Législation de la peine de mort et redéfinition du palestinien : de la gestion du conflit à l'ingénierie de l'extermination
Quand la loi devient un outil pour redéfinir l'existence
Le débat sur les politiques israéliennes à l'égard des Palestiniens ne se limite plus aux outils de gestion du conflit ou même aux modes de contrôle traditionnels, mais il a atteint un niveau qui révèle la nature de la transformation structurelle dans la définition de la fonction et des frontières de l'État sioniste. Dans ce contexte, l'impulsion vers une législation visant à exécuter des prisonniers palestiniens revêt des significations qui vont au-delà de la dimension sécuritaire, devenant une expression d'un passage qualitatif de l'organisation de la violence à sa légalisation, et du contrôle du conflit à sa redéfinition en tant que conflit pour l'existence et le déni du palestinien.
Cette législation ne peut être lue simplement comme un outil de dissuasion, comme le prétend le législateur occupant, mais comme faisant partie d'une structure juridique et politique en formation, à travers laquelle le palestinien est redéfini, non pas en tant qu'adversaire politique ou sécuritaire, mais en tant qu'entité dont la présence peut être réduite ou niée, ou traitée en dehors du cadre complet des droits. Ainsi, la loi ne redevient plus un cadre normatif, mais devient un outil de reproduction de la réalité, et peut-être de redéfinition de qui a le droit d'être partie de cette réalité.
De la maitrise de l'occupation à la légalisation de la violence
Cette législation s'inscrit dans un contexte de profonds changements internes en Israël, où l'influence des courants de droite et des religieux extrêmes de tendance fasciste se renforce, tandis que les cadres qui étaient traditionnellement présentés comme des contrôles sur le pouvoir s'affaiblissent. La loi n'est plus un moyen de réguler la puissance, mais un outil pour légitimer ses expressions les plus extrêmes.
La transition d'une pratique répressive à des législations qui la légalise reflète un changement qualitatif d'une "gestion de l'occupation" à "une législation de l'annihilation", où la violence devient non seulement permise, mais aussi fondée légalement. Cette transformation ouvre la voie à une redéfinition de la relation avec les palestiniens, non pas en tant que groupe soumis au contrôle de l'occupation, mais en tant qu'entité redéfinie en dehors des limites de la reconnaissance complète.
Du déni des droits au déni du peuple
La caractérisation d'Israël en tant qu'État d'apartheid ne repose pas seulement sur l'existence d'un système discriminatoire, mais sur une structure intégrale qui produit une inégalité persistante des droits sur la base de l'identité. Cependant, la plus profonde évolution réside dans le transfert de cette inégalité du niveau des droits individuels au niveau de l'existence collective.
Le déni du droit à l'autodétermination du peuple palestinien, sans parler du déni de leurs visages, ramène le conflit à un enjeu d'existence et non seulement de souveraineté. Quand un groupe humain est redéfini comme "n'étant pas un peuple", cela ouvre la voie à des politiques qui ne se limitent pas à la soumission, mais s'étendent à l'annihilation, que ce soit par l'exclusion légale ou par la création de conditions qui rendent même la survie elle-même menacée.
Dans ce contexte, la législation sur l'exécution des prisonniers devient non seulement une mesure pénale, mais une expression d'une structure qui considère la vie d'un groupe de personnes comme ayant une valeur légale inférieure, conditionnelle ou susceptible d'être niée.
Lorsque la législation devient une ingénierie de la brutalité
Dans des contextes normaux, le droit pénal est justifié comme un outil pour réaliser la justice ou la dissuasion. Cependant, dans les contextes de contrôle colonial, il se transforme en un moyen de reproduire la relation inégale. Ainsi, la poussée vers l'adoption de la peine de mort à l'encontre de prisonniers palestiniens ne reflète pas seulement une volonté de dissuasion, mais indique un passage à une "ingénierie de la violence" dans un cadre légal.
Cela signifie que la violence n'est plus une exception justifiée, mais une règle fondée. Et quand la peine de mort est légalisée dans un système qui manque d'égalité juridique entre ceux qui se soumettent au contrôle et ceux qui l'exercent, la loi elle-même devient un outil pour légitimer des violations qui pourraient être considérées, dans d'autres contextes, comme des crimes graves selon le droit international.
Quand la dissuasion se superpose au déni de l'existence
La question critique ici n'est pas de savoir si cette législation est un outil de terreur, mais si elle fait partie d'un modèle plus large qui frôle la logique de l'extermination.
Dans le droit international, l'extermination n'est pas comprise comme un acte isolé, mais dans le cadre d'un modèle typique incluant des politiques répétées visant un groupe particulier, y compris la création de conditions de vie qui conduisent à réduire son existence ou menacent sa continuité. Et quand les politiques de siège, de famine et de destruction à grande échelle croisent des législations touchant au droit à la vie, nous sommes confrontés à une structure juridique et politique qui ne peut être lue que comme contribuant à la production de ce modèle.
