La liste unie : plus qu'une alliance électorale
La désintégration de la liste unie n'était pas simplement l'effondrement d'une alliance électorale, mais plutôt la destruction d'une idée plus large... l'idée du travail arabe commun, avec autant d'unité que possible. Cette désintégration a eu un impact négatif sur le moral d'un large éventail de la population, ainsi que sur sa manière d'interagir avec les événements qui touchent sa vie quotidienne, en particulier les problèmes de démolition continue et la montée des crimes violents.
Lorsque les partis arabes se sont unis sous la liste unie en 2015, le taux de participation a augmenté et la présence parlementaire a été renforcée. Mais plus important que les chiffres était le sentiment général que la voix du citoyen arabe n'était pas vaine, et que les différends partisans pouvaient être gérés et mis de côté lorsqu'il y avait une direction claire et un dénominateur commun qui prenaient le pas sur les intérêts de groupe.
La liste unie n'était pas un projet idéal, mais elle a prouvé une réalité fondamentale : lorsque nous nous organisons, nous devenons plus confiants en nous-mêmes et en notre force. Sous son égide, les disputes partisanes ont diminué, les accusations mutuelles ont disparu dans une large mesure, et les tensions entre les cadres pendant les saisons électorales, qui se transformaient généralement en luttes et en attaques réciproques pour gagner des voix, se sont atténuées.
La désintégration de la liste unie a ravivé le désespoir, et a renforcé un sentiment général d'absence de projet, de perspectives fermées, et d'absence d'espoir de pouvoir changer et influencer. Les partis n'ont pas échoué à voir le dénominateur commun, mais ont trébuché sur les détails de l'arrangement de la liste et de la répartition des postes. La conséquence en a été une diminution du taux de participation et une réduction de l'influence, mais le plus préoccupant est l'élargissement de l'écart entre la rue et la direction, un écart qui est tangible et clair ces dernières années.
Il est facile d'accuser le public de se désengager et d'être indifférent, tout comme il est facile de blâmer entièrement les partis et de simplifier les différends à des calculs de sièges et de budgets.
Cependant, la réalité est plus complexe que cela. Ce que nous vivons est une crise de confiance mutuelle : un public qui voit des partis occupés par leurs propres intérêts, et des partis qui voient un public hésitant, retiré et paresseux qui attend un sauveur d'ailleurs. Dans ce tourbillon, les énergies sont gaspillées et la force politique se dissipe.
L'existence de la liste unie n'a pas mis fin aux divergences idéologiques, mais a réussi à les gérer dans un cadre unificateur. Toutefois, après sa désintégration, les divergences sont revenues sans limites, sans gestion, et sans direction collective.
Tout cela se produit dans le contexte d'un des gouvernements israéliens les plus racistes et les plus extrêmes : des législations d'exclusion, une incitation ouverte, une marginalisation systématique de tout ce qui est arabe, une légitimation et une justification de la violence (culture des Arabes), ainsi qu'une protection des criminels et un détournement des yeux. De plus, il y a une intensification des restrictions sur l'espace politique arabe et la liberté d'expression (arrestations pour un 'like').
Dans un tel contexte, la division partisane devient un luxe dangereux que le public ne peut accepter sous aucun prétexte.
Ce qui est requis n'est pas de reproduire la liste unie dans sa forme précédente, ni d'enjoliver l'expérience, mais de comprendre son essence qui signifie organiser la force des masses et l'investir avec une vision claire et un discours sincère, qui ne promet pas ce qu'il ne peut pas réaliser, ni ne se cache derrière des slogans vagues.
De son côté, le public a également une responsabilité essentielle. Il doit cesser d'attendre un sauveur venu de la Knesset, d'activer la pression populaire, de rendre des comptes, et de participer activement. La politique ne se construit pas seulement d'en haut, mais aussi de la base. Les initiatives populaires qui ont émergé du terrain, -comme à Sakhnin récemment- ont prouvé que l'action qui vient de la base peut avoir un effet plus puissant que des décisions venant du sommet qui ne concernent que les partisans.
Nous sommes une force populaire immense, mais dispersée. Ce dilemme ne peut être résolu sans la pression du public lui-même, qui a prouvé à maintes reprises qu'il est capable de punir ceux qui entravent l'unité. En même temps, il doit être clair qu'un éventuel cadre unitaire, s'il venait à se former à nouveau, n'est pas une baguette magique pour résoudre tous les problèmes. La Knesset n'est pas un espace accueillant pour la représentation arabe, et les députés arabes, peu importe leur nombre, peuvent se retrouver isolés face à un exclusion raciste de la part de la coalition et de l'opposition.
Cela dit, le cadre unitaire le plus clair a prouvé que notre unité peut transformer la colère en action, et orienter la force latente dans la rue au bénéfice des gens eux-mêmes, en particulier dans une lutte longue et complexe contre le crime et la violence, une lutte qui ne devrait pas s'attendre à un soutien véritable des autorités, mais qui pourrait plutôt faire face à des tentatives d'entrave et de découragement.
La liste unie, dans son idée et non dans sa forme, fournit une base populaire unifiée, diminue le discours de doute, de trahison et d'exclusion, et ouvre un horizon pour une organisation collective plus mûre. Ce n'est pas une nostalgie pour le passé, mais un besoin politique et moral dans un présent d'une extrême gravité, à l'échelle locale et qui ne peut être séparé ou isolé de ce qui se passe sur l'ensemble de la scène palestinienne, et même de ce qui se passe dans la région et dans le monde.
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