Merci à Lamine Yamal
Articles

Merci à Lamine Yamal

Dans le cœur de la festive Barcelone, au milieu d'un tumulte de couleurs, de chants et de cris de joie qui ont rempli le ciel, se dresse une scène qui dépasse en signification tout ce qui a été dit sur la Liga espagnole, le Classico et les titres. Un jeune homme n'ayant pas encore dépassé sa vingtaine, se tenant dans le bus à ciel ouvert aux côtés de ses héros, tend la main aux foules non avec un trophée ni un maillot, mais avec un drapeau vert, blanc, noir et rouge — le drapeau de la Palestine — qu'il agite avec aplomb comme s'il disait : ce titre n'est pas seulement le mien.

Lamine Yamal, âgé de dix-sept ans et star qui illumine désormais le ciel du football européen, n'est pas Palestinien. Son père est originaire du Maroc et sa mère de la Guinée équatoriale, et il a grandi dans les quartiers de Barcelone. Mais la solidarité ne requiert pas de nationalité, ni de certificat de naissance. Yamal a fait ce que fait une conscience vive lorsque la joie s'élève : il se rappelle de ceux qui ne se réjouissent pas.

Ce qui donne à ce moment son véritable poids, c'est le contexte dans lequel il est né. Aux quatre coins de la planète, des stades d'Europe aux salles de décisions des Nations, il y a une répression sur quiconque affiche sa solidarité avec la Palestine. Des joueurs ont été suspendus, des tribunes où le keffieh a été interdit, des couleurs retirées, et des drapeaux confisqués aux portes des stades. Lever le drapeau de la Palestine dans certains contextes est devenu une forme d'aventure, si ce n'est un prix élevé à payer par ceux qui le brandissent. Et dans ce cadre assiégé, le drapeau s'est élevé dans la plus belle démonstration sportive en Espagne, par l'un des joueurs les plus en vue. Ce n'était pas une coïncidence, c'était un choix.

Le choix, en des temps de pression, est ce qui crée des différences entre les symboles. De nombreuses stars évitent les positions politiques pour échapper à la controverse et préserver leurs contrats de sponsoring et le cours de leur carrière, et c'est leur droit. Mais lorsque un jeune dans l'apogée de son éclat décide de rappeler la souffrance d'un peuple à un moment de sa propre joie, c'est un acte d'une autre nature. Il dit au monde : ne me demandez pas d'oublier pendant que je célèbre.

Lever le drapeau palestinien n'éteint pas la bombe, ne reconstruit pas la maison détruite, ni ne ramène l'enfant à sa mère. Mais cela remplit une autre fonction tout aussi importante : il confirme que la Palestine est présente dans la conscience des gens, et que les tentatives de l'enfermer derrière des murs médiatiques, juridiques et sportifs ne réussissent pas toujours. À une époque où les algorithmes manipulent ce qui est vu et ce qui est caché, Yamal a atteint un endroit que l'algorithme ne peut pas obscurcir : le sommet de la célébration populaire directe, devant des millions d'yeux à travers le monde.

Il y en a qui diront que le sport devrait rester en dehors de la politique. Mais l'histoire nous enseigne que ce discours est toujours sélectif. Quand un joueur brandit le drapeau de son pays victorieux, on l'applaudit, tandis que quand il soulève le drapeau d'un peuple assiégé, il est jugé. La différence n'est pas dans le sport, mais dans le pouvoir qui décide quels drapeaux sont "acceptables" et lesquels sont "politiques".

Lamine Yamal a prouvé en ce moment que le véritable mérite ne se mesure pas seulement au nombre de buts. Merci à lui d'avoir levé le drapeau alors qu'il aurait pu se contenter de la coupe. Merci à lui car, au sommet de sa célébration, il s'est rappelé ceux qui ne célèbrent pas. Et merci à lui parce que la conscience — malgré tout — habite toujours le cœur des jeunes.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.