La classe moyenne palestinienne… Quand la ligne de sécurité s'érode en silence.
SadaNews - La classe moyenne palestinienne ne disparaît pas par une explosion soudaine ou un effondrement dramatique, mais s'érode silencieusement, tout comme un mur de vieille maison s'effrite sous l'humidité ; il ne s'effondre pas d'un coup, mais des couches minimes tombent chaque jour, jusqu'à ce que ses habitants réalisent un matin que ses fondations ne sont plus viables pour l'habitation.
C'est ainsi que vit aujourd'hui la classe moyenne, entre le marteau de l'inflation galopante et l'enclume de la baisse des revenus, dans un état de "permanente attente" de tout imprévu qui pourrait anéantir ce qui reste de son équilibre précaire.
Le soupape de sécurité oubliée
La classe moyenne a toujours représenté une ligne de sécurité sociale non déclarée en Palestine ; elle est la catégorie qui ne connaît pas la pauvreté extrême exigeant une aide humanitaire, ni ne possède de richesse la protégeant des secousses. C'est la catégorie qui travaille, paie des impôts, investit dans l'éducation et comble les lacunes que les politiques publiques ne parviennent pas à traiter.
Mais aujourd'hui, elle se trouve dans une "zone grise" dangereuse ; elle travaille plus, gagne moins, et sa capacité à résister s'épuise progressivement sans qu'elle soit considérée comme une catégorie méritant protection ou réforme. Il n'y a ni programmes d'aide frappant à sa porte, ni politiques économiques spécialement conçues pour la tirer de son enchevêtrement croissant.
La paradoxale douleur
Le paradoxe flagrant est que cette érosion ne suscite pas de bruit public, car le discours officiel continue à la considérer comme une catégorie "capable de tenir". Alors que la réalité expose tout le contraire ; une érosion de détails insignifiants mais accumulés : une famille qui repousse un traitement nécessaire, une autre qui reconsidère l’éducation universitaire de ses enfants, et une troisième qui s’appuie sur des prêts pour couvrir des dépenses de consommation essentielles.
Avec chaque nouvelle crise, cette classe est poussée un pas de plus vers la vulnérabilité. L'absence de sécurité de l'emploi, la généralisation des contrats temporaires, la baisse de la qualité des services publics et l'impossibilité d'épargner, font qu'un imprévu de santé ou une perte d'emploi peut engendrer une glissade rapide vers la pauvreté. Ici, la chute n'est pas retentissante, mais silencieuse… et progressive.
L'économie de l'improvisation et l'effritement de la certitude
Économiquement, la classe moyenne souffre d'une prévalence du travail instable. Même ceux qui ont un emploi manquent de sécurité de l'emploi et de capacité à planifier à long terme. Quant au secteur privé, qui était considéré comme un levier pour l'emploi, il est écrasé sous les contraintes du marché, la faiblesse de la demande et une incertitude générale, ce qui se reflète directement sur les niveaux de revenus et les conditions de travail.
On ne peut dissocier cette érosion du contexte politique général. Le blocus continu, les restrictions sur la circulation et le commerce, les prélèvements financiers répétés sur les fonds de compensation, et le recul de l'économie dû aux crises successives, sont autant de facteurs qui pèsent directement sur les revenus des familles et la stabilité de l'emploi. Avec l'absence de politiques de protection sociale efficaces, la classe moyenne supporte le poids de la plus grande crise, sans être classée comme une catégorie affectée nécessitant une intervention, et en payant le prix en silence.
Cette érosion est un indicateur extrêmement alarmant, car la classe moyenne est le véritable porteur de la stabilité sociale, et elle représente la base de la demande intérieure qui fait tourner l'économie. Lorsqu'elle s'effrite, ce ne sont pas seulement les individus qui perdent, mais l'économie perd sa capacité de se rétablir, et la société perd sa cohésion.
Sauver la classe moyenne
Sauver la classe moyenne n’est pas une exigence de faction ou un luxe politique, mais une nécessité nationale urgente. Sans elle, la société se transforme en deux blocs distants : une minorité protégée et une majorité vulnérable.
Protéger cette ligne de démarcation entre la stabilité et la glissade signifie investir dans la survie de la société palestinienne dans son ensemble, pas dans une catégorie en particulier. L'érosion lente peut ne pas attirer l'attention aujourd'hui, mais si elle se poursuit, elle laissera des cicatrices profondes dans la structure sociale qu'il sera difficile de réparer demain.
Et alors, la question ne sera plus : comment protégeons-nous la classe moyenne ?
Mais : comment reconstruisons-nous ce que nous avons perdu en équilibre ?
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