Du développement musculaire à la lutte contre le cancer : une nouvelle découverte sur la créatine
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Du développement musculaire à la lutte contre le cancer : une nouvelle découverte sur la créatine

SadaNews - Le nom de la créatine a longtemps été associé au monde du sport et des salles de musculation, car elle est considérée comme l'un des suppléments les plus populaires utilisés par les athlètes pour augmenter la force, l'énergie et améliorer les performances pendant l'entraînement.

Cependant, une étude préliminaire récente a ouvert une perspective totalement différente sur ce composé, en indiquant une possible rôle dans le soutien de certaines cellules du système immunitaire responsables de la lutte contre les tumeurs.

L'étude, qui a été menée par l'Université de Californie à Los Angeles et publiée dans le journal iScience en avril dernier, ne signifie pas que la créatine est devenue un traitement contre le cancer, et elle ne recommande pas médicalement son utilisation pour les patients, mais elle soulève une hypothèse scientifique prometteuse : un supplément nutritionnel connu peut-il aider le système immunitaire à mieux accomplir son rôle face aux cellules cancéreuses ?

Qu'est-ce que la créatine ?

La créatine est un composé naturel constitué de trois acides aminés, et on la trouve principalement dans les muscles et le cerveau. L'homme en obtient une partie en consommant de la viande rouge et des fruits de mer, tandis que le corps produit environ un gramme par jour dans le foie, le pancréas et les reins.

Le corps stocke la créatine dans les muscles sous forme de phosphocréatine, une forme qui aide à fournir une énergie rapide aux cellules, en particulier lors d'un effort physique intense. C'est pour cette raison qu'elle est largement utilisée par les athlètes et les culturistes en tant que supplément qui aide à améliorer les performances et augmenter la masse musculaire lorsqu'elle est prise dans les doses recommandées.

Mais le nouvel intérêt pour la créatine ne provient pas de sa capacité à soutenir les muscles, mais de son impact potentiel sur des cellules immunitaires jouant un rôle important dans la résistance au cancer.

La créatine et le soutien des cellules immunitaires

L'étude récente s'est concentrée sur deux types principaux de cellules immunitaires : les cellules dendritiques et les cellules T cytotoxiques.

Les cellules dendritiques agissent comme un dispositif d'alerte au sein du système immunitaire; elles capturent les signaux liés aux cellules cancéreuses et les exposent aux cellules T, les aidant à reconnaître et à attaquer la tumeur. Les cellules T cytotoxiques, quant à elles, sont parmi les armes les plus importantes que le corps utilise contre les cellules anormales.

Selon les résultats des expériences menées sur des modèles de souris et des cellules humaines, il semble que la créatine stimule l'activité des cellules dendritiques, ce qui pourrait les aider à activer plus efficacement les cellules T contre les tumeurs.

Ce point revêt une importance particulière car de nombreux traitements immunologiques modernes contre le cancer reposent sur la stimulation des cellules T, mais ils ne réussissent pas avec tous les patients. L'étude indique que le soutien des cellules dendritiques, qui forment et guident les cellules T, pourrait être un moyen supplémentaire d'améliorer la réponse immunitaire.

Le secret du transporteur de créatine

L'idée a commencé lorsque les chercheurs ont examiné les gènes métaboliques les plus actifs à l'intérieur des cellules dendritiques qui ont infiltré les tumeurs chez les souris. Ils ont trouvé que le gène responsable du transport de la créatine à l'intérieur des cellules était plus actif dans les cellules dendritiques présentes dans la tumeur comparativement à celles dans les tissus sains.

Pour comprendre l'importance de cela, les chercheurs ont conçu des cellules dendritiques génétiquement modifiées qui manquaient du transporteur de créatine. En conséquence, ces cellules avaient perdu une partie de leur capacité d'activation, devenant plus faibles pour stimuler les cellules T à attaquer la tumeur.

Lorsque les cellules dendritiques incapables d'introduire la créatine ont été cultivées avec des cellules T en laboratoire, les cellules T se sont divisées à un rythme inférieur et ont produit moins de signaux immunitaires nécessaires pour lutter contre le cancer. Cela a renforcé l'hypothèse que la créatine pourrait être une partie importante du système énergétique dont ces cellules ont besoin pour fonctionner efficacement.

