Cinquante ans après le jour de la terre : crise de leadership palestinien et impasse historique pour le projet sioniste
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Cinquante ans après le jour de la terre : crise de leadership palestinien et impasse historique pour le projet sioniste

Le jour de la terre, dans son cinquantième anniversaire, ne vient pas comme un retour sur un événement historique, mais comme un miroir intensifié de l'essence du conflit ouvert entre le peuple palestinien et le projet sioniste. Depuis le 30 mars 1976, lorsque les Palestiniens de 1948 se sont soulevés pour défendre leur terre face aux politiques de confiscation et de judaïsation, une réalité centrale s'est imposée : le conflit est, à sa base, un conflit sur la terre en tant qu'existence, identité et futur.

Le jour de la terre n'était pas simplement une protestation, mais un moment fondateur qui a réaffirmé l'identité nationale collective, et a déplacé les Palestiniens à l'intérieur du pays d'une position de marginalisation à celle d'un acteur national, en les redéfinissant comme une partie organique de l'équation du conflit. Depuis lors, la terre n'est plus seulement un sujet de dispute, mais un terrain permanent pour tenter d'imposer l'impunité politique et juridique pour déraciner les Palestiniens de leur géographie.

Du mouvement populaire à la question du leadership.

Le jour de la terre a constitué un moment de transformation dans la conscience des Palestiniens à l'intérieur des territoires de 1948, où la confrontation est passée de manifestations éparses à un acte collectif organisé, établissant pour la première fois le principe que les masses palestiniennes à l'intérieur ne sont pas une marge dans le conflit, mais une partie intégrante de l'équation de la confrontation nationale globale. Depuis ce jour, ce rôle a été ancré dans des étapes ultérieures, dont la plus significative a été son soutien politique et moral aux soulèvements palestiniens, et sa continuité dans la défense de la terre et de l'identité face aux politiques de confiscation et de discrimination.

Le jour de la terre a marqué un passage qualitatif vers une action populaire organisée à l'intérieur des territoires de 1948, tandis que le grand soulèvement, à la fin des années 1980, a incarné le paroxysme de l'action nationale globale en Cisjordanie et à Gaza, sous une direction de terrain unifiée qui a réussi à produire un programme de lutte cohérent dans le cadre de l'OLP.

Entre ces deux expériences, il est clair que l'unité de l'objectif, faire face à la colonisation et au pillage de la terre, était constante, mais les outils ont varié en raison des contextes différents. Cependant, cette diversité, en l'absence d'une direction unificatrice, s'est progressivement transformée d'une diversité fonctionnelle à un éloignement structurel, affaiblissant la capacité à accumuler l'action nationale et à la transformer en réalisations politiques.

Les Territoires palestiniens : lutte pour la survie face à l'annihilation

Après le jour de la terre, les Palestiniens à l'intérieur ont ancré un cadre de lutte particulier, fondé sur la résistance face aux politiques d'exclusion et de discrimination, et aux tentatives de les transformer en une minorité apprivoisée à l'intérieur d'une structure coloniale de substitution. Leur existence n'est plus simplement une survie démographique, mais un acte de résistance quotidien contre un projet qui cherche à s'emparer de la terre et à la vider de ses habitants.

Leurs cadres organisationnels ont évolué, malgré les contraintes structurelles, pour jouer un double rôle : protéger l'identité nationale et organiser l'action populaire, dans des conditions légales et sécuritaires complexes. Toutefois, cette lutte est restée marquée par l'absence d'une intégration complète dans un cadre de leadership national unifié.

De la diversité à la pente de la dissolution

La différence entre l'expérience de l'intérieur et celle du soulèvement ne réside pas dans l'efficacité, mais dans la nature du contexte ; la première a émergé sous un système cherchant à contenir et à apprivoiser, développant des outils flexibles pour survivre, tandis que la seconde est née dans un moment d'explosion nationale qui a permis de produire un leadership relativement offensif cherchant à se libérer de l'occupation.

Cependant, le dénominateur commun qui donnait un sens à ces expériences, à savoir la présence d'une référence nationale unifiée, s'est largement érodé aujourd'hui. L'OLP ne joue plus son rôle en tant que cadre unificateur, sa fonction représentative a diminué et son rôle dans la conduite de la lutte nationale est devenu absent, ce qui a conduit à la fragmentation des champs de lutte en trajectoires quasi séparées, manquant de coordination et de stratégie.

