L'art et les mots... Une soirée culturelle à Taëz qui ouvre des portes sur la mémoire et les couleurs
SadaNews - Au dernier étage du siège de la fondation "Basement" dans la ville de Taëz - précisément au Centre créatif de Taëz - la musique s''infiltrait doucement entre les sièges, comme si elle ouvrait des couches de silence une après l''autre.
Et sur les murs, des tableaux s''étendaient comme des chemins intérieurs chargés de questions, qui ne se lisent pas rapidement, mais se découvrent comme la mémoire lorsqu''elle est soudainement ravivée.
Pas de tapis rouge, ni de cérémonie festive bruyante, mais le lieu était rempli d''une présence venue des détails de la vie quotidienne pour participer à une soirée combinant art plastique, musique et écriture, dans le cadre des "Journées européennes" et du projet des centres de créativité à Taëz ; la ville qui vit depuis des années entre le poids de la réalité et ses tentatives continues d''ouvrir de petites fenêtres vers la beauté. Parmi les œuvres qui ont attiré l''attention des visiteurs :
L''exposition "Histoire" de l''artiste plasticienne Hadeel Mohammed, qui semblait plus proche d''un carnet émotionnel ouvert sur les murs, où ses œuvres n''étaient pas présentées comme des réponses, mais comme des espaces permettant à chaque spectateur de les redisposer selon son propre point de vue, comme si les tableaux ne s''achevaient que dans l''œil de celui qui les voit.
Les couleurs comme couches d''expérience
À l''intérieur de la salle, les tableaux n''étaient pas regardés rapidement ; beaucoup de présents restaient longtemps devant une seule œuvre, comme si le regard lui-même se transformait en une quête de compréhension intérieure, tandis que d''autres se contentaient du silence qui remplaçait ici la parole.
L''artiste Hadeel Mohammed déclare à Al-Jazeera Net : "L''exposition (Histoire) est née de mon désir de transformer l''expérience personnelle en une empreinte visuelle à partager", précisant que les œuvres sont sorties d''états émotionnels accumulés liés à la peur, la nostalgie, le calme et l''agitation, des sentiments qu''elle considère comme faisant partie des détails de la vie quotidienne dans la ville.
Dans certaines œuvres, les couleurs apparaissaient entremêlées comme si elles étaient en guerre interne sans chercher de solution, tandis que d''autres étaient plus calmes, comme des moments de respiration dans un espace encombré d''expériences, un contraste qui a créé une sorte de débat silencieux parmi les présents sur la relation entre la couleur, la mémoire et le sentiment.
La musique comme prolongement de l''état visuel
Avant l''ouverture de l''exposition, la musique était un élément essentiel de la scène, lorsque la musicienne Shamoos Rasam a interprété des morceaux au piano accompagnée de l''artiste Mohammed Sabri, dans un moment où la salle semblait respirer d''un seul rythme.
La musicienne Shamoos Rasam explique à Al-Jazeera Net que jouer dans de tels espaces artistiques diffère des salles traditionnelles, car le public ne se contente pas de regarder ou d''écouter, mais entre dans un état émotionnel partagé avec ce qui est présenté devant lui, ajoutant : "La musique ici ne fonctionne pas isolément des tableaux, mais coexiste avec eux dans un même espace, comme si chaque note tentait d''ouvrir un chemin vers une couleur ou une idée suspendue au mur".
Rasam souligne que l''expérience à Taëz a une spécificité claire ; les gens viennent vers l''art lourdement chargés de leurs expériences quotidiennes, ce qui rend l''interaction plus authentique et moins feinte, affirmant que la continuité de ces activités donne aux artistes le sentiment qu''il y a encore des personnes qui cherchent l''art comme un besoin intérieur et non comme un luxe.
L''art comme espace de vie
Pour sa part, le coordinateur du Centre créatif de Taëz, Jamal Al-Maqtari, estime que ces activités ne sont pas uniquement présentées comme des événements culturels élitistes, mais comme des espaces nécessaires pour rétablir l''équilibre humain dans la ville, expliquant que l''idée repose sur l''intégration de l''art dans la vie quotidienne, et non comme un événement exceptionnel séparé de celle-ci.
Al-Maqtari ajoute que l''expérience tente de construire une nouvelle relation entre le public et l''art basée sur l''interaction plutôt que sur la réception silencieuse, et sur la participation plutôt que sur la seule observation, notant que ce type d''événements ouvre la porte à un dialogue plus large entre les générations et les intérêts variés au sein de la ville.
Dans ce même contexte, l''écrivain et chercheur Omran Al-Hamadi voit que ce qui se passe lors de telles soirées reflète une véritable tentative de reconstruire la mémoire culturelle à Taëz, affirmant que la ville - malgré tout ce qu''elle a traversé - conserve encore une dynamique culturelle latente qui se manifeste dans de telles initiatives.
Al-Hamadi ajoute : "L''art dans ce contexte n''est plus dissocié de la réalité, mais est devenu son prolongement, c''est pourquoi les œuvres tendent à exprimer l''humain de l''intérieur ; sur l''anxiété quotidienne et sur les tentatives de comprendre le monde sans moules préétablis", soulignant que l''importance de ces rencontres réside dans la recréation d''un moment humain de rassemblement autour de l''art, à une époque où les distances entre les gens sont devenues plus grandes qu''auparavant.
Un public qui redécouvre les détails
La soirée a été marquée par une présence diversifiée d''étudiants universitaires, d''artistes, d''activistes et d''intéressés par les questions culturelles, avec une participation féminine remarquable dans les interactions et les discussions sur les œuvres. Selwa Saleh, l''une des présentes, a déclaré : "Les tableaux n''offrent pas un seul sens, mais ouvrent la porte à des possibilités multiples, et l''expérience m''a conduit à voir l''art comme une question ouverte sans réponse définitive".
Et à la fin de la soirée, de nombreux présents continuaient à déambuler lentement entre les œuvres, comme s''ils remettaient à plus tard le moment de quitter cet état spirituel du lieu.
À l''extérieur, Taëz retrouvait son rythme quotidien habituel ; une ville fatiguée, mais elle laisse encore dans ses recoins un petit espace pour quelque chose qui ressemble à la lumière, même de loin.
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