Comment Israël étouffe l'économie de la Cisjordanie ?
Économie locale

Comment Israël étouffe l'économie de la Cisjordanie ?

Économie SadaNews - Un rapport intitulé « L'étreinte étouffante : faire face à la prise de contrôle d'Israël sur l'économie de la Cisjordanie » a été publié par le International Crisis Group aujourd'hui, le 15 juin 2026. Ce rapport examine les transformations de l'économie palestinienne depuis le début de la guerre de Gaza en octobre 2023, et présente une vision globale de la manière dont les outils financiers, bancaires, commerciaux et administratifs se sont transformés en moyens de pression exerçant une influence profonde sur la vie des Palestiniens en Cisjordanie.

Le rapport ne considère pas la crise économique comme une simple conséquence du conflit politique ou militaire, mais comme un champ de bataille économique à part entière. Il existe des opérations militaires et des confrontations de sécurité, mais aussi des politiques financières, bancaires et commerciales que le rapport juge également exercées comme des moyens de pression et de soumission, mais avec des moyens différents.

Le rapport part d'un fait fondamental : l'économie palestinienne n'a jamais été indépendante de l'économie israélienne depuis l'occupation de la Cisjordanie en 1967. Cependant, ce qui s'est passé après la guerre de Gaza représente, selon les auteurs, une transition d'une dépendance économique à une suffocation économique directe.

Les racines de la dépendance économique

Le rapport retrace les racines de la crise à la nature de la relation économique qui s'est établie entre Israël et les territoires palestiniens occupés depuis 1967. Israël a conservé le contrôle des frontières, des passages, du commerce extérieur et des ressources essentielles, ce qui a conduit l'économie palestinienne à fonctionner dans un cadre où elle ne contrôle pas ses éléments les plus importants.

Lorsque le Protocole économique de Paris a été signé en 1994 dans le cadre des accords d'Oslo, il devait former une étape transitoire vers la construction d'une économie palestinienne capable de gérer ses affaires de manière indépendante. Cependant, la mise en œuvre a maintenu la plupart des outils de contrôle israélien, que ce soit en matière de douanes, de commerce extérieur, de circulation des marchandises ou de système monétaire.

Avec le temps, l'Autorité palestinienne est devenue dépendante des revenus des compensations collectées par Israël en son nom. De même, le shekel israélien est devenu la principale monnaie en circulation sur le marché palestinien, et les banques palestiniennes se sont liées aux banques israéliennes en tant que principal canal d'accès au système financier mondial.

Le rapport estime que cette relation a créé une situation de dépendance mutuelle déséquilibrée, où l'économie palestinienne a besoin d'Israël beaucoup plus qu'Israël n'a besoin d'elle.

La guerre de Gaza et le tournant

Le rapport considère que le 7 octobre 2023 a été un moment clé dans la gestion par Israël de la relation économique avec les Palestiniens.

Après le déclenchement de la guerre, les mesures israéliennes n'ont pas seulement été militaires, mais ont également inclus une large série de décisions économiques et financières. Avec le renforcement de l'influence du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, qui ne cache pas son soutien à l'annexion de la Cisjordanie et son opposition à l'idée d'un État palestinien, ces politiques ont pris une dimension politique plus marquée.

Le rapport présente plusieurs déclarations de Smotrich, dans lesquelles il établit un lien direct entre la pression économique sur l'Autorité palestinienne et l'objectif d'empêcher la création d'un État palestinien à l'avenir. Selon le rapport, ces déclarations aident à comprendre le cadre politique dans lequel les restrictions économiques ont été resserrées au cours des deux dernières années.

Les banques comme arme et les relations bancaires

Le rapport consacre une large part aux relations bancaires entre les deux parties, les considérant comme l'une des faiblesses les plus graves de l'économie palestinienne.

Les banques palestiniennes dépendent de banques israéliennes correspondantes pour effectuer une grande partie de leurs transactions financières. À travers cette relation, les fonds sont transférés, les paiements règlements et la connexion avec le système financier mondial est fournie.

Le rapport souligne que la menace répétée d'arrêter les garanties légales accordées aux banques israéliennes qui traitent avec les banques palestiniennes a créé un état permanent d'incertitude. Même lorsque cette menace n'est pas exécutée en réalité, le simple fait de l'évoquer laisse une empreinte négative sur les décisions d'investissement, de prêt et de planification économique.

Le rapport estime que l'économie moderne ne suffit pas seulement d'argent, mais repose aussi sur la confiance, la stabilité et les prévisions futures. Lorsque le système bancaire lui-même est vulnérable à l'instabilité, cela se reflète sur l'ensemble de l'activité économique.

Les fonds des compensations : l'artère financière

Une des questions les plus critiques abordées dans le rapport est celle des fonds des compensations. Selon les arrangements économiques en place, Israël collecte les droits de douane et les taxes sur les importations palestiniennes, puis les transfère à l'Autorité palestinienne. Cet argent représente la principale source de revenus de l'Autorité.

Cependant, le rapport indique que ces dernières années, il y a eu une expansion des prélèvements et des restrictions imposées sur cet argent, allant jusqu'à l'arrêt des transferts pendant certaines périodes. En conséquence, l'Autorité palestinienne a été confrontée à une crise financière croissante qui a affecté sa capacité à payer les salaires, à fournir des services et à respecter ses engagements financiers.

