Au-delà du discours d'austérité : les solutions du sol sont-elles épuisées ou le temps de la dépendance est-il révolu ?
-Conseiller économique international et membre du conseil d'administration de la transformation numérique internationale
Lorsque le décideur économique annonce l'adoption d'une politique d'"austérité", cela ne constitue pas simplement une mesure financière pour ajuster le budget public, mais plutôt l'expression d'un réel moment de tension dans la marge de manœuvre. Dans le cas palestinien, le discours d'austérité dépasse le cadre d'une politique financière pour devenir une reconnaissance implicite de l'impasse des outils de décision économique sur le terrain. D'où la question fondamentale : les solutions du sol ont-elles vraiment pris fin, ou est-ce le temps de la dépendance économique qui est révolu ?
Cette question n'est pas une métaphore linguistique, mais une description précise d'une situation de blocage structurel à long terme, qui a enchaîné l'économie palestinienne pendant des décennies, la transformant d'une économie aspirant au développement en une économie préoccupée par la gestion de la survie sous le poids de crises financières, monétaires et souveraines complexes.
Analyse de la crise : lorsque les chiffres exposent les limites du modèle
On ne peut comprendre l'austérité palestinienne sans retourner à la langue des chiffres, non pas en tant que données figées, mais comme des indicateurs d'un déséquilibre structurel profond. La dette publique palestinienne est aujourd'hui estimée à environ 15 milliards de dollars, incluant des engagements directs, des arriérés envers le secteur privé, des dettes bancaires et des engagements de l'agence de retraite. En la comparant au produit intérieur brut, qui se situe effectivement entre 13 et 14 milliards de dollars après des années de contraction, nous constatons que la dette publique dépasse 100 % de la taille de l'économie nationale.
Dans toute économie normale, ce ratio constituerait une alerte rouge. Cependant, dans une économie dépourvue de souveraineté monétaire, sans monnaie nationale, et ne contrôlant ni ses passages ni ses ressources, cela traduit le début d'une phase d'épuisement total de la capacité financière.
Plus alarmante que la taille de la dette est le coût de son service. Le service de la dette publique absorbe entre 250 et 300 millions de shekels par mois, soit environ 60 à 75 % des recettes locales disponibles certains mois, avant que les dépenses ne concernent les salaires, les services ou l'investissement. Ainsi, le débat financier se transforme de "comment orienter les ressources ?" à "comment maintenir la liquidité en vie ?".
Lorsque l'on ajoute à cela une facture salariale atteignant près de 900 millions à un milliard de shekels par mois pour environ 150 000 employés, retraités et quasi-salaires, le budget public est régi par une équation nulle, où l'investissement disparaît des calculs, non comme un choix, mais comme une victime inéluctable.
Asservissement du système bancaire : liquidités paralysées et piège des banques correspondantes
La profondeur de la crise se manifeste également dans la situation du secteur bancaire palestinien, qui est censé être un moteur de la croissance, mais se transforme en victime de l'étouffement monétaire. L'attente de "prolongations" annuelles des relations des banques correspondantes avec le côté israélien n'est plus une question technique, mais est devenue un outil de pression structurelle menaçant la stabilité financière dans son ensemble.
Le refus de recevoir un excédent de liquidité en shekels n'est pas une mesure bancaire ordinaire, mais une politique d'étouffement qui neutralise la fonction même de liquidité. Les banques locales se retrouvent noyées dans des liquidités papier qu'elles ne peuvent ni écouler à l'étranger, ni utiliser en interne, limitant ainsi leur capacité à prêter de manière productive, augmentant la fragilité des finances publiques, et approfondissant la crise du secteur privé.
Ici, les "solutions de terrain" traditionnelles perdent leur efficacité. Les banques n'ont pas d'outils, le gouvernement n'a pas de souveraineté, et l'économie n'a pas de moteurs de croissance.
Pourquoi les solutions de terrain ont-elles cessé de fonctionner ?
Dans les pays souverains, les gouvernements disposent de trois outils essentiels : la politique monétaire, la politique budgétaire, et le contrôle du commerce. Dans le cas palestinien, ces outils sont soit inopérants soit contraints de manière coercitive. Étant donné que l'économie dépend à plus de 70 % de la consommation locale liée aux dépenses publiques, toute réduction des salaires ou des dépenses se transforme automatiquement en contraction auto-entretenue.
La réduction des salaires réduit le pouvoir d'achat, ce qui affaiblit la demande, et frappe le secteur privé, entraînant une baisse des recettes fiscales, et le gouvernement retourne à un point de déficit plus profond. C'est un cercle vicieux que des mesures d'austérité traditionnelles ne brisent pas, mais au contraire, aggravent.
De la gestion du déficit à la re-conception du modèle
Si les solutions de terrain ont été épuisées dans le cadre du modèle en place, l'alternative ne réside pas dans la recherche d'outils traditionnels supplémentaires, mais dans la re-conception du modèle économique lui-même. Cela nécessite un passage de la logique de "gestion des déficits" à celle de "construction de la capacité".
Premièrement, une austérité productive : une austérité qui ne cible pas l'investissement ou n'étouffe pas les secteurs capables de croître, mais se concentre sur la réduction du gaspillage, la réorganisation des priorités, et relie chaque dépense publique à un impact économique mesurable.
Deuxièmement, la souveraineté numérique comme parcours cumulatif : non pas en tant que solution immédiate, mais comme un processus progressif de déconnexion des contraintes physiques de la monnaie. Une plateforme de paiement numérique nationale intégrée peut offrir à l'économie une plus grande flexibilité dans la gestion des liquidités, et réduire le chantage lié à la circulation des espèces, sans prétendre annuler d'un coup les contraintes politiques.
Troisièmement, transformer l'aide en instruments d'atténuation des risques, ouvrant la porte à des investissements de la diaspora dans des secteurs stratégiques tels que la sécurité alimentaire et les énergies renouvelables, réduisant ainsi la facture d'importation, qui est la plus grande source d'évasion financière hors de l'économie.
Conclusion : Fin de la dépendance ou début de la transformation ?
Le discours d'austérité n'est pas la fin du chemin, mais un dernier avertissement. La véritable question n'est plus : combien allons-nous réduire les dépenses ? Mais plutôt : comment reconstruire la capacité de production dans une économie dont la dette a dépassé la taille de son produit ?
Les solutions de terrain liées au modèle de dépendance ont peut-être diminué, mais les espaces d'innovation, de numérisation et de redéfinition des outils économiques restent ouverts. Le véritable défi n'est pas le manque d'idées, mais la volonté de passer de la gestion de la crise comme un destin permanent, à la destruction du modèle qui l'a engendrée.
Nous n'avons pas seulement besoin d'austérité, mais de retrouver la capacité de planification et de créer des perspectives, avant que l'austérité ne se transforme d'outil de sauvetage en un mode de vie permanent.
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