est démarqué, car il a su traiter le sport comme un outil de puissance douce, et non pas simplement comme un dossier administratif ou une activité récréative. Ce qui a été accompli n'était pas un effort individuel, mais un travail institutionnel qui a reconnu tôt que la lutte des Palestiniens ne se limite pas à la politique, mais inclut l'image, le récit et la capacité d'atteindre le monde.

Au sein de la FIFA, Rajoub s'est tenu devant les représentants des États du monde pour parler du ciblage par l'occupation du sport palestinien, notamment l'assassinat de joueurs, l'interdiction de déplacement des équipes, la destruction des stades, et le fait de priver les sportifs des droits les plus élémentaires. La scène n'était pas simplement une intervention dans une réunion sportive, mais un affrontement politique et éthique direct devant une institution reconnue comme la plus influente dans le monde du sport.

Cependant, le moment le plus marquant est survenu lors de son refus de serrer la main du représentant de l'occupation. Un instant bref en termes de temps, mais d'une clarté politique et éthique saisissante. Un message qui a dit qu'un Palestinien, même en se tenant au sein d'une institution sportive internationale, ne peut pas traiter l'occupation comme une chose ordinaire, ni ignorer le sang et la souffrance comme si de rien n'était.

Ce qui s'est passé à la FIFA a confirmé une fois de plus que le sport n'est plus isolé de la politique, surtout dans le cas palestinien, où chaque espace de présence internationale devient une opportunité de briser le récit israélien et de présenter l'image des Palestiniens telle qu'elle est : un peuple qui recherche la liberté, la vie, et la dignité.

Et si la plateforme de la FIFA a offert à la Palestine un espace de confrontation politique directe devant le monde, les rues de Bethléem ont montré quelques jours plus tard un autre exemple de résistance à travers le sport, mais cette fois-ci du cœur même de la rue palestinienne.

Dans n'importe quel autre endroit, un marathon pourrait être un événement sportif ou touristique ordinaire, mais en Palestine, il a une signification totalement différente. Des milliers de participants de Palestine et du monde entier ont couru près du mur et des barrages militaires dans la ville de Bethléem, et ont vu de leurs propres yeux comment les Palestiniens vivent quotidiennement sous occupation, et comment ils s'accrochent à la vie malgré tout.

Le marathon de Bethléem n'était pas simplement une course, mais une image politique et humaine complète. Une image qui dit que le Palestinien ne cherche pas la mort, mais son droit naturel à vivre librement comme le reste des peuples de la terre. Cela rend de telles activités plus capables d'influencer l'opinion publique mondiale ; parce qu'elles transmettent la vérité directement, loin du langage politique traditionnel.

Dans l'expérience palestinienne, le sport est devenu l'un des outils du récit national. À travers les terrains, les tournois, et les plateformes internationales, la Palestine a réussi à se réserver un espace de présence qu'il est difficile pour l'occupation de contrôler ou d'empêcher complètement. C'est la raison pour laquelle l'occupation essaie constamment de restreindre les sportifs palestiniens, car elle sait qu'atteindre le monde est en soi une victoire politique et morale.

Entre la FIFA et le marathon, se dessine l'image de la Palestine qui résiste par la présence, la conscience, et la vie. Une Palestine qui ne veut pas de la pitié passagère du monde, mais un véritable mandat de son droit à la liberté, à la dignité, et à l'existence.

Et quand l'occupation craint un coureur portant le drapeau de la Palestine plus qu'elle ne craint un événement sportif, cela signifie que le sport palestinien a réussi à se transformer d'un simple jeu… en un récit national complet.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.