Gaza entre gestion du conflit et impossibilité de décision : une analyse des options israéliennes
Depuis le 7 octobre, Gaza n'est plus seulement un champ de bataille militaire, mais s'est transformée en un nœud stratégique qui teste la capacité d'Israël à prendre des décisions, ainsi que les limites de la force militaire face à une réalité politique et humanitaire extrêmement complexe. Avec le temps, il est devenu évident qu'Israël ne fait pas face à une pléthore d'options, mais plutôt à un dilemme d'alternatives, où les considérations de sécurité croisent les pressions internationales, les divisions internes, et les exigences de "l'après-demain" qui restent non résolues.
Dans ce contexte, le comportement israélien peut être interprété à travers trois scénarios principaux, qui forment ensemble le cadre de réflexion stratégique à Tel-Aviv.
Premièrement : l'option de la guerre totale et la rupture des règles
Ce scénario repose sur le retour à une guerre prolongée, visant l'élimination complète du mouvement Hamas, et le démantèlement de sa structure militaire et organisationnelle. Bien qu'il soit constamment présent dans le discours de la droite israélienne, sa mise en œuvre pratique se heurte à de nombreux obstacles structurels.
La guerre totale signifierait une destruction plus large de ce qu'il reste de la bande de Gaza et un effondrement complet des conditions de vie, rendant la reconstruction quasiment impossible, et transformant la région en un fardeau humanitaire permanent, non seulement pour Israël, mais pour l'ensemble de la communauté internationale. Plus important encore, ce scénario n'apporte pas de réponse réaliste à la question "qui gouverne Gaza après le Hamas ?", une question que l'institution de sécurité israélienne évite plus qu'elle ne l'admet publiquement.
De plus, une guerre de cette ampleur approfondirait l'isolement international d'Israël et l'exposerait à une pression juridique et éthique croissante, sans oublier l'épuisement de l'armée et du front intérieur, dans un moment régional de grande fluidité et ouvert sur plusieurs fronts.
Deuxièmement : l'acceptation du choix de l'apaisement et de la reconstruction
Le deuxième scénario repose sur l'acceptation d'un cessez-le-feu relativement long, accompagné d'un plan de reconstruction dirigé par les États-Unis et leurs partenaires, tout en reconnaissant implicitement le maintien du Hamas sur la scène, bien que ses capacités soient limitées et sous surveillance stricte.
Cette option offre une issue temporaire pour Israël, réduisant la pression internationale et lui permettant de réorganiser ses priorités régionales, notamment face à l'Iran et à ses alliés. Cependant, son coût politique interne est élevé, car il contredit le récit de "victoire totale", et est perçu au sein du camp de la droite comme un recul par rapport aux objectifs de guerre, ou une reconnaissance implicite d'échec.
De plus, ce scénario reste intrinsèquement fragile, car il ne traite pas des racines du conflit, ni n'ouvre un véritable horizon politique, ce qui rendra tout cessez-le-feu susceptible de s'effondrer au premier test, ramenant la situation à zéro.
Troisièmement : gestion du conflit et institutionnalisation de la situation intermédiaire
C'est le scénario le plus en phase avec le comportement israélien effectif, et celui qui se rapproche le plus des préférences de l'institution de sécurité. Cette option repose sur la prolongation des négociations et le retardement politique, tout en maintenant un niveau de combats localisés et intermittents, semblable au modèle existant dans le sud du Liban.
Dans ce cadre, Israël ne cherche pas à imposer une solution définitive, ni à parvenir à un règlement global, mais à maintenir Gaza dans un état de pression permanente, utilisant les outils militaires et sécuritaires en fonction des besoins, sans glisser vers une guerre à grande échelle ou s'engager dans un processus politique contraignant.
Ce scénario offre à Israël une certaine flexibilité stratégique et réduit le coût des grandes décisions, mais en retour ancre une situation d'instabilité, transformant Gaza en un champ de bataille ouvert à l'explosion à tout moment, avec toutes les implications humanitaires et sécuritaires continues que cela comporte.
Résumé de la situation
En fin de compte, les options israéliennes à Gaza reflètent une crise stratégique profonde, dépassant la dimension militaire pour entrer dans un dilemme politique et éthique complexe. Israël, malgré sa supériorité militaire, semble incapable d'imposer une solution définitive et se retrouve contraint de gérer le conflit plutôt que de le résoudre, dans un contexte d'absence de partenaire politique, d'érosion de la légitimité de la force, et de changement de l'humeur internationale envers les guerres ouvertes.
Quant à Gaza, elle reste le maillon le plus faible d'une équation dure, dont la crise se reproduit plutôt que de se résoudre, et dont la tragédie est gérée plutôt que terminée. Dans ce contexte, le conflit ne semble pas se diriger vers un règlement proche, mais plutôt vers la consolidation d'une réalité intermédiaire, sans guerre résolue ni paix construite, mais un état permanent d'incertitude, dont les civils paient d'abord le prix, testant les limites de la force dans un monde en mutation.
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