Que se passe-t-il avec une augmentation de la créatine ?

Les chercheurs ont ensuite effectué une expérience inverse, alors au lieu de réduire les niveaux de créatine, ils ont essayé de les augmenter pour voir si cela améliorerait les performances des cellules immunitaires.

Les expériences sur des souris atteintes de cancer de la peau ont montré qu'un apport quotidien en créatine avait considérablement ralenti la croissance de la tumeur et augmenté le nombre de cellules dendritiques actives à l'intérieur de la tumeur. Ces cellules étaient également devenues plus capables de libérer des signaux chimiques attirant plus de cellules T cytotoxiques vers la zone tumorale.

Les chercheurs expliquent cela par le fait que la créatine peut aider les cellules dendritiques à maintenir des niveaux d'énergie stables à l'intérieur d'un environnement tumoral, qui est très compétitif pour la nourriture et l'énergie en raison de la rapidité de la croissance des cellules cancéreuses.

Ainsi, la créatine, selon ce que propose l'étude, pourrait élever les niveaux de l'ATP (adénosine triphosphate) à l'intérieur des cellules dendritiques, qui est la principale source d'énergie que les cellules utilisent pour fonctionner. Cela permettrait à ces cellules de rester plus capables d'activation et d'envoyer les signaux immunitaires nécessaires.

Résultats préliminaires sur des cellules humaines

L'étude ne s'est pas limitée aux souris, les chercheurs ont également testé l'effet de la créatine sur des cellules dendritiques humaines en laboratoire. Les résultats ont montré que la créatine avait renforcé l'activation de ces cellules, améliorant leur capacité à stimuler les cellules T humaines contre une cible liée au cancer.

Ces résultats ne signifient pas que le même effet se produira nécessairement dans le corps humain, mais ils offrent aux chercheurs une raison supplémentaire d'étudier la créatine dans le cadre des stratégies de traitement immunologique, en particulier dans le domaine des vaccins basés sur les cellules dendritiques, qui sont conçus pour inciter le système immunitaire à reconnaître et à attaquer la tumeur.

Les chercheurs estiment que la créatine pourrait être utilisée à l'avenir de deux manières potentielles : soit comme un complément de soutien pour les patients recevant un traitement immunologique, soit comme un outil pour améliorer la qualité des vaccins immunologiques basés sur les cellules dendritiques avant de les administrer aux patients. Mais tout cela reste au stade de la recherche, et n'est pas encore devenu une recommandation thérapeutique.

Espoir et prudence

Bien que les résultats semblent intéressants, les chercheurs soulignent que l'étude en est encore à un stade précoce, et qu'elle a été réalisée sur des cellules et des modèles animaux, et non sur des patients atteints de cancer. Par conséquent, cela ne doit pas être interprété comme une preuve que la consommation de créatine prévient ou traite le cancer.

De plus, la créatine est utilisée depuis des décennies comme supplément nutritionnel et est généralement considérée comme sûre lorsqu'elle est consommée dans les doses recommandées chez les personnes en bonne santé, mais les patients atteints de cancer ne devraient pas ajouter de complément à leur régime alimentaire sans consulter leur médecin, car les suppléments peuvent interférer avec certains traitements ou affecter l'état de santé de manières qui diffèrent d'un patient à l'autre.

La prochaine étape cruciale reste les essais cliniques sur des êtres humains, pour déterminer si la consommation de créatine peut effectivement améliorer les résultats du traitement immunitaire chez les patients, à quelles doses, dans quelles conditions, et avec quels types de cancer.

À ce jour, la créatine reste un supplément bien connu dans le monde du sport, mais elle suscite également un nouvel intérêt dans les laboratoires d'immunologie et de cancer. Entre la promesse scientifique et la prudence médicale, le message le plus important reste clair : les résultats sont prometteurs, mais ils ne sont encore que le début d'un long chemin qui nécessite des preuves.

Source : الجزيرة