Le conseil de paix de Trump et le destin national
Le échec du droit international à garantir la justice pour les Palestiniens ne justifie pas son abolition, ni ne sert de prétexte à le remplacer par de nouvelles dispositions politiques promues sous le titre « paix ». En effet, le dysfonctionnement du système international, au cœur duquel se trouve les Nations Unies, n'est pas le résultat d'un manque juridique ou d'un défaut institutionnel neutre, mais plutôt de blocages politiques répétés lorsque la question de la Palestine est en jeu. Cependant, le danger croissant aujourd'hui ne se limite pas à la poursuite de ces blocages, mais s'étend à une tentative de dépasser le système même de la justice, redéfinissant la paix comme une gestion du conflit, et non comme sa résolution, et une solution sécuritaire, sans répondre au droit à l'autodétermination.
Gaza : d'une tragédie ouverte à un point d'ancrage politique
Dans ce contexte, ce qui est connu sous le nom de « Conseil de paix de Trump » s'inscrit comme une approche politique cherchant à contourner le cadre juridique international existant, s'appuyant sur la réalité imposée par la guerre dévastatrice dans la bande de Gaza. Au lieu de considérer ce qui s'est passé comme une tragédie exigeant une responsabilité et un retour à la loi internationale, les conséquences de la destruction sont utilisées comme point de départ pour reformuler une approche politique de la question palestinienne, administrée en dehors des références de la légitimité internationale et loin des droits nationaux inaliénables.
La distinction ici est essentielle entre l'échec de l'application de la justice et la transformation de cet échec en justification de son exclusion, entre l'incapacité du système international à rendre justice aux Palestiniens et l'exploitation de cette incapacité pour redéfinir le concept même de paix, le dépouillant de son contenu juridique.
Dans cette vision, Gaza est évoquée non pas comme une plaie ouverte dans la conscience internationale, mais comme une réalité sur laquelle de nouvelles dispositions sont établies. La question palestinienne est réduite à une dimension humanitaire, alors que la reconstruction est détachée du contexte de l'occupation, et la relation entre la terre et les populations est redéfinie sur la base de la gestion plutôt que de la souveraineté, de la stabilité plutôt que de la libération.
Une paix sans droits : gérer le conflit au lieu de le résoudre
Ce qui est proposé sous le titre « paix » dans cette approche n'atteint pas une résolution historique juste, mais plutôt reflète une volonté de réajuster le conflit en fonction des rapports de force actuels. Le Palestinien est progressivement écarté en tant qu'acteur politique, et est réinséré en tant que dossier humanitaire, tandis que la puissance occupante se voit conférer un rôle de juge et de garant à la fois. Ainsi, ce n'est pas seulement le droit international qui est contourné, mais aussi son contenu vidé de sa substance, le transformant en une référence sélective.
Le comité administratif de Gaza : nécessité temporaire ou entrée permanente ?
Parallèlement, l'idée de former un comité administratif pour gérer la bande de Gaza est venue comme une réponse pratique à un vide administratif et humanitaire profond laissé par la guerre. Cependant, cette formule, bien qu'elle soit nécessaire à court terme, implique de réels défis si elle n'est pas encadrée par un plafond politique et national clair. L'administration, lorsqu'elle est détachée de l'horizon politique, peut se transformer d'un outil d'assistance à une alternative voilée, et d'une mesure temporaire à une réalité permanente, où les affaires de la vie sont gérées sous occupation au lieu de travailler à sa fin.
Ces risques augmentent si le comité devient un canal par lequel passent des arrangements politiques en dehors du consensus national, ou des formes de « paix » moins conflictuelles en apparence et plus facilement commercialisables à l'international, sans traiter les racines du conflit.
Reconnaissance de la Palestine : de la symbolique à l'action
En retour, les pays ayant reconnu l'État de Palestine font face à un test pratique de la crédibilité de cette reconnaissance. La reconnaissance théorique du droit à l'autodétermination, si elle n'est pas traduite en politiques claires refusant de contourner ce droit, reste d'un impact limité. De plus, se contenter d'exprimer des réserves ou des inquiétudes face à des projets qui surpassent les Palestiniens, sans mesures concrètes pour les contrecarrer, laisse la place à leur établissement comme réalité.
L'élan populaire mondial et les exigences pour le raviver
La guerre contre Gaza a révélé un changement significatif dans la conscience populaire mondiale, se manifestant par une large vague de solidarité au sein des sociétés occidentales et au-delà. Cependant, cet élan, aussi important soit-il, reste fragile tant qu'il ne se transforme pas en une force politique organisée, capable d'influencer les centres de décision. Cette équation se complique dans le cas palestinien en l'absence d'une référence politique unificatrice capable de s'adresser à cette opinion publique dans un langage de droits et de loi.
Ce qui est proposé aujourd'hui sous le nom de « paix » reflète, en son essence, une tendance à gérer les résultats du conflit plutôt qu'à traiter ses causes, à fixer une réalité imposée par la force plutôt qu'à la déconstruire. À Gaza, le destin des Palestiniens n'est pas seulement à l'épreuve, mais aussi l'avenir du système international lui-même : soit restaurer la justice comme condition pour une paix durable, soit consacrer un logique de domination avec sa capacité permanente à reproduire la violence.
Cependant, le déséquilibre des forces, aussi chroniquée soit-elle, n'annule pas la capacité des peuples à reprendre l'initiative lorsqu'ils possèdent une clarté de vue et des outils d'action. Les Palestiniens, malgré les tentatives d'exclusion et de marginalisation, possèdent encore des éléments de pouvoir latents qui dépassent l'armement traditionnel : la légitimité d'une cause ancrée dans le droit international, une présence éthique renouvelée dans la conscience mondiale, et la capacité de reconstruire leur récit national comme une cause de libération et de droits, et non comme un simple dossier humanitaire. Transformer cet actif en action politique organisée, à travers une véritable unité nationale, en activant les outils du droit international, et en reliant la lutte palestinienne aux transformations en cours au sein des sociétés occidentales elles-mêmes, est de nature à redonner force à la question palestinienne sur l'agenda international comme une affaire non susceptible d'être gommée ou ignorée. L'histoire n'a jamais été écrite uniquement selon la logique de la force, mais aussi par la ténacité de ceux qui ont refusé de laisser leur avenir être défini par leurs ennemis.
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