Pourquoi Simba a-t-il cru qu'il avait tué son père ?.. Le secret psychologique derrière l'attachement de vos enfants à "Le Roi Lion"
SadaNews - Qu'est-ce qui rend les dessins animés et les films d'animation si captivants pour les enfants ? Est-ce suffisant que les couleurs brillent, que le mouvement soit rapide et que les scènes se succèdent, ou est-ce la combinaison d'effets visuels et sonores qui crée un monde suffisant pour captiver leurs oreilles et leurs yeux ?
Bien qu'il soit possible de donner des explications esthétiques, de réalisation et artistiques à ce phénomène, cette approche repose sur une lecture analytique psychologique fondée par le psychologue palestinien Emad Najem, à partir des trois dimensions dont a parlé Jacques Lacan :
Imaginaire : le monde des images et de l'identification dans lequel un individu construit sa perception de lui-même et des autres.
Symbolique : le monde du langage, des lois, de la culture, des traditions et de la société, qui donne à l'individu son identité sociale et en fait un être capable de communication.
Réel : ce qui échappe au langage et ce que le symbolique ne peut pas représenter totalement, c'est-à-dire ce qui a un caractère choquant et qui ne peut être saisi par les mots.
Trois mondes dans un seul dessin animé
Si nous regardons les dessins animés à travers ces trois dimensions, la dimension imaginaire apparaît en premier ; elle offre à l'enfant un espace pour construire sa perception de soi à travers des comparaisons directes : différent et semblable, fort et faible, bien et mal. Ces dichotomies simplifiées donnent au monde une clarté réconfortante qui atténue sa complexité.
Cette dimension est liée à ce que Lacan appelle "le stade du miroir", lorsque l'enfant, entre le sixième et le dix-huitième mois, voit son image dans le miroir ; il voit l'image d'un corps complet avec une vue presque complète, tout en ressentant en même temps un corps en développement incomplet. À ce moment, il choisit de s'identifier à l'image complète comme étant ce qu'il deviendra plus tard.
C'est ici que l'on peut comprendre l'attraction des enfants pour les super-héros des dessins animés, car ils incarnent l'image de la force absolue, du contrôle et de la perfection à laquelle ils s'identifient, surtout dans les premières étapes où l'enfant éprouve ses premières frustrations et commence à découvrir les limites de sa capacité, son incapacité et sa faiblesse.
Dans ce sens, les contenus des dessins animés reproduisent le parcours de l’enfant dans la découverte de soi et de l’autre, de manière simplifiée. Lacan dit que la dimension imaginaire "est aveugle à la véritable différence", il voit le monde comme une copie de lui-même qu'il aime, ou différente de lui et qu'il refuse comme ennemi.
Le réel et le symbolique… perte, peur et loi
Dans la dimension réelle, il ne s'agit pas seulement de se libérer des lois naturelles dans le monde cartoon (des personnages qui volent, tombent et ne meurent pas…), mais de s'approcher de sujets lourds tels que la perte, la peur et la mort, mais sous une forme imaginaire supportable.
La scène de la mort de "Mufasa" dans le film "Le Roi Lion" est un exemple clair de cela ; c'est une réalité choquante, mais elle est présentée de manière symbolique apprivoisée qui permet à l'enfant de se rapprocher de l'idée de mort sans s'effondrer devant elle.
Quant à la dimension symbolique, elle est réalisée par les dessins animés à travers les messages liés à ce qui est bon ou mauvais, ainsi qu'aux traditions et aux responsabilités familiales. Les personnages des dessins animés ne jouent pas seulement leur rôle par ce qu'ils prononcent, mais ils deviennent eux-mêmes des symboles qui aident l'enfant à comprendre quelque chose de sa position dans le monde et de sa relation avec les autres et ses conflits.
Mais ces éléments généraux suffisent-ils à expliquer l'attachement des enfants aux dessins animés et aux films d'animation ? C'est ici que l'exemple précis brille davantage, et c'est par ce biais que l'on peut lire le film "Le Roi Lion" (1994) ou "Le Roi Simba" dans sa version arabe.
"Le Roi Lion"… un conte de pouvoir, de culpabilité et de retour
"Simba" naît fils du roi "Mufasa", lors d'une cérémonie d'inauguration claire pour l'héritier du trône. Rapidement, les questions de pouvoir et de statut se posent : la position du père et celle du fils comme héritier. Simba se familiarise tôt avec les limites des espaces permis et interdits ; Mufasa lui interdit de quitter "la Terre des Lions" à cause des Hyènes et lui dit qu'elle sera sous sa gouvernance à l'avenir après son départ.
Simba chante : "Je ne peux pas attendre d'être roi", phrase qui résume une partie de son désir de grandir, d'indépendance et de prendre la place du père, avec l'encouragement maléfique de son oncle "Scar". Sa curiosité le pousse, avec son amie "Nala", à se rendre à "la Tombe des Éléphants", où ils subissent une attaque qui aurait pu leur coûter la vie sans l'aide de Mufasa.
