Duilat et Palestiniens
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Duilat et Palestiniens

Partout où se porte le regard dans les pays arabes confrontés à des troubles et des guerres internes, de la Syrie à la Libye en passant par le Soudan, le Yémen, la Somalie et la Palestine, on trouve la main des Émirats et du Qatar. Ces deux petits États n'interviennent pas pour leurs propres intérêts ou pour défendre leur sécurité nationale, mais comme des outils au service de Washington et de Tel-Aviv.

Je ne sais pas s'il s'agit d'un hasard ou d'un plan intentionnel, mais dans les deux cas, il existe un outil ou une personnalité palestinienne qui avait sa place en Palestine avant de faire un bond qualitatif qui suscite des questions et de travailler pour l'un de ces deux États afin de mettre en œuvre des projets liés à la question palestinienne et parfois à des rôles régionaux.

Au Qatar, on trouve Azmi Bishara, Palestinien de 1948, possédant la nationalité israélienne et de foi chrétienne. C'est un universitaire, un penseur et un écrivain politique, ancien président du Rassemblement national démocratique et l'un de ses principaux fondateurs en Israël. Il a également été député au Knesset (parlement israélien) avant que ce dernier ne vote pour lever son immunité parlementaire sous prétexte de collusion avec le Hezbollah et de soutien à des groupes terroristes, comme on le prétend. Bishara décide de quitter Israël pour s'installer au Qatar, État de la base américaine d’Al-Udeid, où se trouve également le commandement du mouvement Hamas, et devient proche de son émir, qui met à sa disposition des fonds énormes pour mener à bien des missions de sécurité et médiatiques au service du régime qatari et de ceux qui le dirigent.

Azmi Bishara préside le Centre arabe de recherche et d'étude des politiques et était l'un des visages médiatiques les plus importants de la chaîne Al Jazeera avant de fonder sa propre chaîne (Al Arabi). Il devient l'un des théoriciens et planificateurs du chaos et de la discorde dans le monde arabe, en particulier sur la scène palestinienne, où il soutient fermement la division et la recherche d'une alternative à l'Organisation de libération de la Palestine.

Aux Émirats arabes, un autre personnage palestinien suscite toujours autant de controverse : Mohamed Dahlan, originaire de Gaza. Dès son jeune âge, il a occupé plusieurs postes de haut niveau dans l'Autorité palestinienne, notamment celui de président du Service de sécurité préventive dans la bande de Gaza en début de pouvoir, conseiller à la sécurité nationale, député au Conseil palestinien et membre du Comité central du mouvement Fatah. Il a eu une relation conflictuelle avec la direction suprême, se disputant avec le président Yasser Arafat, puis Mahmoud Abbas, recevant des accusations de corruption et étant exclu du Comité central du mouvement Fatah, avec une perquisition de son domicile à Ramallah. Il s'installe aux Émirats par intermédiaire américain et devient conseiller en sécurité et en politique pour le président de l'État, jouant des rôles sécuritaires et médiatiques à l'échelle régionale, les Émirats ayant établi une chaîne (Al Ghad) pour lui.

Dahlan a été ferme dans sa lutte contre les groupes islamistes, y compris le Hamas, avant de changer de position et de s'allier au Hamas, le sortant de son impasse après la chute du régime des Frères musulmans de Mohamed Morsi en Égypte en 2013, en échange de la permission pour son groupe (le courant réformiste dans le mouvement Fatah) d'agir dans la bande de Gaza et de trouver un espace d'influence pour les Émirats dans la région, en concurrence avec la position et l'influence du Qatar.

Bien qu'originaires de Palestine et bien que leurs arrière-plans sociaux et culturels soient très différents, ces deux personnalités jouent des rôles qui servent davantage les politiques du Qatar et des Émirats ainsi que leurs intérêts personnels que ceux de leur peuple et de la cause palestinienne.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.