En chiffres... le "euro numérique" sauvera-t-il l'Europe de la domination des Américains "Visa" et "Mastercard" ?
Économie internationale

En chiffres... le "euro numérique" sauvera-t-il l'Europe de la domination des Américains "Visa" et "Mastercard" ?

SadaNews - Des avertissements s'intensifient dans les milieux financiers européens concernant la domination quasi totale des entreprises américaines Visa et Mastercard sur le marché des paiements en Europe, à un moment où les tensions géopolitiques augmentent et où des responsables européens craignent que cette influence financière ne se transforme en un outil de pression pouvant être utilisé à un moment donné pour perturber les systèmes de paiement, menaçant ainsi la stabilité économique de l'Union européenne.

Dans ce contexte, un rapport du Financial Times britannique a souligné que l'infrastructure de paiement numérique dominée par les États-Unis n'est plus seulement une question de marché, mais devient une source croissante d'inquiétude institutionnelle, car certaines capitales européennes estiment que cette dépendance excessive constitue un "fardeau financier dangereux" affectant la souveraineté du continent.

Les données de la Banque centrale européenne renforcent ces préoccupations, Visa et Mastercard représentant environ deux tiers des transactions par carte dans la zone euro, tandis que 13 pays européens n'ont pas de solution nationale pertinente. Même dans les pays ayant développé des systèmes locaux, leur utilisation diminue progressivement avec l'expansion des paiements numériques et des applications, creusant ainsi l'écart de dépendance.

Ces événements se produisent dans un climat de tensions commerciales et politiques récurrentes, ravivant des questions sur la capacité de l'Europe à protéger son infrastructure financière contre d'éventuelles pressions externes. L'ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a averti que "l'interconnexion financière qui était autrefois source de confiance peut se transformer en outil d'influence et de contrôle", faisant référence à la fragilité de l'interdépendance en temps de crise.

La taille de l'influence

Bien que les préoccupations soient d'ordre politique, les chiffres révèlent l'ampleur de l'influence sur le terrain. Selon des données de "Statista et le Nelson Report", le nombre d'achats par cartes de paiement dans le monde en 2024 devrait atteindre environ 293,5 milliards d'opérations, indiquant l'expansion sans précédent du marché des paiements numériques.

Mastercard est en tête avec 191,5 milliards d'opérations, suivi par American Express avec 13,2 milliards d'opérations, tandis que le total des achats par différentes cartes de paiement est d'environ 1,1 trillion d'opérations. En termes de valeur, les paiements effectués par carte s'élèvent à environ 45,5 trillions de dollars, selon les données de Datos Insights.

Les statistiques montrent que 40 % des transactions commerciales dans le monde se font par le réseau Visa, tandis que Visa et Mastercard ensemble représentent environ 65 % des transactions commerciales en Europe au cours de l'année 2024, selon la Banque centrale européenne, illustrant à quel point ces deux entreprises sont profondément ancrées dans l'activité économique européenne.

Alternatives européennes

Face à cette réalité, l'Europe a commencé à explorer des pistes alternatives, bien que prudemment. En 2024, l'application "Wero" a été lancée comme un portefeuille numérique européen en Allemagne, en France et en Belgique, dans le but de construire un réseau de paiements électroniques locaux au service d'environ 48 millions de personnes, avec un plan d'expansion totale d'ici 2027.

Cependant, ce projet, bien qu'il soit symbolique, est encore en cours de construction, ce qui signifie que la dépendance aux réseaux Visa et Mastercard dans les systèmes de paiement par carte se poursuivra à court terme.

L'euro numérique

C'est ici qu'émerge le projet "euro numérique", le plus ambitieux, promu par la Banque centrale européenne comme une étape stratégique pour renforcer la souveraineté monétaire et réduire la dépendance des infrastructures étrangères. Son lancement est prévu dans deux ans, mais le projet fait face à des défis techniques et politiques, ainsi qu'à des divisions internes concernant son impact sur les banques commerciales et la confidentialité financière.

Dans ce cadre, la directrice générale de l'Initiative des paiements européens, Martina Weimert, a averti sur la grande dépendance du continent vis-à-vis des systèmes de paiement de Visa et Mastercard, considérant que l'absence d'un réseau européen transfrontalier constitue une faille souveraine évidente. Elle a déclaré dans une interview avec le Financial Times que l'Europe dispose de cartes de paiement locales de bonne qualité "mais nous n'avons rien qui soit transfrontalier", appelant à une action urgente pour renforcer l'indépendance financière.

En attendant l'achèvement des alternatives européennes, Visa et Mastercard continueront de contrôle le système de paiements européen. Cependant, selon les observateurs, la question n'est plus seulement une compétition commerciale, mais s'est transformée en une bataille de souveraineté à une époque où les réseaux de paiements deviennent des outils d'influence géopolitique, où le contrôle des flux financiers est devenu un nouveau visage de la puissance économique mondiale.