Élections du Conseil national .. Réforme de l'organisation ou redéfinition de celle-ci ?
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Élections du Conseil national .. Réforme de l'organisation ou redéfinition de celle-ci ?

Depuis que le président Mahmoud Abbas a approuvé ce qu'on appelle la loi sur les élections du Conseil national palestinien, le débat est revenu au premier plan de la scène politique palestinienne concernant la nature de l'Organisation de libération de la Palestine et son rôle juridique et politique, ainsi que sur la nature même du Conseil national palestinien, et sur la question de savoir s'il est approprié de le soumettre aux règles des élections générales reconnues dans les systèmes politiques stables, ou si cette approche comporte une confusion conceptuelle et juridique profonde qui pourrait conduire à des résultats contraires aux bases sur lesquelles l'Organisation de libération de la Palestine a été fondée depuis son lancement jusqu'à ce jour...

Le débat autour des élections du Conseil national ne peut être dissocié de la question centrale concernant la nature même de l'Organisation de libération de la Palestine... Avant d'examiner les mécanismes de formation du Conseil national, il est impératif de répondre à une question essentielle qui consiste à définir la nature de l'organisation... Est-elle un État souverain doté d'un système politique complet nécessitant des élections périodiques conformément aux règles de la démocratie traditionnelle ? Ou est-elle encore, selon sa charte nationale et son statut légal, ainsi que la reconnaissance internationale dont elle bénéficie, un mouvement de libération nationale représentant un peuple vivant sous occupation et luttant encore pour réaliser son droit à l'autodétermination, au retour et à l'indépendance ?

La réponse juridique et politique ne souffre d'aucune ambiguïté... L'Organisation de libération de la Palestine n'a pas déclaré l'achèvement de sa mission historique, et aucun décret national ou légal n'a été émis pour indiquer qu'elle était passée d'un mouvement de libération nationale à un État indépendant et souverain... L'organisation demeure, par sa définition juridique et par la reconnaissance arabe et internationale qui lui est accordée, le représentant légitime et unique du peuple palestinien dans tous les lieux où il se trouve, ainsi qu'elle continue d’être le cadre unificateur de la lutte nationale palestinienne visant à mettre fin à l'occupation et à réaliser les droits nationaux inaliénables...

Partant de cette réalité, le Conseil national palestinien ne peut être considéré comme un parlement traditionnel au sens constitutionnel connu dans les pays indépendants, mais plutôt comme le parlement de la révolution palestinienne et son institution législative supérieure, qui a émergé dans le cadre du projet de libération nationale. D'ici découle que tenter de soumettre sa formation aux règles des élections générales comme étant l'unique voie vers la légitimité représente un saut au-dessus de la nature juridique et politique de l'organisation elle-même, et conduit à une redéfinition de celle-ci de manière non déclarée et sans aucun mandat national global...

L'Organisation de libération de la Palestine a été fondée dans des circonstances exceptionnelles imposées par la situation d'éradication nationale, de déplacement et d'occupation. Elle ne s'est pas créée en tant que parti politique ou autorité d'administration locale ou État existant, mais en tant que manifestation de la révolution palestinienne contemporaine et cadre de leadership unifié des forces nationales qui ont porté le projet de libération. Depuis lors, la légitimité de l'organisation reposait sur la légitimité de la lutte nationale et sur sa capacité à représenter les diverses composantes du peuple palestinien dans la patrie et la diaspora, et non sur les urnes électorales au sens traditionnel du terme...

Les expériences historiques des mouvements de libération nationale confirment que les institutions révolutionnaires ne se construisent pas selon une logique électorale pure, mais selon les exigences de la phase de libération nationale et ses nécessités... La révolution n'est pas une société par actions, ni un organe administratif neutre, ni une institution de services qu'on peut réorganiser périodiquement selon l'équation majoritaire-minoritaire... La révolution est un acte politique et historique visant à déraciner l'occupation et le colonialisme et à établir une nouvelle réalité... Pour cette raison, les dirigeants des révolutions et leurs institutions historiques ont toujours été le produit des équilibres de la lutte nationale et du consensus révolutionnaire, ainsi que de la représentation militante des forces actives sur le terrain, et non pas le résultat d'urnes électorales pures...

D'où découle le défaut majeur dans la loi sur les élections du Conseil national palestinien. Cette loi suppose implicitement que l'Organisation de libération a dépassé la phase de libération nationale et est passée à une phase d'État stable où ses institutions peuvent être réformées par le biais des élections générales... Cependant, cette hypothèse ne trouve aucune justification dans la réalité politique ou juridique palestinienne... L'occupation est toujours présente, les terres restent occupées, la colonisation s'étend, le droit au retour n'a pas été réalisé, la souveraineté nationale n'a pas été achevée, et l'État palestinien indépendant n'a pas été établi. Alors comment peut-on ignorer toutes ces vérités et passer à la réingénierie des institutions de la révolution selon des règles qui n'ont en réalité été élaborées que dans le cadre des États indépendants ?

Plus dangereux encore, cette loi ne représente pas simplement une modification administrative concernant la manière de choisir les membres du Conseil national, mais elle implique dans son essence une tentative de redéfinir l'Organisation de libération de la Palestine elle-même... Lorsque le seul critère de légitimité devient les élections générales, l'organisation abandonne progressivement ses fondements historiques et révolutionnaires et se transforme en une entité politique traditionnelle soumise à la logique de la compétition électorale, des programmes intermédiaires et des intérêts de groupe étroits... Dans ce cas, l'organisation ne serait plus un cadre pour la libération nationale, mais deviendrait une institution politique semblable à n'importe quelle autre institution partisane ou parlementaire...

