Quand l'annexion et l'imposition de la souveraineté deviennent le cœur de la pensée sioniste
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Quand l'annexion et l'imposition de la souveraineté deviennent le cœur de la pensée sioniste

Le fascisme, dans son sens politique pratique, ne se mesure pas à travers un langage extrême ou des discours de haine, mais par l'acte souverain forcé : l'annexion, l'imposition du contrôle et l'annulation de la présence de l'autre légalement et politiquement. Dans ce sens, ce qu'Israël pratique aujourd'hui en Cisjordanie n'est pas un dérapage idéologique, mais un fascisme complet qui transforme l'occupation en souveraineté, et le contrôle militaire temporaire en un système de gouvernance permanent.

Les récentes décisions du cabinet ministériel israélien (le cabinet) qui permettent d'appliquer "l'application" dans les domaines civils à l'intérieur des zones "A" et "B" représentent l'expression la plus claire de ce changement. L'état qui prétend ne pas annexer pratique réellement l'annexion en étendant ses prérogatives, en dépossédant des compétences palestiniennes, et en imposant ses lois sur un territoire qui ne reconnaît pas de souveraineté à ses propriétaires. C'est là le cœur du fascisme : un pouvoir qui annule toute existence légale ou politique concurrente.

L'annexion n'est pas un événement juridique unique, mais un processus cumulatif organisé : la confiscation de terres, la destruction de maisons, le transfert de compétences en matière de planification et de construction, l'ouverture des registres fonciers, et la facilitation de l'appropriation des propriétés privées. En revanche, le Palestinien est réduit à des "habitants" sans droits politiques, surveillés pour des raisons de sécurité et punis administrativement. Cette séparation légale est ce qui confère à l'annexion son caractère fasciste.

Ce fascisme n'est pas né avec le gouvernement actuel, mais a grandi au sein même des accords d'Oslo, qui ont été intentionnellement transformés de stade temporaire en une situation permanente. Israël a pu contrôler la terre sans assumer ses responsabilités en tant que puissance occupante, tandis que les fardeaux civils et économiques ont été transférés à une Autorité palestinienne sans souveraineté. Ainsi s'est établi un système où l'occupation détient la terre, tandis que l'autorité contrôle les populations.

La faiblesse de l'Autorité palestinienne n'a pas été une simple coïncidence dans ce cheminement, mais l'une des conditions de sa continuation. Le projet national a été remplacé par une gestion de crise, et les déclarations de condamnation et les initiatives diplomatiques se sont révélées incapables d'arrêter la colonisation ou de suspendre les décisions du cabinet. Minorer la gravité de ces étapes n'est qu'une tentative de les lier à l'année électorale israélienne, tandis que l'annexion, dans son essence, est une politique d'État qui transcende les gouvernements, passant de la déclaration à la réalité chaque fois qu'il n'y a pas de réponse internationale, surtout américaine.

Sur le terrain, ces politiques se traduisent par une intensification de la violence des colons protégés par l'armée, par le déplacement forcé des communautés palestiniennes, par la destruction des camps de Jénine, de Nour Shams et de Tulkarem, et par le déplacement de plus de trente mille Palestiniens. Ce qui se passe n'est pas un relâchement de la sécurité, mais une mise en œuvre pratique de la logique d'annexion et du système d'apartheid.

Parallèlement, la direction palestinienne continue de parier sur l'extérieur. Bien que des messages conciliateurs aient été envoyés à l'administration du président américain Donald Trump, et que le plan Trump et la résolution 2803 du Conseil de sécurité concernant la reconstruction de Gaza aient été adoptés, aucune pression politique n'a été exercée sur Israël. Au contraire, la direction palestinienne a été empêchée de s'adresser aux Nations Unies, et l'espace européen a été rouvert à Benjamin Netanyahu malgré ses poursuites judiciaires, tandis que l'Union européenne a lié la reconstruction au désarmement du Hamas, s'engageant en pratique dans des politiques de punition collective et de blocage de l'aide humanitaire.

Dans ce contexte, le fascisme israélien ne semble pas être simplement un extrémisme de droite, mais un système de gouvernance qui profite de l'absence d'une alternative palestinienne capable de briser l'équation. Plus l'autorité s'affaiblit, plus Israël renforce sa capacité à imposer sa souveraineté comme un état de fait, et à transformer la Cisjordanie en un espace soumis à une seule loi, une seule armée, et une seule volonté.

La destruction pratique de la solution à deux États ne laisse pas de vide politique, mais le remplit d'un seul système : un seul État avec un système d'apartheid.

Quand l'annexion devient une politique officielle, et l'imposition de la souveraineté une pratique quotidienne, le silence ne devient plus une option et la neutralité n'est plus possible. Ce qui se passe en Cisjordanie n'est pas un conflit politique gérable, mais une bataille pour l'existence même : une terre saisie légalement, une société démantelée par la force, et une identité gérée sur un système d'apartheid complet. Le fascisme israélien n'a pas besoin d'une déclaration officielle ou d'une reconnaissance internationale ; il s'impose déjà, par décisions administratives, par bulldozer, par le colon armé, et par le silence du monde.

En revanche, la poursuite du pari sur l'extérieur, ou la seule gestion de crise, ou le simple dénigrement verbal ne constituent plus un simple échec politique, mais une contribution indirecte à la consolidation de cette réalité. Le fascisme ne progresse pas seulement parce qu'il est fort, mais parce qu'il ne fait face à aucun coût. Chaque jour de report à l'affrontement, au nom du réalisme ou de la peur de l'inconnu, accorde au projet d'annexion plus de temps pour devenir un destin inéluctable.

La question n'est plus de savoir si Israël annexera la Cisjordanie, car cela se produit déjà, mais jusqu'à quand cette annexion sera-t-elle autorisée à progresser sans coût, dans un contexte d'autorité incapable, et d'un système international qui se contente de gérer les résultats, et d'un peuple qu'on demande de s'adapter à la perte de sa patrie. Quand l'annexion devient le cœur de la politique, et l'imposition de la souveraineté le cœur de la pensée, le fascisme se transforme d'une description à une réalité, et attendre alors n'est pas une neutralité, mais une perte assurée.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.