« Artère vitale » ou grande prison ?
Alors que la boussole mondiale est occupée par des conflits régionaux retentissants, les autorités d'occupation israéliennes réalisent l'une des opérations les plus dangereuses de "reconfiguration de l'homme et de l'espace" du XXIe siècle. Sous le slogan "Tissu de la vie", un système de séparation racial hautement sophistiqué est en réalité tissé, financé - de manière tragiquement ironique - par les impôts des Palestiniens eux-mêmes, transformant ce système de simples murs en béton en un système "intelligent" qui remplace la communication géographique naturelle par une "interaction de transport surveillée". Selon les rapports du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), la Cisjordanie a été découpée en 247 cantons isolés, où le mouvement des Palestiniens est devenu otage de 705 checkpoints, contrôlés par des portes électroniques que ferme un soldat derrière un écran d'une simple pression sur un bouton, illustrant ainsi la gestion à distance.
La réalité de ce projet ne se manifeste pas uniquement dans les cartes géométriques, mais aussi dans les heures de vie gaspillées qui sont quotidiennement assassinées aux barrages ; la distance entre Bethléem et Ramallah, qui se parcourait en cinquante minutes, prend aujourd'hui entre trois et six heures dans un calvaire qui épuise l'énergie et la dignité humaine. Ce claustrophobe objectif vise à transformer l'existence palestinienne en un lourd fardeau quotidien, en injectant dans la conscience du propriétaire de la terre un sentiment constant d'aliénation et d'insécurité, où le temps devient un outil de torture systématique plutôt qu'un moyen de construction.
Le visage le plus cruel de cette équation réside dans le "financement inversé", où la victime finance elle-même les murs de sa prison. Selon un rapport de la Banque mondiale (2024), des centaines de millions de dollars des fonds de compensation palestiniens sont détournés pour financer ce réseau qui étrangle ses propres propriétaires, les retenues ayant atteint près de 3,2 milliards de shekels entre 2020 et 2023, tandis que les Palestiniens contribuent de force à financer 40 % du coût des routes dans la "zone C" par leur travail et leur sueur. Dans une étrange paradoxie visuelle, le Palestinien est poussé dans des tranchées et des tunnels atteignant 25 mètres sous terre pour se déplacer dans un "pays alternatif" souterrain, tandis que le colon se déplace à la lumière du soleil sur la terre confisquée, dans une dualité qui légalise le système d'apartheid et reproduit l'expérience des "bantoustans" en Afrique du Sud à l'aide de technologies numériques modernes, ignorant ainsi l'article 49 de la quatrième Convention de Genève qui interdit de transformer les populations indigènes en visiteurs temporaires dans leurs propres foyers.
Le projet "Tissu de la vie" n'est pas simplement un plan de transport, mais une tentative désespérée de réduire la question palestinienne d'une lutte pour la libération nationale à un simple "problème de déplacement des populations" à résoudre par des tunnels et des ponts. C'est un test existentiel qui nous confronte à la question du destin : acceptons-nous d'être des habitants de tunnels dont nos vies se perdent aux portes électroniques de l'occupant, ou insistons-nous sur notre souveraineté sur la terre et sous le ciel ? La dignité palestinienne ne se mesure pas en mètres de béton, et la liberté n'est pas simplement un "permis de mouvement" entre des points de contrôle, mais une souveraineté absolue sur le temps et l'espace. La résistance à cette réalité est une bataille de survie ; autant qu'ils essaient de normaliser et d'embellir la prison, nous devons insister sur le fait que le soleil ne se voit pas depuis les tunnels et que la patrie ne se résume pas à un portail contrôlé par un soldat derrière du verre.
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