Palestine devant son examen le plus difficile : Avons-nous le courage du réveil ?
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Palestine devant son examen le plus difficile : Avons-nous le courage du réveil ?

L'appel à un réveil palestinien, comme évoqué dans l'article précédent, n'est pas une expression d'une inclination morale ou une nostalgie pour un moment national révolu, mais plutôt une tentative de saisir un moment historique difficile, imposé par la guerre d'extermination contre Gaza, et ce qu'elle a révélé d'un effondrement général dans les systèmes de protection, de représentation et de sens. La question aujourd'hui n'est plus : Avons-nous besoin d'un réveil ? Mais : Ce réveil a-t-il les conditions de réalisation et les outils pour se transformer en un véritable parcours politique et social ?

Il existe des éléments objectifs qui préparent le terrain à un essor national, même si sa réalisation n'est pas automatique. En tête, le choc collectif profond causé par la guerre, non seulement en tant que crimes exterminateurs, mais aussi comme un moment révélateur de l'échec du système international, de l'incapacité du système politique palestinien actuel, et de l'impasse face à la continuité des anciennes règles de gestion du conflit.

De plus, l'érosion rapide de la légitimité des structures politiques dominantes se dessine en parallèle d'une inquiétude existentielle qui façonne la montée d'une conscience sociale dépassant, ne serait-ce qu'en partie, la bipolarité de la division, et cherchant un nouveau sens à la nationalité, qui n'est pas réduite au pouvoir ni monopolisée au nom de la résistance. De plus, on ne peut ignorer le changement frappant dans l'opinion publique mondiale, notamment en Occident, où les monopoles du récit israélien se sont fissurés, et où un prisme moral plus large s'est révélé prêt à écouter la voix palestinienne, à condition que cette voix soit unie, rationnelle et capable de s'adresser au monde dans un langage politique et non seulement en langage de victime.

Le réveil : de l'émotion à la conscience historique

Le réveil, dans son sens profond, n'est pas une explosion de colère ni une conscience éphémère, mais une transition d'une politique de réaction à une politique d'action consciente. C'est un moment de prise de conscience collective que les vieux outils ne sont plus seulement incapables, mais dangereux, et que leur continuité n'est plus seulement coûteuse sur le plan politique, mais existentielle et morale.
Les réveils ne naissent pas seulement de l'ampleur de la tragédie, mais de la capacité à transformer la tragédie en connaissance, la connaissance en organisation, et l'organisation en une action politique responsable. Ce n'est pas une rupture avec la résistance, mais une libération de son monopole et de son utilisation, et non un renversement du passé, mais une libération de ses chaînes.

Pourquoi maintenant ? Une fenêtre d'opportunité historique

Ce qui caractérise la guerre d'extermination contre Gaza, c'est qu'elle survient dans un contexte mondial différent ; une révélation morale sans précédent du système international, une fissure perceptible dans le récit israélien au sein de l'opinion publique mondiale, et une érosion aiguë de la légitimité des structures politiques palestiniennes existantes. Cette coïncidence a créé un fossé profond entre la société palestinienne et ses élites politiques, mais c'est un fossé susceptible de devenir un pont historique, à condition qu'il soit comblé par un nouveau projet national redéfinissant la politique comme un service aux personnes et non une gestion d'elles, un représentant et non un protecteur, une responsabilité et non un privilège.

Les grands défis : pourquoi le réveil semble-t-il si difficile ?

Face à cette opportunité, un engrenage dense et lourd de défis structurels se dresse. La division n'est plus simplement un désaccord politique, mais s'est transformée en un système d'autoproduction : intérêts, appareils, discours d'agitation et peur mutuelle de la reddition de comptes. Par conséquent, tout vrai réveil sera perçu comme une menace pour une structure existante, et non comme une simple idée susceptible d'être discutée.

À cela s'ajoute une profonde fatigue sociétale, où la colère s'entrecroise avec la peur du changement, et le désespoir devient une forme de défense personnelle. Quant à l'environnement régional, il traite la question palestinienne sous l'angle de la stabilité et de la gestion du conflit, et non sous celui de la justice et de la libération.

Les deux autorités en place : adoption du discours et rejet de la revendication

Dans ce contexte, il est peu probable que les forces dominantes sur la scène perçoivent l'idée du réveil comme une opportunité de reconstruction.
Le Hamas peut se conformer discursivement aux termes du réveil, mais se montrera pratiquement réservé à toute voie qui sépare la résistance de la monopolisation de la décision, ou redéfinit la relation entre l'arme et la société.
Quant à l'Autorité palestinienne, elle percevra le réveil comme une menace immédiate pour des équilibres existants, et aura tendance à l'absorber ou à le vider de son sens, au lieu de s'engager dans une transformation structurelle réelle. Le problème ici n'est pas dans les intentions, mais dans la logique du pouvoir quand elle se transforme en un but en soi.

Les Palestiniens : entre doute et préparation

La rue palestinienne, malgré l'épuisement et la désillusion, est plus prête qu'il n'y paraît à interagir avec tout parcours qui lui redonne sa voix et son rôle. L'accueil ne sera pas enthousiaste et immédiat, mais prudent et sceptique, en raison de longues expériences de déceptions. Cependant, cette prudence peut se transformer en un soutien réel si les gens constatent trois choses claires :
Premièrement, que cette ambition ne cherche pas à remplacer un protectorat par un autre.
Deuxièmement, qu'elle ne marchande pas les droits et ne détourne pas le sang dans des conflits internes.
Troisièmement, qu'elle confère à la société un rôle véritable, et non symbolique. Les Palestiniens ne cherchent pas de nouveaux discours, mais une politique différente.

