La crise dans le traitement de la crise
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La crise dans le traitement de la crise

Dans le cas palestinien, le problème ne réside pas tant dans le nombre de crises que dans la manière dont nous nous adaptons à elles, sans les traiter. Ici, la crise n'est plus un événement d'urgence nécessitant une mobilisation, mais plutôt un état stable, géré par le routine, reçu sans surprise, et reporté d'un jour à l'autre comme si le temps était en mesure de la résoudre ou, au moins, de nous y habituer. Ainsi, les crises sont devenues de l'exception à la règle, et d'un déséquilibre à un mode de vie.

Le Palestinien vit entouré d'une série continue de crises publiques : une crise de circulation l'accompagne au travail, une crise d'électricité le poursuit chez lui, une crise de l'eau perturbe les détails de sa journée, une crise éducative sème l'inquiétude pour l'avenir de ses enfants, une crise de santé l'oblige à une longue attente, et une crise des services publics teste sa patience à chaque démarche.

Ces crises sont connues, archivées, et prévisibles, et pourtant elles sont toujours gérées comme si elles étaient des surprises imprévues. Le terme "crise" est devenu une partie du vocabulaire ordinaire du citoyen. Crise des barrages, crise de l'électricité, crise des infrastructures, crise des passages, crise des salaires, crise du logement, et parfois, crise de confiance. Il ne se passe guère de temps sans qu'une nouvelle crise se manifeste ou qu'une ancienne réapparaisse sous une forme différente, ce qui crée un sentiment général que nous passons d'un impasse à l'autre sans reprendre notre souffle.

Paradoxalement, la définition de la crise est claire et simple : c'est un problème imprévu qui peut se transformer en catastrophe s'il n'est pas résolu rapidement. Mais dans l'expérience palestinienne, les crises sont prévisibles à un point d'ennui, et pourtant nous insistons pour les gérer avec une mentalité d'urgence. Nous savons que l'été approchera, et nous sommes surpris par une crise de l'eau. Nous savons que les villes s'étendent, et nous sommes étonnés par une crise de circulation. Nous savons que les infrastructures sont épuisées, et nous trouvons étrange leur dysfonctionnement. Le problème, donc, n'est pas l'absence de connaissance, mais l'absence de décision pour une solution radicale.

Dans la gestion des crises, une première phase est supposée, appelée "avant la crise", où la planification, la prévention, la construction de scénarios et la préparation sont essentielles. Cette phase, dans la réalité palestinienne, reste souvent du papier dans les rapports ou un point théorique dans les plans. Nous la repoussons sous prétexte d'exception politique, de ressources limitées, ou de pression de la réalité, puis nous payons le prix de ce report de manière exacerbée lorsque la crise se produit réellement.

Lorsque la crise survient, nous entrons rapidement dans la deuxième phase : la confrontation et la réponse. Ici, nous agissons avec une efficacité remarquable en tenant des réunions, en formant des comités, en émettant des instructions et en lançant des déclarations. La situation est contenue, la colère publique est apaisée, et les choses sont ramenées à "un minimum acceptable". Mais ce minimum devient avec le temps un plafond permanent, et la réponse rapide remplace la solution durable.

La troisième phase, celle de l'équilibre, de l'évaluation et de l'apprentissage, est le maillon manquant dans la plupart des crises palestiniennes. Il est rare que la question fondamentale soit posée : que s'est-il passé ? Pourquoi ? Comment pouvons-nous éviter que cela ne se reproduise ? La crise est administrativement closée dès qu'elle disparaît des gros titres, non pas simplement une fois qu'elle est résolue. Il n'y a pas de documentation sérieuse, pas de reddition de comptes transparente, pas de mise à jour véritable des plans. Ainsi, la même crise revient plus tard, mais après avoir acquis une expérience supplémentaire dans l'embarras de tout le monde.

Le sarcasme amer est que l'accumulation des crises n'a pas conduit à une accumulation de l'expérience. Au contraire, cela a engendré une sorte de torpeur générale, où la crise est accueillie avec un soupir plutôt qu'avec de la colère, et avec une blague plutôt qu'une exigence. Le citoyen s'est habitué à ce que la solution soit temporaire, que la promesse soit reportable, et que le déséquilibre revienne sous une autre forme. Avec cette accoutumance, la gestion perd le besoin de changer, et la crise est reproduite comme une partie du paysage naturel.

En profondeur, la crise palestinienne aujourd'hui n'est pas seulement une crise de ressources ou de politiques, mais une crise d'esprit administratif. Un esprit qui préfère la réaction à l'action, qui trouve dans la gestion d'urgence un confort temporaire, et qui traite la planification comme un luxe élitiste sans nécessité vitale. Esprit qui excelle à contenir la colère plus qu'à en prévenir les causes, et qui gère l'image mieux que la réalité.

Cela ne signifie pas minimiser la dureté du contexte politique ou nier l'impact de l'occupation, mais cela signifie que transformer cette réalité en excuse permanente décharge la gestion de sa responsabilité. L'occupation peut imposer des restrictions, mais elle ne dicte pas notre manière de penser, ni ne prescrit comment nous gérons ce qui est à notre disposition.

Le paradoxe sarcastique dans le cas palestinien est que la crise ne réside pas dans sa survenue, mais dans la manière dont nous gérons cette survenue. Pour nous, la crise n'est pas résolue, mais gérée, n'est pas fermée, mais reportée, n'est pas éradiquée, mais son douleur est temporairement atténuée jusqu'à ce qu'elle revienne plus forte et plus confiante en elle-même. Nous sommes doués pour secourir la crise, non pour la guérir ; nous lui donnons un analgésique à action rapide, prenons une photo souvenir, puis quittons la pièce avant de demander la raison de la maladie. Et ainsi, nos solutions deviennent une partie du problème, et "traiter la crise" devient une crise à part entière, que nous affrontons avec les mêmes outils, et avec les mêmes résultats, et avec la même surprise... à chaque fois.

En fin de compte, le Palestinien ne souffre pas seulement d'une pluralité de crises, mais d'une crise plus profonde : son traitement de la crise est devenu partie intégrante du problème. Tant que nous ne briserons pas ce cycle et que nous ne passerons pas de la gestion de la crise à la gestion de ce qui la précède et ce qui la suit, les crises continueront de se multiplier, et la question restera différée : quand traiterons-nous la crise... au lieu de nous contenter de coexister avec elle ?

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.