Scénarios de la guerre et destin palestinien
Articles

Scénarios de la guerre et destin palestinien

La guerre régionale qui s'étend de Washington et Tel Aviv à Téhéran n'est plus simplement une confrontation passagère ou un conflit traditionnel, mais s'est transformée en une lutte multidimensionnelle qui redéfinit la politique régionale et pèse directement sur le destin national palestinien. Alors que le monde est préoccupé par cette guerre, nos compatriotes dans la bande de Gaza, qui subissent encore un génocide, sont étouffés, tandis qu'Israël exploite le facteur temps pour établir des faits de sécurité et de colonisation pour mettre en œuvre ses plans, qui ne visent pas seulement le destin national, mais s'étendent également aux moyens de subsistance quotidiens de notre peuple dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, y compris Jérusalem occupée, en imposant des faits de grande envergure sur le terrain, sans contrainte régionale ou internationale efficace.

Gaza : laboratoire de l'effondrement entre génocide et paralysie politique

Dans ce contexte, Gaza est devenue un laboratoire de la crise morale, politique et humanitaire. Ce qui s'y passe est une destruction systématique de la structure sociale et de la vie, tandis que le comité palestinien chargé de gérer Gaza semble être un prolongement de ce qu'on appelle le "Conseil Trump pour la paix", paralysé, non seulement par les complexités du terrain, mais aussi par l'absence de pouvoirs clairs et d'un environnement politique et national propice à son action, et par l'imposition de son rôle à un rapport de force de guerre géré en dehors de la volonté palestinienne, suivant le rythme de Washington et Tel Aviv dans leur conflit avec Téhéran. De plus, l'absence d'une unité de décision palestinienne, l'érosion de la capacité institutionnelle, et le manque d'outils d'action réelle ont transformé le comité en un cadre administratif sans pouvoir d'exécution, à un moment où une décision politique souveraine et des outils opérationnels efficaces sont nécessaires.

Parallèlement, l'Autorité palestinienne semble réellement absente de tout rôle dans la gestion de la crise humanitaire aggravée à Gaza, ou d'influence sur son cours, alors que cette absence coïncide avec son incapacité en Cisjordanie, où elle exerce son rôle officiel sans être en mesure de respecter ses engagements essentiels, que ce soit en matière de sécurisation du minimum vital ou de protection des citoyens contre la brutalité de l'armée d'occupation et le terrorisme des bandes de colons, en plus de son incapacité totale à faire face à l'isolement israélien à Jérusalem et aux lieux saints islamiques et chrétiens.

Voies de la guerre : des accords partiels au bord du chaos

À la lumière de cette réalité complexe, il n'est pas possible de lire la guerre comme un parcours unique, mais comme un ensemble de scénarios ouverts qui redéfinissent les conditions de résistance palestinienne et la place de la question dans la région.

La guerre, dans ce cadre, se dirige vers trois voies principales, dont les résultats ne se limitent pas aux équilibres régionaux, mais s'étendent directement aux conditions de résistance et à la reconfiguration du destin national palestinien :

Premièrement, un accord partiel qui pourrait imposer des restrictions temporaires sur le programme nucléaire iranien, mais qui maintient les racines du conflit en place, sans accorder d'attention à la résolution des crises à Gaza ou à l'arrêt du déclin politique et économique en Cisjordanie, ce qui signifie une pression continue sur la vie quotidienne et un approfondissement du fossé entre la réalité de vie et la représentation politique.

Deuxièmement, une guerre d'épuisement prolongée où la confrontation se poursuit sans résolution, entraînant une aggravation des crises économiques et sociales, une diminution du sentiment de sécurité, et une érosion de la capacité de la société à résister, avec des possibilités croissantes d'émigration, une détérioration des services, et l'effondrement des dernières capacités institutionnelles à gérer les crises.

Troisièmement, une escalade régionale limitée avant le chaos total, où le cercle de confrontation s'élargit pour inclure des parties supplémentaires, exerçant une pression accrue sur l'économie, la sécurité et l'énergie, et augmentant l'isolement de la situation palestinienne, sans aboutir à une explosion totale, mais en préparant le terrain.

Le dénominateur commun entre ces scénarios est l'absence de résolution, ce qui rend tout arrangement régional fragile, gardant la porte ouverte à de nouvelles vagues de conflit, tout en confirmant en même temps que l'opportunité palestinienne reste conditionnée par sa capacité à unir son entité nationale, à reconstruire ses institutions, et à faire face à la guerre de colonisation et aux tentatives de séparer la bande de Gaza de l'entité nationale.

Interactions des puissances : qui dirige les voies ?

Cependant, ces voies ne se forment pas d'elles-mêmes, mais par les interactions des puissances en jeu et les limites de leur capacité à orienter ou contenir la guerre.

Les voies de la guerre se forment dans le cadre d'une interaction complexe entre les parties, chacune cherchant à la diriger en fonction de ses propres intérêts, sans avoir la capacité d'une résolution complète.

Israël, dans ce contexte, cherche à tirer parti de sa position au sein du processus décisionnel à Washington pour influencer les limites de tout règlement potentiel, ou pousser à prolonger la durée du conflit si ses résultats s'opposent à ses objectifs, tout en conservant l'option d'imposer des faits sur le terrain par la force.

De son côté, les États-Unis tendent à gérer le conflit plutôt qu'à le résoudre, en cherchant à un règlement qui peut être contenu, réduisant les risques et évitant un glissement vers un affrontement élargi, mais cette orientation reste contraignante en raison de l'entrelacement des intérêts avec Israël et des considérations de stabilité internationale et énergétique.