Les leviers et les outils capables de transformer le réveil en réalité

Transformer le réveil d'une idée en un parcours nécessite des outils réalistes, parmi lesquels :
1. Un porteur qui relie le national et le démocratique-social comme vision de la philosophie du gouvernement et de l'administration, et comme cadre indépendant s'élargissant aux puissances sociales vivantes, aux personnalités indépendantes crédibles, aux forces démocratiques sérieuses, et aux mouvements sociaux, notamment de jeunes et de femmes des camps, ainsi que des syndicalistes, des universitaires, sans prétendre à une représentation exclusive, et sans se transformer en parti.
2. Un programme national minimum qui ne concurrence pas les programmes idéologiques, mais se concentre sur la reconstruction de la représentation nationale sur des bases démocratiques, la protection de la société contre la désintégration politique et le risque de désintégration sociale, ainsi que le lien entre la résistance et la décision nationale unifiée.
3. Redéfinir la résistance et la politique ;
Une résistance qui ne se réduit pas seulement à l'arme, et une politique qui ne se réduit pas au pouvoir, mais à la capacité de gérer le conflit au service des droits et des individus simultanément.
4. Des outils d'action populaires et communautaires tels que des syndicats, des comités populaires, et des campagnes d'opinion publique, capables d'imposer le débat national, sans attendre d'autorisation de quiconque.
5. Un discours rationnel dirigé vers l'extérieur qui s'adresse au monde dans un langage de droit, de justice et de droits de l'homme, sans renoncer à l'essence de la question.
6. Des structures et des cadres flexibles et dynamiques capables d'exploiter et de développer les créations populaires.

La société palestinienne n'est pas une masse désespérée ou hors du temps. C'est une société sceptique, oui, mais elle n'est pas indifférente. L'expérience prolongée lui a appris à se méfier des slogans, et non à se retirer de la politique. Ainsi, l'accueil de tout réveil sera conditionné par sa sincérité ; redonne-t-il aux gens leur rôle ? Protège-t-il les sacrifices de leur détournement ? Ouvre-t-il une voie, même longue, vers la délivrance ? Les Palestiniens n'attendent pas de miracles, mais une politique crédible.

La dimension arabe et internationale : une opportunité conditionnelle

L'humeur populaire arabe s'accorde avec toute orientation palestinienne rétablissant la signification morale de la question palestinienne, mais elle a besoin d'un porteur palestinien fiable lui offrant un horizon politique. Les régimes arabes agiront prudemment, de peur d'un modèle politique dépassant le protectorat. Au niveau international, les forces populaires ont besoin d'un partenaire palestinien rationnel, et les Palestiniens ont besoin de cette profondeur morale. L'Occident officiel tentera d'absorber tout nouveau parcours dans la logique de "gestion du conflit", tandis que les pays du sud y verront une opportunité d'intensifier leur discours anti-colonial. L'occupation israélienne comprend que ce qui la menace le plus n'est pas un faction, mais un projet national unifié redéfinissant le conflit hors de la bipolarité de la sécurité et de la violence.

De la conscience au parcours : les leviers et les outils

Le réveil ne se mesure pas par la compétence des textes ni par la sincérité des intentions, mais par sa capacité à se transformer en un parcours social et politique viable. La conscience, quelle que soit sa maturité, reste fragile si elle ne trouve pas des leviers pour l'organiser, des outils pour la protéger, et des mécanismes pour la transformer en une force de changement influente.

En tête, un cadre national indépendant émerge, ni un nouveau parti ni un remplacement partageux, mais un espace collectif et flexible, tirant sa légitimité de la société et non du pouvoir, de l'indépendance et non du positionnement. Un cadre qui ne prétend pas à une représentation exclusive, mais qui crée un nouvel équilibre moral et politique dans la vie publique.

Cela est lié à un programme national minimum, qui ne reporte pas les grandes divergences et ne se noie pas dans celles-ci, mais qui se concentre sur des tâches historiques claires : mettre fin à la division comme un danger existentiel qui contredit le besoin national de renforcer la capacité de résistance et de survie, reconstruire la représentation politique, protéger le tissu national de la société, et relier toutes les formes de résistance à une décision nationale unifiée et responsable.

Pour transformer ce programme en une force d'action, des outils de pression pacifiques et communautaires sont nécessaires : syndicats, associations professionnelles, mouvements de jeunes, comités populaires, et campagnes d'opinion publique, qui imposent le débat national comme un droit, et réintègrent la politique dans la société après qu'elle ait longtemps été monopolisée par des élites figées.

Enfin, le réveil ne sera complet sans un nouveau discours politique qui reconnecte l'intérieur palestinien à l'extérieur, non sur la base de la mendicité, mais sur celle du partenariat moral et politique, et qui offre aux alliés populaires dans le monde un titre palestinien clair qu'ils peuvent défendre.

Dans ce sens, le réveil n'est pas un événement, mais une structure dynamique : nourrie par la société, elle exerce une pression sur le pouvoir, déconcerte l'occupation, et s'adresse au monde avec confiance.
Le réveil palestinien n'est pas une promesse de délivrance rapide, ni une recette prête à l'emploi pour la victoire, mais un engagement difficile à reconstruire la politique de bas en haut, et non de haut en bas ; de la société à la direction, et non l'inverse.
En temps de génocide, cet engagement devient une forme de résistance, car il refuse de transformer les sacrifices en combustible pour l'immobilisme, ou de réduire le conflit à la gestion de la catastrophe plutôt que de chercher à la dépasser.

L'histoire n'accorde pas aux peuples de nombreuses chances.
Et quand elle le fait, elle ne pardonne pas de les perdre au nom de la peur, de la fausse réalisme, ou de l'attente d'un miracle qui ne viendra pas.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.