Après le génocide : comment la légitimité palestinienne est-elle façonnée en dehors de la volonté du peuple ?
Le génocide subi par la bande de Gaza ne s'est pas transformé en un moment de responsabilité politique ou de révision nationale globale, mais a rapidement été exploité comme une entrée pour redéfinir le système politique palestinien de l'extérieur. Alors que les Palestiniens restent bloqués sous les décombres, le déplacement et l'effondrement des conditions de vie, la phase de "l'après-guerre" est gérée selon une logique internationale-sécuritaire qui ne voit pas le peuple palestinien comme source de légitimité, mais comme un groupe populationnel à contrôler et à gérer.
Dans ce contexte, l'Autorité palestinienne et le Hamas opèrent selon une logique convergente, malgré les discours contradictoires : à la recherche d'une légitimité extérieure qui garantit la survie ou le retour sur la scène politique, même au détriment de la volonté populaire et de l'unité nationale. Ainsi, la légitimité palestinienne est redéfinie après le génocide non pas comme une expression des choix des gens, mais comme un produit politique dont les conditions sont déterminées par les grandes puissances.
L'Autorité palestinienne continue de reproduire un modèle familier dans la région, où la légitimité est tirée de l'extérieur et non de la société. Actuellement, l'Autorité se meut dans un cadre international où son rôle et sa fonction sont redéfinis sous la supervision américaine, européenne et arabe, avec un consentement israélien implicite qui voit dans sa persistance sous sa forme affaiblie une garantie pour gérer le conflit sans solution radicale. Dans ce contexte, la communauté internationale ne considère pas l'Autorité comme le représentant de la volonté du peuple palestinien, mais comme un "partenaire modifiable" dans les arrangements de l'après-guerre.
Quant aux soi-disant "réformes", elles ne peuvent être comprises comme un parcours administratif ou financier neutre, mais comme un projet politique intégral pour réhabiliter fonctionnellement l'Autorité selon des exigences sécuritaires claires : contrôle de la sécurité, prévention de la résistance, gestion de la population, et construction d'institutions capables d'exécuter sans objection. Malgré les concessions accumulées, l'extérieur ne semble pas satisfait, mais pousse vers un engagement accru, dans une relation plus proche du chantage politique que de tout processus de réforme véritable.
Inversement, le Hamas se déplace selon la même logique, bien que par des outils différents. Après le génocide et la destruction massive, le mouvement s'efforce de se repositionner en tant qu'acteur politique incontournable, en essayant d'obtenir une reconnaissance extérieure qui lui garantisse une place dans le système politique à venir. Malgré son discours contre la tutelle internationale, son comportement pratique indique une aspiration claire à une légitimité extérieure, dans un contexte d'intervention internationale sans précédent dans les détails de la gouvernance, de l'administration et de la sécurité.
Certaines déclarations de dirigeants du Hamas, y compris celles qui ressemblaient à un appel direct à l'administration américaine, reflètent l'ampleur du changement imposé par le génocide : d'un discours de défi à un discours de recherche d'une place dans une équation façonnée en dehors de la Palestine. Ce changement ne peut être dissocié de la réalité selon laquelle l'avenir de Gaza est devenu une otage des arrangements internationaux, non de la volonté de ses habitants.
En ce sens, le paysage palestinien après le génocide semble être entièrement géré depuis l'extérieur des frontières. Les États-Unis cherchent à définir la forme de la prochaine étape : qui gouverne Gaza, comment elle est reconstruite, et quel type d'autorité recevra le "feu vert". L'Europe se présente comme un bailleur de fonds conditionné par "la discipline politique", tandis qu'Israël, bien qu'étant l'exécutant du génocide, reste le partenaire le plus influent, cherchant à garantir qu'aucune future autorité n'agira en dehors des limites de sa conception de la sécurité, et empêchant le retour de la résistance sous toutes ses formes.
Dans ce climat, la légitimité se transforme en une marchandise gérée dans les coulisses : restauration de l'Autorité avec de nouveaux visages, ou intégration conditionnée du Hamas dans l'équation de pouvoir, tant que les deux parties respectent ce qui leur est demandé. Quant aux Palestiniens – survivants de la mort, du déplacement et de la destruction – ils sont les derniers interrogés sur leur avenir.
Le plus dangereux est que ces formulations ne se contentent pas d'exclure la volonté populaire, mais redessinent les limites du possible palestinien : une autorité sans souveraineté, des factions avec des légitimités conditionnelles, et un processus politique vidé de son contenu démocratique et éthique. Au lieu que la phase de l'après-génocide soit un moment de reconstruction du système politique palestinien sur des bases de participation et de responsabilité, elle se transforme en un moment dans lequel le droit des Palestiniens à choisir leur direction et à façonner leur avenir est confisqué.
Le génocide vécu par la bande de Gaza ne s'est pas transformé en un moment de véritable responsabilité, ni sur le plan national ni international. La distance palestinienne entre les forces décisionnelles et les institutions nationales reste claire, tandis que les responsabilités pour ce qui s'est passé au cours des deux dernières années n'ont pas été reconnues, et aucune entité n'a été tenue responsable des échecs passés qui ont affaibli l'Autorité palestinienne et ouvert la voie à l'hégémonie internationale. Ainsi, l'absence de responsabilité et la reconnaissance de l'erreur se sont transformées en une condition essentielle pour reproduire la dépendance, et tout projet national possible s'est transformé en simple gestion de l'existence palestinienne selon les critères des puissances extérieures. En fin de compte, la légitimité palestinienne reste gouvernée par l'approbation internationale plutôt que par la volonté du peuple, et le projet national continue de régresser face à l'accumulation des échecs et du chantage politique.
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