Oui aux élections, mais la question est comment et quel objectif ?
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Oui aux élections, mais la question est comment et quel objectif ?

Il n'y a pas de responsabilité plus difficile que de diriger un peuple qui fait face, en même temps, à une guerre d'extermination, à une occupation coloniale substitutive, à une division interne de longue durée, et à un recul sans précédent de la place de ses institutions nationales et de la confiance que lui accordent les gens. Dans de tels moments historiques cruciaux, le défi ne consiste plus à gérer un pouvoir ou à contenir une crise, mais la question la plus profonde devient : comment préserver la société et reconstruire le projet national afin de protéger l'homme palestinien, d'incarner sa volonté, et de garantir son avenir.

Ce propos ne prétend pas détenir des réponses définitives ou des recettes toutes faites, mais vise à ouvrir et à contribuer à un dialogue national sérieux autour d'une série d'idées qui méritent d'être présentées au plus haut niveau politique, et à la table du président spécifiquement, avec la participation des différentes forces et composantes politiques et sociales, à un moment où la question palestinienne fait face aux tentatives les plus graves de déconstruction et de liquidation.

De la gestion de la crise à la construction de la légitimité

Il est impossible de résumer le moment palestinien actuel à une crise gouvernementale ou à un dysfonctionnement administratif ou à un recul des performances politiques ; la question, dans son essence, touche à la structure même du système politique, et à sa capacité à représenter le peuple palestinien et à préserver son projet national, dans un contexte de déséquilibres de pouvoir sans précédent qui sont réutilisés pour remodeler la réalité d'une manière qui menace le cœur de la question palestinienne.

La crise est passée d'une situation d'urgence à une structure étendue d'incapacité, où s'adapter à la faiblesse devient une alternative à la surmonter, et gérer le déclin devient une alternative à le changer. Ici, le danger ne se trouve pas seulement dans la réalité, mais dans les modes de pensée qui la reproduisent.

Cette proposition ne repose pas sur des illusions de solutions rapides ; le changement n'est pas fait par des désirs, mais par une lecture précise des rapports de force et par une bonne utilisation des possibilités. Toutefois, le réalisme ne doit pas devenir un prétexte à l'incapacité ou un masque pour l'absence d'initiative.

Ainsi, la confession nationale devient une nécessité, et commence par reconnaître que l'Autorité palestinienne, sous occupation, ne possède pas les outils de protection de son peuple. Cependant, cette reconnaissance ne conduit pas à la capitulation, mais à redéfinir l'essence de la responsabilité nationale, pour la consacrer dans la capacité à organiser la résistance, préserver la société, et garantir sa continuité politique.

Rétablir la légitimité et organiser la phase de transition

Ce moment appelle à replacer la question de la légitimité au centre de la réflexion politique palestinienne. En effet, l'absence d'un mandat populaire renouvelé rend toute opération de reconstruction limitée en impact. C'est pourquoi les élections présidentielles, tout d'abord, qui ont été longtemps attendues pendant plus de deux décennies, représentent une exigence constitutionnelle et morale, ainsi qu'un point de départ pour une ré-fondation. Et certainement, elles sont moins complexes d'un point de vue logistique, surtout dans la bande de Gaza, pour des raisons qui sont connues de tous.

Cependant, les élections, bien qu'elles soient nécessaires, ne suffisent pas à elles seules ; il est indispensable d'avoir un consensus national qui détermine le cadre de la phase de transition, garantisse le partenariat et empêche le monopole de la décision. Le mandat confère la légitimité que le consensus fournit à son cadre politique et exécutif.

À cet égard, on peut envisager la nécessité d'un gouvernement de transition non partisan, basé sur l'efficacité et l'intégrité, qui unifie les institutions en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, s'attaque à la catastrophe humanitaire, et aux risques de déplacement qui restent à l'ordre du jour du gouvernement de Tel Aviv, et renforce la résistance des gens en Cisjordanie, en particulier à Jérusalem occupée et dans les zones menacées d'annexion et de déracinement, et prépare les conditions pour reconstruire le système politique.