Et l'impact de cette crise ne se limite pas aux institutions de l'autorité, mais s'étend à l'ensemble de l'économie. Un fonctionnaire qui ne reçoit pas son salaire complet réduit ses dépenses, un commerçant dont les ventes diminuent réduit ses achats, et un entrepreneur qui ne reçoit pas ses paiements retarde ses projets. Ainsi, la crise se propage d'un secteur à l'autre.

La crise du shekel et la trésorerie accumulée

Parmi les aspects moins présents dans la couverture médiatique, mais qui sont d'un grand intérêt dans le rapport, se trouve le problème de l'accumulation d'énormes quantités de shekels dans les territoires palestiniens.

Les banques palestiniennes font face à des restrictions sur le retour des liquidités dans le système bancaire israélien, ce qui a conduit à l'accumulation de milliards de shekels en Cisjordanie.

Cette situation entraîne des coûts accrus de stockage, d'assurance et de transport, et pousse certaines activités économiques à recourir à des canaux financiers non officiels. Le rapport estime que ce problème est un exemple clair de la manière dont une question technique et bancaire peut devenir un facteur influençant l'activité économique quotidienne.

Les barrages et l'économie fragmentée

Le rapport ne s'arrête pas aux questions financières, mais aborde également le problème de la circulation et des déplacements en tant qu'élément essentiel de l'activité économique.

L'augmentation du nombre de barrages, de fermetures et de portes militaires après la guerre de Gaza n'a pas seulement eu un impact sur la circulation des personnes, mais a également affecté les mouvements de marchandises, de travailleurs et le commerce intérieur.

Le rapport décrit la Cisjordanie comme étant devenue plus proche d'un ensemble d'îles économiques séparées. Les déplacements entre les villes et les villages sont devenus plus difficiles et coûteux, tandis que les coûts de transport, de distribution et de marketing ont augmenté.

Il souligne que l'économie ne peut pas fonctionner efficacement lorsque les courtes distances se transforment en voyages longs et incertains, et lorsque l'accès aux marchés est lié à des conditions de sécurité en constante évolution.

Les travailleurs palestiniens et la double perte

Des dizaines de milliers de Palestiniens travaillaient en Israël avant la guerre, et leurs revenus constituaient une source importante de liquidité dans l'économie palestinienne.

Cependant, les restrictions imposées après octobre 2023 ont empêché un grand nombre d'entre eux de reprendre leur emploi.

Le rapport estime que cette situation a porté un coup dur aux familles palestiniennes qui ont perdu leur principale source de revenus, mais a également nui à certains secteurs économiques israéliens qui dépendaient de la main-d'œuvre palestinienne, notamment dans les domaines de la construction et de l'agriculture.

Il s'agit donc d'une question qui ne concerne pas seulement les relations de travail, mais qui touche l'un des chemins les plus importants qui permettaient de transférer des revenus de l'économie israélienne vers l'économie palestinienne.

Les forces israéliennes ferment les entrées de la vieille ville d'Hébron et restreignent la circulation des Palestiniens lors d'une perquisition de la zone le 13 juin 2026 (Anadolu)

La zone « C » et le développement retardé

Le rapport attire l'attention sur le fait que la zone « C » représente plus de la moitié de la superficie de la Cisjordanie, incluant une grande partie des terres agricoles, des ressources naturelles et des espaces constructibles.

Cependant, les restrictions imposées à la construction, aux investissements et à l'accès aux terrains rendent la rentabilité économique de cette zone extrêmement limitée.

Du point de vue du rapport, toute discussion sérieuse sur un développement palestinien à long terme ne peut être dissociée de la question de l'accès aux ressources et aux terres dans cette zone.

En fin de compte, le rapport brosse le tableau d'une économie confrontée à une contraction sévère, à une baisse des niveaux de revenus, à une hausse du chômage et à une augmentation de la pauvreté.

Il ne présente pas ces indicateurs comme de simples chiffres, mais comme le reflet de transformations plus profondes touchant la structure de l'économie palestinienne et sa capacité à survivre.

Les familles font face à des pressions croissantes, les entreprises évoluent dans un environnement à haut risque, les municipalités luttent pour maintenir leurs services, et l'Autorité palestinienne fait face à une crise financière continue.

Quelles sont les propositions du rapport ?

Le rapport estime que résoudre la crise commence par supprimer les restrictions les plus impactantes, en tête desquelles la reprise des transferts des fonds des compensations, la stabilisation des relations bancaires, le relâchement des restrictions sur la circulation, et la possibilité pour les travailleurs palestiniens de retrouver leurs emplois.

Cependant, le rapport souligne en même temps que ces mesures, peu importe leur importance, ne régleront pas le problème fondamental de la dépendance structurelle de l'économie palestinienne.

C'est pourquoi il appelle à la recherche de mécanismes qui réduisent la dépendance des Palestiniens à Israël dans les domaines du commerce, du secteur financier, de la monnaie et de la collecte des recettes, parallèlement à des réformes internes qui renforcent la transparence et l'efficacité de la gestion publique.

Le rapport conclut que la poursuite de la tendance actuelle ne signifie pas seulement un ralentissement économique, mais annonce une dégradation et une instabilité accrues. Plus l'économie palestinienne devient fragile et ses institutions faibles, plus les risques d'explosion sociale et politique augmentent. D'où l'importance du rapport en tant que tentative de lire l'économie palestinienne non seulement comme un dossier financier, mais comme l'une des clés essentielles pour comprendre l'avenir de la Cisjordanie et l'ensemble du conflit israélo-palestinien.