En outre, l'appel à des élections générales pour le Conseil national soulève d'énormes problèmes juridiques et pratiques. Le peuple palestinien n'est pas résident d'un seul État dans lequel un processus électoral unifié peut être organisé... C'est un peuple réparti entre occupation, exil, diaspora et camps de réfugiés, et dans des dizaines de pays avec des lois et des systèmes politiques différents... Dans les faits, il n'existe aucune véritable méthode garantissant à tous les Palestiniens une participation égale et équitable à un processus électoral global... Ainsi, parler d'élections générales pour le Conseil national reste plus proche d'un slogan politique que d'un projet réalisable...

Et même si l'on supposait qu'il était possible d'organiser de telles élections, la question la plus importante demeure... Les élections produisent-elles nécessairement une meilleure représentation nationale que la formule consensuelle adoptée historiquement par l'Organisation de libération ? La réalité indique que les élections reflètent souvent les rapports de force financiers, médiatiques, les conditions du moment et les changements régionaux, tandis que la formule consensuelle au sein de l'Organisation de libération reposait sur un critère différent qui était la taille de la présence nationale et militante des forces politiques et sociales et leur capacité à servir le projet national global...

Transformer le Conseil national palestinien d'une institution révolutionnaire représentant le peuple palestinien dans sa lutte historique en un conseil élu selon les règles de la démocratie libérale moderne porte en lui un risque stratégique réel... La question ici ne concerne pas un mécanisme d'élection ou de nomination, mais la nature même du projet national... La démocratie dans les États indépendants repose sur la gestion de la compétition à l'intérieur de l'État, tandis que les mouvements de libération nationale gèrent le conflit avec l'occupation... Entre ces deux fonctions, il y a une différence fondamentale qu'il ne faut pas ignorer ou sauter...

La révolution, par nature, ne se vote pas. La révolution tire ses dirigeants et ses institutions de l'action militante et de sa capacité à exprimer la volonté nationale collective. En revanche, les élections ne sont qu'un outil de gestion du pouvoir au sein d'un État après l'achèvement de l'indépendance. Ainsi, la confusion entre les phases de libération et de construction représente une grave erreur politique et juridique qui pourrait conduire à la désintégration de la structure intellectuelle et institutionnelle sur laquelle repose l'Organisation de libération de la Palestine.

Peut-être le danger le plus grand réside dans le fait que la loi sur les élections du Conseil national ouvre la porte à la reproduction de l'organisation selon des normes nouvelles qui n'ont rien à voir avec son histoire révolutionnaire ou son rôle de libération... Les forces ayant le plus de ressources et d'influence médiatique et organisationnelle pourraient devenir celles ayant le plus grand impact sur la formation du Conseil national, tandis que les considérations militantes et de lutte qui ont constitué le cœur de l'expérience palestinienne pendant des décennies reculent. À ce moment-là, l'Organisation de libération deviendrait simplement un cadre administratif dépourvu de l'esprit révolutionnaire qui lui a conféré sa légitimité et sa place historique...

Ce qui est nécessaire aujourd'hui n'est pas de démanteler les fondements sur lesquels repose l'Organisation de libération de la Palestine, mais plutôt de les raviver, de les activer et de retrouver son rôle unificateur de libération. La véritable réforme ne commence pas par le changement de la nature de l'organisation ou la redéfinition de ses institutions, mais par la restauration de son rôle national en tant que direction du mouvement de libération nationale palestinien. Transformer le Conseil national en une arène électorale soumise aux règles de la démocratie libérale avant l'achèvement de la libération ne représente pas une réforme, mais plutôt un passage non déclaré d'un projet de libération à un projet de gestion de la réalité existante...

Par conséquent, la loi sur les élections du Conseil national palestinien pose une problématique qui dépasse de loin les limites des procédures organisationnelles. Elle touche à l'essence de l'idée sur laquelle repose l'Organisation de libération de la Palestine, et soulève des questions profondes sur son avenir, son identité et son rôle historique. Si l'organisation demeure légalement et politiquement un mouvement de libération nationale, et si sa mission déclarée est encore de libérer la terre et l'homme palestinien, et de réaliser les droits nationaux inaliénables, alors soumettre le parlement de la révolution aux règles des élections générales ne peut pas être considéré comme une étape réparatrice, mais plutôt comme une transformation structurelle menaçant de vider l'organisation de son contenu révolutionnaire et historique, et ouvrant la porte à la fin du modèle qui a donné au peuple palestinien depuis des décennies son titre national unificateur et son représentant légitime unique.

D'où l'idée que défendre l'Organisation de libération de la Palestine ne se fait pas par le clonage de modèles d'États stables au sein d'un cadre de mouvement de libération nationale qui n'a pas encore accompli sa mission historique, mais en s'accrochant à sa nature originelle et en développant ses instruments de lutte et institutionnels au service de son objectif central, qui est la libération. La révolution ne se rend pas aux urnes pour se légitimer, mais tire sa légitimité de sa continuation à porter le projet de liberté nationale jusqu'à la réalisation complète de ses objectifs, sans aucune diminution....  

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.