Scénarios et messages enflammés : 5 questions pour expliquer les implications de l'assassinat du commandant "al-Ridwan" à Beyrouth
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Scénarios et messages enflammés : 5 questions pour expliquer les implications de l'assassinat du commandant "al-Ridwan" à Beyrouth

SadaNews - Lors de la première attaque sur la capitale libanaise Beyrouth depuis l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu, Israël a mené une frappe aérienne sur la région de Hara Hreik dans la banlieue sud de Beyrouth, ciblant le commandant de la "force al-Ridwan" du Hezbollah, Malik Blout, alors que des estimations israéliennes indiquent que l'opération d'assassinat a réussi.

Cette évolution met la trêve à un véritable test et suscite des questions directes concernant le renewed des violations de la sécurité et les messages politiques qu'Israël cherche à adresser simultanément à Beyrouth, Washington et Téhéran.

Pour répondre à ces questions, il est possible de déconstruire la scène et ses dimensions à travers les axes suivants :

Premièrement : qui est la cible ? Et quels sont les détails de l'opération ?

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense, Israël Katz, se sont précipités pour annoncer l'opération, tandis que l'agence de diffusion israélienne a rapporté qu'un haut responsable a déclaré que le siège du parti ciblé avait donné des instructions pour violer le cessez-le-feu.

Selon la radio de l'armée israélienne, Malik Blout est à la tête de la "force al-Ridwan" - l'unité d'élite offensive du Hezbollah - depuis environ deux ans, suite à l'assassinat de l'ancien responsable de la force.

Les récits israéliens non officiels concernant la manière dont l'opération a été exécutée sont contradictoires. Alors que la radio de l'armée a parlé d'une attaque par des avions de chasse, le journal "Israel Hayom" a déclaré qu'un navire de guerre avait tiré trois missiles depuis la mer Méditerranée.

Ce qui est frappant dans le timing de l'opération -selon les médias israéliens- est qu'elle intervient le jour même où le nouveau commandant de l'armée de l'air israélienne, Omer Tischler, prend ses fonctions, ce qui pourrait refléter une tentative israélienne de présenter un "accomplissement opérationnel" rapide en réponse aux critiques internes du gouvernement Netanyahu concernant les restrictions sur la liberté d'action de l'armée au Liban.

Deuxièmement : quelle est l'importance de la "force al-Ridwan" ?

La force al-Ridwan est considérée comme l'unité d'élite offensive du Hezbollah, créée durant la guerre de 2006 sous le nom de "forces d'intervention rapide", avant d'adopter son nom actuel en 2008 en l'honneur du commandant militaire Imad Moughniyeh - surnommé "Hajj Ridwan" - après son assassinat à Damas.

Les missions de cette force tournent autour de l'infiltration derrière les lignes israéliennes et de la prise de territoires à l'intérieur d'Israël, et ses combattants subissent des entraînements intensifs au Liban et en Iran sous la supervision des Gardiens de la Révolution iraniens.

La série d'assassinats israéliens a touché plusieurs de ses principaux dirigeants, d'Imad Moughniyeh en 2008, à Wissam Tlaïl en 2024, allant jusqu'à Ibrahim Aqil en septembre 2024, qui était le dernier à la diriger avant Blout.

Troisièmement : le Hezbollah a-t-il retrouvé des violations de sécurité ?

Cette attaque rouvre le débat sur l'étendue des violations de sécurité au sein du parti.

L'expert militaire Elyas Hanna explique dans un entretien à Al Jazeera qu'Israël n'était pas dans un "aveuglement de renseignement" pendant la période de trêve. Alors que le Hezbollah réorganisait et réarmait sa structure avec un nouveau système de commandement, les services de renseignement israéliens recueillaient des informations tactiques et surveillaient ce système pour frapper dès qu'ils obtiennent le "feu vert" de leurs agents de renseignement sur le terrain.

Malgré les premières nouvelles qui accompagnaient cet événement concernant la cible d'une "réunion" de commandants d'élite, la radio de l'armée israélienne s'est contentée de signaler que le vice-commandant de la force al-Ridwan n'était pas présent sur le site de l'attaque et n'avait pas été tué.

Quatrièmement : quelle est la signification de la coordination israélo-américaine ?

Cette attaque ne prend pas seulement son sens en raison de son dépassement du cadre de la cible limitée au sud du fleuve Litani, mais aussi parce qu'elle s'est déroulée avec le feu vert de Washington. Selon une déclaration de l'agence de diffusion israélienne, un haut responsable a affirmé que l'opération de ciblage "a été réalisée en coordination avec les États-Unis".

Cette annonce, comme le souligne l'écrivain et analyste politique Nicolas Nasif, laisse entendre que les Américains -qui sont censés jouer le rôle de facilitateur des négociations et veiller au cessez-le-feu- apparaissent comme des "partenaires" d'Israël, lui laissant la liberté de mener ses opérations de sécurité et militaires au lieu de les contenir.

Cinquièmement : que veut Israël de cette attaque ?

L'attaque à Beyrouth ne se déroulait pas isolément d'un contexte de terrain plus large, car elle coïncidait avec une intensification des bombardements israéliens et des opérations de démolition de villages et de leurs villes dans le sud, ainsi qu'une expansion des frappes pour inclure la Békaa ouest et le nord du Litani, s'écartant nettement du mode d'attaque qui prévalait au cours des semaines précédentes.

À la lumière de cette escalade continue, les lectures des observateurs convergent au niveau de trois axes principaux :

Au niveau opérationnel et sécuritaire : l'affirmation du retour à la politique des assassinats ciblés et du ciblage des centres d'influence du parti, dépassant les lignes de trêve géographiques.

Sur le parcours libano-israélien : le correspondant d'Al Jazeera, Mazen Ibrahim, indique qu'Israël cherche à transmettre un message enflammé aux cercles de décision à Beyrouth, lui signifiant qu'il va négocier "sous le feu" et garder sa liberté de mouvement militaire, en réponse à l'affirmation du côté libanais selon laquelle la priorité des négociations est le cessez-le-feu, et au rejet du président de la République de toute rencontre avec Netanyahu.

Au niveau américain-iranien : une tentative d'influencer les discussions indirectes qui se déroulent par le biais des messages échangés au Pakistan. Ici, se profile la position transmise par le président du parlement libanais, Nabih Berri, selon laquelle le ministre des affaires étrangères iranien a affirmé que le Liban sera partie prenante de tout accord global.

Dans ce dernier contexte, certains analystes estiment que Netanyahu tente par cette escalade de freiner l'atteinte d'un accord américano-iranien imminant, et de chercher à "séparer les voies" pour garder le terrain libanais ouvert au ciblage loin de tout accord régional.

Résumé

La dernière attaque, accompagnée d'une large escalade, met l'accord de cessez-le-feu fragile à l'un de ses tests les plus difficiles. Avec l'absence de la position officielle du Hezbollah jusqu'à présent, les regards se tournent vers la forme possible de la réponse.

Selon l'analyste politique Ali Haidar, les équations précédentes supposent une réponse claire du parti en profondeur israélienne, ce qui pourrait entraîner une réaction israélienne sortant du cadre du sud libanais.

Dans ce paysage complexe, la question importante demeure : cette attaque était-elle le prélude à une escalade réciproque qui ramène la région au seuil de la guerre ouverte, ou les parties trouveront-elles un moyen de contenir le coup et de préserver le chemin de la négociation ?

Source : Al Jazeera