Unité de l'objectif et absence de stratégie

Ce n'était pas la diversité des outils de lutte qui posait problème en soi, mais l'absence d'un leadership capable de transformer cette diversité en complémentarité. La pluralité non organisée s'est donc transformée en un fardeau, au lieu d'être une source de force.

Ce qui est nécessaire aujourd'hui n'est pas une unification forcée des outils, mais la construction d'une stratégie nationale capable d'organiser la diversité des spécificités des terrains, et de les transformer en un réseau d'action intégrée ; c'est-à-dire passer de la pluralité dissonante à une pluralité coordonnée, où les rôles se complètent au sein d'une seule vision politique.

Le projet sioniste : de la domination à la fascisation

En revanche, il est impossible de lire les développements du projet sioniste en dehors de sa transformation accélérée vers des modèles de domination fascistes, où la répression n'est plus simplement un outil, mais devient une structure de gouvernement fondée sur l'impunité totale de la violence d'occupation sans aucun contrôle, et la redéfinition du droit comme un outil de domination.

Cette transformation ne reflète pas une puissance stable, mais une crise historique profonde. Le projet qui reposait sur l'expropriation des Palestiniens fait face aujourd'hui aux limites de sa capacité à atteindre son objectif central : l'élimination de l'existence palestinienne. Et ici se révèle sa contradiction : un excès de pouvoir conduit à un excès de violence, et la violence se transforme en un indicateur de crise, non en un signe de stabilité. Comme l'indiquent plusieurs historiens critiques israéliens, dont Ilan Pappe, l'escalade de ce type de violence ne reflète pas de la confiance, mais approche d'une impasse historique structurelle, où la légitimité du projet s'érode de l'intérieur, même en élargissant les outils de domination et de répression.

La contradiction décisive : crise de leadership versus crise du projet

Cinquante ans après le jour de la terre, la contradiction se manifeste clairement : la crise palestinienne, malgré sa profondeur, est une crise de leadership et d'organisation ; c'est-à-dire une crise pouvant être traitée. Tandis que la crise du projet sioniste est une crise structurelle liée à la nature même du projet et aux limites de sa viabilité.

Un peuple possédant des éléments de survie, mais manquant d'un leadership qui représente ses aspirations, capable de conduire sa lutte et de transformer ses sacrifices en réalisations politiques accumulées ; et un projet possédant des outils de puissance brutale, mais approchant des limites de sa crise historique.

Leçons de l'anniversaire : de l'existence à l'action

Le jour de la terre ne pose pas aujourd'hui la question de l'existence ; cela est tranché par la résistance des Palestiniens ; mais la question de l'action, à savoir : comment cette existence devient-elle une force historique organisée, capable d'exploiter la crise du projet adverse ?

La réponse commence par la reconstruction du système politique palestinien sur des bases nationales démocratiques, intégrant la diversité et la transformant en une énergie active, et en reproduisant le leadership comme un outil de direction et de lutte, non comme une simple gestion isolée des préoccupations des gens et des exigences de leur résilience.

Entre un projet s'effondrant sous le poids de sa violence et se dirigeant vers des formes de fascisme manifeste, et un peuple accumulant les éléments de survie sans posséder son outil de leadership unifié, se dessine un moment historique rare. Soit le vide du leadership palestinien est comblé par une nouvelle organisation de l'action nationale, soit le champ reste ouvert à un projet en crise pour prolonger sa crise à travers davantage d'impunité et de sauvagerie.

À ce stade précis, le jour de la terre retrouve sa véritable signification : non pas en tant qu'histoire, mais en tant que volonté de résistance répondant aux dangers du moment politique. Et la question pleine de défi est : si le jour de la terre, tout comme le grand soulèvement, était une réponse naturelle à ce que subit la terre en matière de pillage, de colonisation et de confiscation ? Quelle est notre obligation aujourd'hui, alors que le fascisme israélien tente de trancher ce conflit sur l'ensemble de la terre historique de la Palestine ? N'y a-t-il pas lieu de tirer des leçons du jour de la terre et du grand soulèvement, et de ce que cela implique en matière de formulation d'une stratégie de lutte globale et d'un leadership national capable de mobiliser toutes les énergies palestiniennes et les partisans de notre juste cause pour faire face à ces projets de liquidation et renverser ces illusions, en approfondissant la crise historique du projet sioniste, non en s'inclinant devant lui.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.