Par la suite, "Scar" orchestre un complot dans lequel il attire Simba dans une vallée profonde. Mufasa réussit à sauver son fils, mais lorsqu'il tente de grimper la roche, Scar le trahit et le pousse à tomber et à mourir. Scar accuse alors Simba d'être responsable de la mort de son père - bien qu'il connaisse la vérité - et lui ordonne de fuir et de ne jamais revenir, avant d'envoyer les hyènes pour le tuer. Simba s'échappe, mais s'enfuit dans le désert alourdi par la culpabilité.
Ici, il convient de rappeler ce que Sigmund Freud discute dans "L'angoisse dans la civilisation" concernant la source du sentiment de culpabilité et sa relation avec l'autorité paternelle. Freud distingue entre une autorité externe (la loi que représente le père) qui pousse l'enfant parfois à réprimer ses instincts par peur de punition et de perte de l'amour et de la protection, et les sentiments d'hostilité qui naissent envers cette autorité. Pour surmonter cette situation difficile, l'enfant internalise cette autorité en lui, formant le "surmoi" qui ne sanctionne pas seulement l'action, mais aussi le désir, la pensée et l'imaginaire, redirigeant l'agressivité vers l'intérieur.
De ce point de vue, on peut comprendre la question : pourquoi Simba a-t-il cru l'accusation de Scar de l'avoir tué? Le sentiment de culpabilité ici est plus profond qu'une simple accusation extérieure, car il touche à des désirs contradictoires liés à la concurrence, à la volonté d'obtenir un statut, une liberté et une indépendance. Ainsi, Simba reste enchaîné par la culpabilité alors qu'il n'a pas réellement tué son père.
"Souviens-toi de qui tu es"… Retour au nom, au père et à la position
Simba ne reste pas en fuite pour toujours. Après des années à vivre loin de "la Terre des Lions", "Nala" lui demande de revenir pour sauver son peuple et son trône détruits par le règne de Scar. Au début, il refuse, par peur de faire face à son passé et à la culpabilité qui le hante.
Ici intervient "Rafiki", le singe sage, qui conduit Simba à une confrontation symbolique avec l'image du père. Dans la scène célèbre où le spectre de Mufasa apparaît dans les nuages, Simba entend la phrase clé : "Souviens-toi de qui tu es". Cet appel n'est pas seulement une restitution de courage, mais un retour à la connexion de soi avec la position symbolique qui s'est déchirée après le choc.
Ce moment peut être lu comme un retour du "nom du père" en tant que fonction symbolique, pas seulement par nostalgie pour le père absent. Le problème n'était pas seulement dans la perte de Mufasa, mais dans le trouble de la relation de Simba avec la position qui était liée à lui par le désir, le pouvoir et la responsabilité, et son retrait de la confrontation avec ce que cette position lui permet et ce qu'elle lui impose à la fois.
Lorsque Simba retourne à "la Terre des Lions" pour affronter Scar, la confrontation n'est pas seulement un combat pour le pouvoir, mais une rencontre avec la culpabilité, la peur et l'image qu'il avait de lui-même comme "tueur de père". Au sommet de la confrontation, Scar révèle la vérité : c'est lui qui a tué Mufasa.
Cette confession constitue un moment de libération de l'ancienne culpabilité, mais elle n'efface pas l'impact de l'expérience ; au contraire, elle réorganise la position de Simba par rapport à la perte du père, à son désir, à sa responsabilité et à sa place au sein de la communauté, et permet de rediriger l'agressivité qui était tournée contre lui-même, pour l'orienter vers Scar en tant que responsable du crime. Ici, on peut comprendre la fin heureuse du film comme également une manière de rétablir le soi après sa rupture, et non comme une simple victoire traditionnelle du bien sur le mal.
Pourquoi les enfants s'attachent-ils à "Le Roi Lion" et aux dessins animés ?
Ce qui attire les enfants vers ce film, ce n'est pas seulement les chansons et les magnifiques dessins, mais le fait qu'il raconte de manière symbolique et imaginaire des conflits et des contenus relevant de leur monde psychologique : la peur de perdre l'amour, la tension envers l'autorité, le désir de pouvoir et d'indépendance, et les sentiments de culpabilité. Ce ne sont pas des idées claires dans la conscience de l'enfant, mais elles trouvent un vecteur à travers l'identification aux personnages et aux histoires.
Dans ce sens, visionner des dessins animés n'est pas simplement un divertissement éphémère, mais un espace où la fantaisie rencontre le désir, la peur le plaisir, et le soi ses images possibles. Les personnages et les histoires se transforment en un vecteur symbolique permettant aux enfants de toucher à leurs conflits et à leurs émotions de manière indirecte et plus supportable, et c'est peut-être pour cela que certains films, comme "Le Roi Lion", restent présents dans leur mémoire même après qu'ils aient grandi.
Source : Al Jazeera
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