L'inclusion de la peine de mort comme option légale dans ce contexte n'ajoute pas seulement un outil punitif, mais élargit la portée de la légitimation, transformant ainsi toute atteinte à la vie en partie intégrante d'un système complet plutôt qu'en simple déviation de celui-ci.
De la gestion du conflit à la quête de la solution définitive
Dans un contexte de montée des courants de droite extrémiste, un changement dans la perception de "la solution" émerge au sein de certains cercles politiques israéliens. Le dilemme structurel du projet sioniste, ainsi que son impasse historique, repose sur la question de la façon de préserver son caractère ethnique-national sur une terre habitée par un autre peuple, ne se limitant plus à un simple geste de gestion du conflit, mais cherchant des solutions pour le résoudre. Dans ce contexte, il semble que certains de ces courants qui rejettent des options telles que "les deux États" ou "un État unique" proposent une troisième option qui se manifeste par l'annihilation, par le déplacement ou l'exclusion forcée, ou en créant des conditions rendant la survie impossible. Ici, il ne s'agit pas de maintenir les palestiniens dans un cadre politique, mais de redéfinir leur existence même.
Cela ne signifie pas qu'il existe un "plan déclaré" de cette manière, mais cela reflète une tendance intellectuelle et politique croissante, qui voit dans les mesures extrêmes, y compris celles qui touchent au droit à la vie, une partie d'une stratégie pour faire face à ce qui est perçu comme une crise existentielle.
Conflit ouvert à somme nulle sans freins
Du point de vue sécuritaire, cette législation peut être présentée comme un outil de dissuasion. Cependant, l'expérience montre que les mesures visant la dignité et l'existence produisent souvent des résultats inverses. Quand l'horizon de survie se ferme, et que la détention devient une issue se terminant par l'exécution, cela peut entraîner une redéfinition de l'action militante dans un cadre à somme nulle, où la distinction entre la vie et la mort s'efface comme facteur inhibiteur. Ainsi, la législation ne devient pas un outil de gestion du conflit, mais un facteur d'escalade.
Évaluation de la loi entre pouvoir et sélectivité
Cette législation met les institutions internationales face à un véritable test : vont-elles la traiter comme une affaire interne, ou comme une violation des principes fondamentaux du droit international, notamment le droit à la vie et les garanties d’un procès équitable ? Ignorer ces questions approfondit la crise de crédibilité et consacre la logique de sélectivité, où les règles sont appliquées en fonction des rapports de force plutôt que selon des critères de justice.
De la réaction à la construction de la capacité politique
Face à cette transformation, il ne peut être question de se contenter de condamner, mais il est nécessaire d'élaborer une stratégie palestinienne multisectorielle, fondée sur le passage de la réaction à la construction de la capacité. La première étape à prendre immédiatement consiste à annuler le décret qui a pratiquement aboli la loi et les règlements concernant le soutien aux familles des martyrs, des prisonniers et des blessés, ce qui implique d'annuler les mesures qui ont touché, non seulement leurs droits financiers en vertu de cette loi, mais aussi leur statut militant et moral en tant que combattants de la liberté et prisonniers de guerre. Sans cela, il n'y aura aucune crédibilité à tout effort national, et cela nécessite également une activation systématique de tous les outils juridiques et diplomatiques, y compris la documentation des violations et leur mise en relation avec des voies de responsabilité internationale, sans les limiter à leur cadre médiatique temporaire. En outre, il est important de transformer cette législation en une partie d'un dossier complet montrant la dimension structurelle de la discrimination, et de la relier à des concepts tels que l'apartheid et les violations graves, renforçant ainsi sa capacité d'utilisation dans les arènes internationales, et d’appeler également à construire des alliances internationales, notamment au sein des mouvements de droits de l'homme et de justice mondiale, et de transformer la question d'un dossier politique en une affaire de droits universels devant les cours pénales et de justice internationales, en plus des mouvements de solidarité internationale et des parlements et institutions internationales et régionales.
Tout aussi important est la nécessité de retrouver l'unité et l'efficacité politique palestinienne, car aucune stratégie ne peut réussir sans un cadre politique capable d'unifier les efforts et de formuler un discours cohérent et d'orienter les ressources vers des objectifs précis.
Enfin, transformer la connaissance en un pouvoir de pression demeure une condition essentielle, car les rapports et les données ne suffisent pas s'ils ne sont pas liés à des plans d'action qui les transforment en outils d'impact réel dans les arènes internationales.
Le défi ici n'est pas seulement de faire face à la législation, mais de construire la capacité de la transformer en un point d'ancrage pour redonner une place à la question palestinienne dans son cadre approprié : la question d'un peuple dont l'existence est niée et qui revendique son droit d'être. Le danger ne réside pas seulement dans cette législation en soi, mais dans sa signification ; elle reflète un moment de transition de la pratique à la légalisation, de la dissimulation à la transparence, du déni des droits au déni de l'existence.
Cependant, cette exposition raciste comporte une paradoxe fondamental ; plus la structure coloniale devient claire, plus elle devient responsable. En fin de compte, l'essence du conflit se résume à une seule question : qui a le droit de définir le palestinien – et le droit de définir l'humain lui-même ?
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