La guerre de Gaza produira-t-elle l'État palestinien ?
Articles

La guerre de Gaza produira-t-elle l'État palestinien ?

Journaliste et écrivain spécialisé dans les affaires internationales, chercheur sur les questions de justice et de conflits armés 

Après chaque grande guerre, la vieille question revient sous un nouveau jour :
Est-ce que ce qui s'est passé à Gaza conduira, inévitablement, à la création d'un État palestinien ?
La question semblerait logique en apparence, mais elle cache une hypothèse dangereuse : que les guerres produisent automatiquement des solutions politiques. L'histoire récente, tant palestinienne que régionale, dit exactement le contraire.
La dernière guerre de Gaza n'a pas mis fin au conflit, ni n'a rapproché sa fin, mais elle a fait quelque chose de plus important : elle a exposé l'illusion de la gestion du conflit. Israël, avec toute sa puissance militaire et son large soutien international, n'a pas pu réaliser "le règlement". En revanche, la résistance n'a pas pu transformer la résistance militaire en un gain politique global. Le résultat a été un cercle de violence ouvert sans perspective claire.

Dans ce contexte, l'idée d'un État palestinien est revenue sur le devant de la scène internationale, non pas comme un droit moral ou une reconnaissance tardive des droits palestiniens, mais comme une solution de nécessité visant à contenir l'explosion et à empêcher son expansion régionale. L'Occident n'a pas peur de l'injustice autant qu'il craint le chaos, et il n'agit pas par justice mais par souci des coûts.

Le paradoxe est que le gouvernement israélien le plus extrême de l'histoire de l'État hébreu, malgré son hostilité explicite envers la solution à deux États, pourrait — sans le vouloir — être l'un des facteurs qui ramène cette solution sur la table. L'expansion des colonies, le discours exclusionnaire et la violence systémique, tous ces éléments ne se vendent plus sur le plan international comme auparavant. L'extrémisme de l'autorité ne crée pas l'État palestinien, mais il fait tomber les masques et embarrasse les alliés tout en ouvrant la porte à une pression politique.

Quant au pari que la rue israélienne pourrait elle-même accepter un État palestinien, c'est un pari à long terme. La société israélienne aujourd'hui est plus apeurée et plus fermée, pas moins. Les peuples ne changent pas leurs convictions morales sous le choc, mais ils ajustent leurs calculs lorsqu'ils découvrent que la sécurité permanente est impossible sans solution politique. Ce changement — s'il se produit — ne sera pas le fruit d'une seule guerre, mais le résultat d'un long épuisement et d'un conflit interne entre la logique de l'État sécuritaire et la logique de l'État naturel.

En résumé, l'État palestinien n'est pas un résultat inévitable de la guerre de Gaza, mais ce n'est plus une idée ajournée que l'on peut facilement enterrer. S'il se forme, ce ne sera ni par sympathie ni par une soudaine prise de conscience morale, mais en raison d'une prise de conscience internationale, régionale et israélienne tardive que le coût de son déni est supérieur au coût de sa reconnaissance.

En politique, les droits ne gagnent pas seuls, mais ils gagnent lorsque le coût de leur déni devient insupportable. Et Gaza, malgré la plaie ouverte, a rapproché le monde d'une telle prise de conscience… sans garantir l'atteinte de cet objectif.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.