Quant à l'Iran, elle considère la guerre comme un parcours ouvert à des probabilités multiples, oscillant entre l'acceptation de restrictions temporaires, l'engagement dans un épuisement prolongé, ou l'élargissement du conflit de manière calculée, tout en préservant sa position régionale sans glisser vers un affrontement total.

Les pays arabes adoptent une approche pragmatique prudente qui se concentre sur la gestion des conséquences et la protection de la stabilité intérieure, sans avoir la capacité d'influencer les racines du conflit, surtout en l'absence d'horizon réel pour la résolution de la question palestinienne.

L'Égypte poursuit son rôle dans la régulation du rythme à Gaza et la prévention de l'explosion humanitaire, mais son influence sur la délimitation des parcours régionaux plus larges reste limitée, tandis que l'Union européenne reconnaît la nécessité de lier la question iranienne à la question palestinienne, sans disposer d'outils suffisants pour imposer ce lien.

Dans le cadre de ces interactions, les limites de chaque scénario se déterminent ainsi que les marges de l'action palestinienne, à l'élargissement ou à la contraction, en fonction de la capacité des Palestiniens à lire ces équilibres et à influencer.

Le contraste américano-israélien : tactique ou lacune stratégique ?

Dans ce contexte, le contraste entre Washington et Tel Aviv se révèle comme un facteur déterminant pour infléchir les voies de la guerre.

Comme les expériences passées l'ont montré, Israël a réussi à imposer sa vision pratique, en imposant des faits sur le terrain qui ont dépassé ce qui était stipulé dans les accords, y compris après les accords de Sharm El-Sheikh pour mettre fin à la guerre à Gaza, et ce qui a précédé des accords pour mettre fin à la guerre sur le front libanais. Le contraste qui existe aujourd'hui dans les objectifs et le cours de la guerre en Iran est l'un des principaux déterminants de l'avenir de la région.

Alors que Washington cherche un règlement qui peut être contenu, régulant le programme nucléaire iranien et réduisant les risques, Tel Aviv travaille à élargir ses objectifs vers une reconfiguration de l'environnement stratégique en affaiblissant ses adversaires et en imposant de nouveaux faits.

La question fondamentale n'est pas l'existence de ce contraste, mais sa capacité à se transformer en conflit stratégique : Washington se contentera-t-il d'un accord partiel, tandis qu'Israël estime que le danger n'a pas été traité ?

Si ce contraste venait à se transformer, ouvrirait-il une fenêtre pour réorganiser les priorités, ou mènerait-il à une gestion d'un conflit ouvert qui maintiendrait la question palestinienne en marge ?

Quoi qu'il en soit, l'impact de ce contraste restera direct sur le destin palestinien, à la hausse ou à la baisse, selon la capacité des Palestiniens à en tirer profit ou à en être influencés.

La réalité palestinienne : une crise, deux images

Tout cela se reflète clairement dans la réalité palestinienne elle-même, qui ne peut plus supporter plus de désintégration. Gaza subit un effondrement complet des services, en raison de l'absence réelle de l'autorité, du blocus et de la destruction, ce qui la place en dehors de toute équation politique efficace malgré sa centralité, alors que l'Autorité palestinienne en Cisjordanie face à un effondrement progressif, avec une incapacité totale à fournir le minimum de sécurité et les éléments de la résilience des citoyens face à la montée du terrorisme des bandes de colons et de la brutalité de l'armée d'occupation. Ce contraste ne reflète pas une différence autant qu'il reflète une unité de la crise sous différentes formes, et confirme que l'absence d'une action nationale organisée est le facteur déterminant dans l'approfondissement de la fragilité palestinienne.

Opportunité palestinienne : du récepteur à l'acteur

Pourtant, cette fragilité n'élimine pas la possibilité d'action, mais la rend plus pressante. Malgré l'obscurité du tableau, l'opportunité demeure, mais elle n'est plus spontanée, elle dépend de la capacité des Palestiniens à reconstruire leur entité politique unie et à passer d'une position réceptrice à une position d'action.

Cela nécessite un parcours pratique intégré qui commence par la reconfiguration de l'entité nationale sur la base d'une véritable unité mettant fin à la division, rétablissant un représentant politique unificateur, parallèlement à l'émergence d'une direction capable de lire les transformations internationales et régionales et d'y interagir efficacement.

Il est également nécessaire de élaborer une stratégie de lutte intégrée reliant le politique, le diplomatique et le juridique, et de replacer la question palestinienne au centre de tout arrangement régional, plutôt que de rester en marge. Dans ce contexte, la représentation internationale devient un outil pour transformer la sympathie et la solidarité en pression politique tangible.

Cependant, tout cela reste conditionné par la nécessité de reconstruire les institutions palestiniennes en tant que socle de la résilience communautaire, capables d'assurer le minimum de sécurité de vie et de renforcer la confiance des citoyens, transformant ainsi la dimension sociale en un élément de force dans l'action politique.

Entre les voies de la guerre et la volonté d'action palestinienne

En fin de compte, cette guerre ne se mesure pas seulement par ses résultats militaires, mais aussi par ce qu'elle laissera comme redéfinition de la région et par la place que les Palestiniens occuperont dans cette transformation.

Gaza n'est pas une marge, mais le centre de l'épreuve morale et politique, et tout règlement qui la contourne ne sera pas plus qu'un cessez-le-feu temporaire. De même, le contraste entre Washington et Tel Aviv, quelle que soit son ampleur, ne se transformera pas en opportunité sans la capacité palestinienne de l'exploiter. La question cruciale demeure : les Palestiniens ont-ils la capacité de passer de la position d'impact à celle d'influence, à un moment où la région est en cours de restructuration ?

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.