Guerre sans issue : comment Israël essaie-t-il de transformer les résultats en récit de victoire ?
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Guerre sans issue : comment Israël essaie-t-il de transformer les résultats en récit de victoire ?

Après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, la guerre américo-israélienne contre l'Iran n'est pas réellement terminée, mais a plutôt été transférée sur un autre terrain tout aussi important : le terrain de la narration. Alors que tous les contours des accords politiques ne sont pas encore clairs, une bataille de nature différente a commencé en Israël, une bataille pour interpréter ce qui s'est passé et déterminer si la guerre s'est terminée par une victoire ou un échec.

Dans ce contexte, l'analyse d'Amos Harel dans Haaretz se distingue comme un exemple de discours critique interne, dont l'idée principale peut être résumée simplement : la guerre n'a pas été menée comme elle a été présentée au public, et n'a pas atteint les objectifs annoncés, avec une écart évident entre le récit officiel et la réalité sur le terrain.

Cette proposition repose sur trois observations centrales : que les États-Unis ont réellement mené la guerre, tandis que le rôle israélien a été amplifié, que les "réalisations" ont été présentées de manière sélective ne reflétant pas toujours leur impact réel ; et que les grands objectifs, notamment la résolution de la menace iranienne ou la chute du régime, n'ont pas été atteints.
Bien que cette critique semble proche du discours de l'opposition, elle est en substance une critique venant de l'intérieur du système israélien lui-même, adressée principalement à l'intérieur, à un public qui commence à poser des questions difficiles après des semaines de mobilisation et de grandes promesses.

Ce qui est progressivement révélé ne correspond pas à l'image de "victoire" qui a été commercialisée. La guerre qui a été présentée comme une alliance équitable a en réalité montré une supériorité américaine décisive dans la gestion des opérations, face à un rôle israélien moins central. Même dans la présentation des "réalisations", il y a un écart entre les chiffres et la réalité, où les résultats ont été gonflés par des méthodes de comptabilisation qui ne reflètent pas toujours l'impact réel.

Cependant, on ne peut pas réduire ce qui s'est passé à un échec total. Israël, avec le soutien américain, a réalisé des accomplissements militaires importants : des frappes étendues sur les infrastructures militaires iraniennes, un recul de certaines capacités de défense aérienne, et une capacité claire à agir en profondeur en Iran, semblant imposer une supériorité aérienne réelle. Ce ne sont pas des résultats marginaux, mais des indicateurs d'une évolution qualitative dans la capacité militaire israélienne.

Mais ces réalisations n'ont pas été traduites en stratégie décisive. Le programme nucléaire iranien n'a pas été résolu, les missiles balistiques ont continué jusqu'à la dernière minute, et surtout, le régime à Téhéran n'est pas tombé. C'est ici que se manifeste l'écart : entre une guerre puissante militairement, mais incapable de produire un résultat politique final.

Inversement, l'Iran est sorti de la guerre de manière complexe. Il n'a pas gagné au sens traditionnel, mais il a résisté. Il a maintenu la cohésion de son système, a continué à répondre jusqu'au cessez-le-feu, et a réussi à utiliser des outils de pression influents. Cette résistance, en elle-même, suffit à faire échouer l'objectif de résolution que recherche Israël.

Si la guerre avec l'Iran s'est terminée sans issue, le front libanais a révélé plus clairement les limites de la puissance israélienne. L'escalade au Liban, même après le cessez-le-feu sur le front iranien, n'a pas été qu'une simple extension militaire, mais une expression d'un dilemme stratégique.

Israël, qui avait parié sur l'affaiblissement ou la dissuasion du Hezbollah, s'est retrouvé face à une réalité différente : une capacité de combat existante, un épuisement sur le terrain, et la menace persistante pour l'intérieur israélien. En fait, certains développements ont révélé une fatigue croissante au sein de l'armée après une longue guerre sur plusieurs fronts.

Si Israël est incapable de trancher sur un front proche et direct, que signifie alors les "réalisations" éloignées en Iran ?
En ce sens, le front libanais n'était pas qu'un champ de bataille supplémentaire, mais un test pratique des limites de la puissance militaire — un test dont les résultats ne sont pas encore tranchés.

À l'intérieur d'Israël, un conflit clair se dessine aujourd'hui entre deux récits : le récit des partisans de Benjamin Netanyahu considère que ce qui a été réalisé est un grand succès incomplet, des accomplissements militaires sans précédent, une supériorité aérienne, et un affaiblissement de l'Iran, même si tous les objectifs n'ont pas été atteints.
En revanche, la narration critique, telle que l'exprime Harel, indique que cette guerre met en lumière une profonde lacune entre l'ambition et la réalité. Des réalisations tactiques importantes, mais qui n'ont pas changé l'équation stratégique et n'ont pas atteint les objectifs annoncés au public.

Cependant, il est frappant de noter que ces deux récits, bien qu'opposés, évoluent tous deux à l'intérieur du même cadre : chacun essaie de réinterpréter la guerre plutôt que d'en sortir. Cela rend le véritable conflit aujourd'hui non pas seulement sur ce qui s'est passé, mais sur sa signification.

En fin de compte, il n'est pas possible de qualifier ce qui s'est passé de victoire claire, ni de défaite totale : Israël n'a pas atteint ses grands objectifs, mais a réussi des réalisations militaires importantes, en particulier dans le domaine aérien. L'Iran n'a pas remporté de victoire, mais a résisté et a empêché un résultat décisif contre elle. Et le Liban a révélé les limites de la puissance israélienne et a remis la menace sous les projecteurs.
Ainsi, la guerre se transforme en une équation ouverte : des résultats non décisifs, des narrations en conflit, et une réalité qui n'a pas radicalement changé. Au final, la question pourrait ne pas être qui a gagné la guerre, mais : peut-on transformer l'absence de victoire en un récit de victoire ?

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.