Gaza entre la politique de l'occupation et la responsabilité des Palestiniens : comment éviter de glisser vers une catastrophe totale ?
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Gaza entre la politique de l'occupation et la responsabilité des Palestiniens : comment éviter de glisser vers une catastrophe totale ?

Ce qui s'est passé hier matin, mercredi, à l'est de la ville de Gaza reste entouré de mystère, alors que l'État d'occupation prétend qu'un officier israélien a été blessé, suivi d'une riposte militaire violente selon le récit israélien, ayant entraîné la mort d'environ 18 martyrs. Cette scène, répétée sous différentes formes, ne peut être séparée du contexte plus large de ce qui se passe dans la bande de Gaza, ni de la nature de la politique israélienne en vigueur depuis le début de la guerre jusqu'à aujourd'hui.

Ce que fait l'État d'occupation ne peut pas être résumé à des violations individuelles ou à des "erreurs de terrain", mais constitue une approche organisée reposant sur l'utilisation d'une force excessive, l'imposition de réalités sécuritaires par la force et la gestion de l'escalade comme un outil politique interne. La première phase de la guerre, qui s'est étendue sur plus de cent jours, a vu des opérations militaires ayant coûté la vie à plus de 450 Palestiniens, avant que le bilan ne s'alourdisse par la suite à des centaines de martyrs, dans un contexte d'absence de toute véritable responsabilité ou d'engagement réel envers les accords déclarés.

Cette politique semble être appelée à se poursuivre, voire à s'intensifier, dans le cadre des efforts de l'État d'occupation pour imposer un contrôle sécuritaire permanent sur la bande de Gaza, et créer une "nouvelle réalité" basée sur une intervention quotidienne et l'imposition de conditions renouvelées sous prétexte d'achever ce qu'il appelle "la victoire totale". Cela s'inscrit dans le climat général en Israël, où l'environnement populaire et officiel extrême vis-à-vis de Gaza constitue un cadre confortable pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, servant ses objectifs politiques, surtout avec l'élection de 2026 qui approche, où le destin de Gaza risque de devenir un axe central de sa campagne, que ce soit par une intensification militaire ou par l'utilisation d'un discours sécuritaire pour galvaniser le public, face à une opposition tout aussi extrême qui l'accuse d'échec et de non-réalisation des objectifs de la guerre.

Un des nœuds centraux du paysage actuel se trouve dans le large fossé entre les exigences d'Israël et des États-Unis lors de la deuxième phase, et ce que le mouvement Hamas est prêt à offrir réellement, une lacune qui semble impossible à combler. Netanyahu ne se contente pas de revendiquer le désarmement de Hamas, mais s'efforce d'un démantèlement complet de sa capacité militaire, autoritaire et organisationnelle, incluant sa structure officielle et non officielle ainsi que ses réseaux municipaux et sociaux, rendant la reconstruction une condition politique et sécuritaire plutôt qu'un parcours humanitaire. Dans ce contexte, se manifeste la contradiction fondamentale dans son discours, alors qu'il parle de réussir la deuxième phase comme une transition vers des arrangements de gouvernance et des garanties internationales, peut-être un rôle pour l'Autorité palestinienne, tandis que son discours opérationnel repose sur la résolution militaire et le refus de tout parcours pouvant sous-entendre un horizon politique pour Gaza, maintenant ainsi la guerre ouverte sous diverses formes.

Cependant, la gravité de la situation ne se limite pas à la politique israélienne, mais s'étend aux conséquences directes sur les Palestiniens, qui font face aujourd'hui à une catastrophe humanitaire ouverte, mêlant famine, effondrement sanitaire et destruction totale, avec des menaces de déplacements forcés et une redéfinition de la carte démographique par la force. La poursuite de l'occupation dans la commission de crimes, et l'utilisation de la famine et de la pression humanitaire comme arme, vise essentiellement à briser la société palestinienne et à l'amener à des choix contraints, notamment le déplacement ou la soumission à des réalités imposées.

Dans ce contexte, il y a une responsabilité palestinienne qu'on ne peut ignorer. Gérer la politique israélienne fondée sur l'escalade et les crimes nécessite un haut degré de prudence politique et d'éviter de tomber dans le piège que l'occupant cherche à tendre, consistant à entraîner Gaza dans des cycles d'escalade calculés servant son agenda sécuritaire et électoral. Cela impose au mouvement Hamas, en tant qu'acteur actif dans la scène, de peser entre les exigences de la résistance et la protection de la société, et de manquer l'occasion pour l'occupant d'utiliser toute prétexte pour accumuler le sang et la destruction.

De plus, le retour de la Commission nationale de gestion de Gaza constitue un véritable test de la capacité palestinienne à saisir l'opportunité et à ne pas la compromettre, que ce soit par des conflits internes ou des calculs de factions étroites. Le succès de cette commission n'est pas seulement lié à la dimension administrative, mais aussi à sa capacité à contribuer à atténuer la catastrophe humanitaire, organiser l'aide, rétablir le minimum de la vie civile, et fournir un modèle palestinien responsable qui priverait l'occupant de justifications pour "le chaos" et "le vide".

Sauver les Palestiniens d'eux-mêmes face à la catastrophe qui se profile ne signifie pas s'adapter à l'occupation ou accepter ses diktats, mais nécessite la construction d'une position nationale rationnelle, qui gère le conflit avec conscience, qui donne la priorité à la protection de l'homme, et qui empêche de transformer Gaza en un terrain d'expérimentation ouvert aux forces israéliennes. La bataille aujourd'hui ne se mène plus seulement sur le terrain, mais aussi dans la société, sur la capacité de résistance politique et humanitaire face à un projet fondé sur l'extermination lente et le déplacement forcé.

Gaza se trouve à un carrefour dangereux : soit elle glisse vers davantage de sang et de destruction selon le rythme imposé par l'occupant, soit elle entreprend un effort acharné pour obtenir une marge de sauvetage nationale qui préserve ce qui reste de la société palestinienne, et empêche que la catastrophe humanitaire ne devienne un destin permanent.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.