Vers une conférence nationale fondatrice et un nouveau contrat social

Il est impossible de reconstruire le système politique palestinien sans un processus de fondation complet qui redéfinit la relation entre le peuple et ses institutions. De ce fait, le besoin d'une large conférence nationale fondatrice se fait jour, représentant les Palestiniens dans les territoires et dans la diaspora, comme un moment de refondation, et non un simple arrêt politique supplémentaire, de sorte que prennent part à ses travaux des représentants des différentes composantes du peuple palestinien en Cisjordanie, y compris Jérusalem, dans la bande de Gaza, la diaspora, ainsi que des femmes, des jeunes, des prisonniers libérés, des comités populaires pour les réfugiés, des universitaires, des syndicats, des institutions de la société civile, des secteurs professionnels et économiques, et des leaders des mouvements sociaux, de manière à refléter la diversité vivante de la société palestinienne.

L'objectif de la conférence n'est pas de simplement émettre une déclaration, mais de rédiger un document fondateur qui répond aux grandes questions : quelle est la fonction de l'autorité sous occupation ? Comment redéfinir la relation entre l'autorité et l'Organisation de libération ? Quelle place la résistance occupe-t-elle dans le projet national de manière à rester partie intégrante d'une stratégie nationale incontournable ? Comment construire un système démocratique qui garantisse la circulation pacifique du pouvoir, protège les droits et les libertés, et empêche le monopole de la décision ?

Ces questions ne sont pas théoriques, mais font partie de la lutte pour la libération elle-même, car la légitimité de la lutte n'est pas dissociable de celle du système politique qui se forge dans ce contexte.

De cette perspective, il est possible de cristalliser un nouveau contrat social palestinien fondé sur le principe que le peuple est la source de la légitimité, que les institutions tirent leur légitimité de sa volonté libre, que l'autorité est soumise à la responsabilité et à la rotation, et que l'unité nationale ne signifie pas l'annulation de la pluralité mais son organisation dans un cadre commun.

Un processus progressif pour reconstruire le système politique

Cette vision ne devrait pas être différée jusqu'à la réalisation de conditions idéales, car cela se transforme souvent en prétexte pour maintenir l'état actuel. Par conséquent, le processus progressif de construction de la légitimité devient une nécessité pratique pour des élections parlementaires pour le conseil législatif, menant à la restructuration du Conseil national palestinien sur des bases représentatives complètes qui aboutissent à un nouveau leadership exécutif de l'Organisation de libération.

Ainsi, les élections ne seraient pas des étapes séparées, mais un processus cumulatif qui reconstruit le système politique étape par étape, à condition que la phase de transition soit une phase fondatrice, et non de gestion de crise ou de reproduction de celle-ci.

Redéfinir la relation avec l'occupation

La reconstruction du système politique ne serait pas complète sans une révision complète de la nature de la relation avec l'occupation israélienne, en tant que cadre qui détermine les limites de l'action politique palestinienne. Cette relation est devenue un élément de la structure de contrôle, ce qui nécessite une réévaluation : renforce-t-elle la résistance du peuple palestinien ou contribue-t-elle à gérer l'occupation et à en réduire le coût ?

Ainsi, tout projet national qui ne reconsidère pas ses outils pour faire face à l'occupation reste un projet manquant d'efficacité, peu importe sa cohésion interne.

Du mandat à la refondation

La légitimité ne se tire pas de la continuité des institutions, mais du renouvellement de la volonté populaire. C'est pourquoi les élections présidentielles représentent une porte d'entrée pour une refondation, mais elles ne confèrent pas le droit de monopoliser la décision, car la reconstruction du système politique dépasse la capacité de tout parti pris individuellement.

Cette vision repose sur la combinaison d'un mandat populaire renouvelé qui conferte la légitimité, et d'un consensus national global qui définit comment l'exercer et la protège de l'individualisme.

Cette vision ne propose pas un programme fermé, mais des idées ouvertes qui participent à un dialogue national dont le report n'est plus possible, ce qui nécessite la participation la plus large possible de l'opinion publique. Si la question palestinienne fait face aux tentatives les plus sérieuses de déconstruction et de liquidation, il est essentiel que ces visions et d'autres soient discutées dans le cadre d'un dialogue national complet, sérieux et responsable pour préparer un avenir qui ne se forme pas sur la base de la préservation des positions, mais avec le souci de préserver le destin national.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.