Effondrement de la norme éthique : d'Epstein à Gaza
La scène à l'entrée du passage de Rafah, avec ses fils barbelés et ses procédures humiliantes, ne résume pas seulement la brutalité de l'occupation, mais révèle également le visage laid de ce qu'on appelle "le monde libre", et l'incapacité des pays arabes et islamiques à protéger l'humanité du peuple palestinien et à préserver sa dignité.
Ce qui s'est passé hier avec les personnes revenant pour des traitements à travers le passage lors de son premier jour d'humiliations, d'enquêtes sévères, de menottes, et d'extorsion, y compris des femmes et des enfants, n'est pas un incident isolé, mais une pratique systématique qui reproduit la logique de la prison à la porte qui devrait être humanitaire.
Nous vivons aujourd'hui dans un monde où la morale est utilisée comme une arme sélective, et non comme un critère humain fixe. Les valeurs sont invoquées dans toute leur rigueur lorsque l'accusé vient des "autres", mais elles s'évaporent dès que l'accusation s'approche du camp intérieur. La différence entre "crime" et "affaire fabriquée", entre "victime" et "coupable", n'est plus éthique ni légale, mais purement politique.
Un homme reconnu coupable ou impliqué dans des crimes d'agression sexuelle et ayant payé des pots-de-vin pour garder le silence, se voit soudainement présenté comme une "victime de persécution politique", tandis que le crime est effacé et remplacé par un discours de conspiration.
Cet effondrement ne se produit pas dans des systèmes marginaux, mais dans des pays qui se vantent d'être les gardiens des valeurs et de la démocratie. Les États-Unis et Israël se présentent comme des exemples pour le monde libre, mais leurs pratiques révèlent une paradoxale et tragique vérité : une démocratie sans justice, une liberté sans responsabilité. Lorsque les valeurs sont réduites à des urnes électorales ou à la loyauté du public, la morale devient suspendue chaque fois qu'il s'agit du leader ou du projet.
L'affaire Jeffrey Epstein révèle cette fissure au cœur du modèle américain. Un crime évident, des victimes connues, et des preuves abondantes, mais la justice n'était pas l'objectif. La vérité a été noyée dans un flot d'informations, ou recyclée politiquement jusqu'à perdre sa capacité de condamnation. La révélation n'a pas conduit à la responsabilité du système qui a protégé le crime, mais plutôt à sa normalisation. Le problème ici n'est pas Epstein en tant qu'individu, mais le système qui lui a permis d'agir, puis s'est permis d'échapper à toute responsabilité.
La même mécanique opère en Israël, mais à une échelle collective. À Gaza, nous ne parlons pas d'un scandale ou d'un dérapage individuel, mais d'une politique intégrée : meurtre, destruction, famine, déplacements forcés, et effacement de la vie en préparation du déplacement. Pourtant, ces crimes sont présentés dans un langage juridique poli, et sous le prétexte de "légitime défense", comme dans le cas américain, le crime n'est pas complètement nié, mais son acte est vidé de son sens moral.
Gaza est le témoin le plus atroce de cet effondrement. Plus de deux ans d'extermination, alors que l'Occident se contente d'expressions de inquiétude, et que le droit international est suspendu au nom du réalisme politique. La question n'est plus : est-ce que ce qui se passe est un crime ? Mais : pourquoi la justice n'est-elle pas appliquée lorsque l'auteur est un allié démocratique ?
Tout comme le crime d'Epstein a été normalisé par le bruit, le meurtre à Gaza est normalisé par le langage. Les massacres deviennent des "dommages collatéraux", l'extermination une "guerre défensive", et la famine des civils des "restrictions de sécurité", la même norme éthique qui a échoué à protéger les filles de l'exploitation sexuelle, échoue aujourd'hui à protéger les enfants des bombardements et de la faim.
Dans les deux cas, la justice est remplacée par la gestion de l'impression. La question inversée est posée : "La preuve est-elle suffisante ?" au lieu de la question fondamentale : "Que ferons-nous maintenant que le crime est confirmé ?", ainsi la démocratie se transforme d'un système de valeurs en un théâtre politique, et la morale devient un outil rhétorique utilisé seulement quand la force ne coûte rien.
Gaza n'est pas seulement une tragédie humanitaire, mais un test éthique et politique où le modèle occidental a échoué, tout comme il a échoué auparavant à faire face à de grands crimes internes. Le même échec qui a permis aux réseaux d'exploitation de vivre sous la protection de l'influence, est celui qui permet aujourd'hui l'extermination d'un peuple sous la protection d'un discours de "valeurs communes".
Epstein est peut-être mort, mais le système qui l'a protégé est toujours vivant. Et le système qui se tait aujourd'hui sur Gaza est le même : une démocratie sans responsabilité, une loi sans justice, et une morale qui est appelée uniquement quand cela ne coûte rien. Dans un tel monde, Gaza n'est pas une exception, mais la preuve la plus cruelle que la norme éthique s'est effondrée de son centre, et non de sa marge.
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