L'Institut Mas ouvre sa série de tables rondes de cette année avec une discussion sur les droits économiques et sociaux dans le projet de constitution provisoire de l'État de Palestine
Économie locale

L'Institut Mas ouvre sa série de tables rondes de cette année avec une discussion sur les droits économiques et sociaux dans le projet de constitution provisoire de l'État de Palestine

SadaNews - L'Institut palestinien pour la recherche en politiques économiques (Mas) a tenu la première table ronde de cette année 2026 pour discuter des "droits économiques et sociaux dans le projet de constitution provisoire de l'État de Palestine d'une perspective comparative", en présentiel dans les locaux de l'institut et via Zoom. L'avocat Dr. Mahmoud Abu Suwe a préparé le document de base, tandis que M. Raja Khalidi, chercheur en développement économique palestinien, Dr. Ammar Dwaik, membre du comité de rédaction de la constitution provisoire, et M. Bassem Salhi, membre du comité de rédaction de la constitution provisoire, ont présenté leurs interventions et remarques sur le document.

Au début de la réunion, le directeur général de l'Institut Mas a accueilli les participants, experts et représentants de divers secteurs, en soulignant l'importance capitale de discuter du projet de constitution provisoire de l'État de Palestine.

Dans sa présentation, Abu Suwe a fourni une analyse complète des droits économiques et sociaux dans le projet de constitution palestinienne de 2026, précisant que le projet adopte une approche plus inclusive et avancée en matière de droits économiques et sociaux par rapport à la loi fondamentale de 2003, en reconnaissant expressément ces droits. Il a expliqué que la constitution garantit un large éventail de droits, parmi lesquels l'assurance d'opportunités d'emploi décentes avec des conditions saines et un salaire juste et égal, le droit à une éducation obligatoire et gratuite, et la garantie de l'égalité des chances dans l'enseignement supérieur, en plus de garantir l'indépendance des institutions académiques et les libertés de recherche, le droit à la santé physique et mentale et à des traitements gratuits pour les groupes à revenu limité, le droit au logement et à un niveau de vie décent, ainsi que le droit à l'eau et un environnement sain, sans oublier la protection des groupes en situation vulnérable tels que les enfants, les personnes handicapées, les personnes âgées et les familles les plus nécessiteuses. Il a indiqué que ce cadre de droits reflète une orientation claire vers l'établissement d'un modèle d'État social qui équilibre libertés économiques et justice sociale.

Transformations majeures dans le traitement des droits par rapport à la loi fondamentale :
Le chercheur a également mis en avant les principales transformations dans le traitement des droits comparativement à la loi fondamentale. Le projet montre une tendance pratique en liant les droits à des obligations exécutives qui contraignent l'État à prendre les mesures nécessaires pour garantir leur mise en œuvre, dans certains cas de manière progressive, en adoptant des politiques sociales et économiques justes. En outre, la constitution élargit le champ des droits pour inclure de nouveaux domaines qui n'étaient pas directement mentionnés auparavant, tels que le droit à l'eau, la santé mentale et la pratique du sport, tout en développant certains droits existants. Il souligne également la tendance de la constitution à promouvoir la dimension sociale du système économique, notamment en empêchant le monopole des biens et services de base, et en liant le système économique aux principes d'économie mixte et de justice sociale. La constitution consacre aussi une tendance générale visant à renforcer la justice sociale et le développement durable, en reliant plusieurs droits économiques et sociaux aux politiques publiques.
Le chercheur a également mentionné les normes internationales et les expériences comparatives, en particulier les normes fondamentales énoncées dans le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que certaines constitutions nationales (Afrique du Sud, Égypte, Tunisie), qui ont adopté le principe de la mise en œuvre progressive des droits, en fonction des possibilités disponibles, en portant une attention particulière à la protection des groupes les plus vulnérables aux violations, tels que les enfants, les personnes handicapées et les personnes âgées.
Parmi les défis, le chercheur a noté qu'il existe plusieurs questions essentielles qui pourraient affecter l'efficacité de ces droits et leur caractère obligatoire, le principal étant la faiblesse des mécanismes d'application judiciaire et de responsabilité, ainsi que l'absence d'une définition claire des obligations financières liées aux droits économiques et sociaux. Il existe également une limitation dans le lien entre les droits et les politiques publiques, en plus de la confusion structurelle et de la dispersion des droits et de la difficulté de faire la distinction entre libertés économiques et aspirations. Abu Suwe a insisté sur la nécessité de clarifier davantage les responsabilités institutionnelles et de renforcer les mécanismes de coordination entre les différentes parties pour garantir la mise en œuvre effective de ces droits.
Le chercheur a proposé trois voies principales pour faire face à ces défis, à commencer par le maintien des textes actuels tout en laissant l'exécution à la législation ordinaire, en renforçant et en réorganisant les textes constitutionnels relatifs aux libertés et aux droits économiques et sociaux de manière plus claire et logique, tout en définissant des obligations claires pour l'État, et en liant les droits économiques et sociaux aux politiques financières et de développement pour garantir leur application pratique.
Enfin, le chercheur Abu Suwe a conclu sa présentation par un certain nombre de recommandations qui relient les droits économiques et sociaux aux politiques de développement et aux plans nationaux, assurant une intégration entre la reconnaissance constitutionnelle et l'exécution pratique, tout en développant les mécanismes de responsabilité et d'application judiciaire et en renforçant les obligations financières constitutionnelles. Il a également souligné la nécessité de dissocier les libertés économiques des droits sociaux et de clarifier leur nature structurelle, ainsi que de clarifier les responsabilités institutionnelles et organisationnelles et les mécanismes de coordination entre les parties concernées pour garantir la mise en œuvre pratique, tout en mettant en place des mécanismes de suivi pour évaluer l'efficacité de l'application par les autorités compétentes.
En réponse au document, Khalidi a insisté sur la nécessité de faire une distinction claire entre libertés économiques et droits sociaux, soulignant que la confusion entre les deux affaiblit la clarté du projet de constitution. Il a proposé dans ce contexte de déconstruire l'article (41) et de redistribuer son contenu, afin d'inscrire les libertés économiques de manière indépendante, en plus des droits sociaux. Il a également fait remarquer qu'il n'est pas possible pour la constitution de définir la nature du marché ou de la légiférer directement. Il a souligné l'importance de rédiger une constitution provisoire sous un État occupé, notant que malgré la limitation de la souveraineté, cette constitution constitue une définition du projet national et peut représenter une vision unificatrice.
Pour sa part, Dwaik a souligné l'importance de discuter du sujet, notant que le projet de constitution n'a pas été abordé auparavant avec une telle profondeur et analyse. Il a précisé que le comité chargé de la rédaction de la constitution a été donné trois mois pour l'achever, en confirmant qu'il examinera toutes les observations et propositions soumises. Il a également estimé que le modèle sud-africain s'approche le plus du cas palestinien, notamment en ce qui concerne les mesures que l'État doit prendre pour garantir les droits. Il a précisé que l'article (41) représente un principe ou une politique générale et n'est pas un droit en soi, et devrait être mentionné dans le préambule de la constitution.
De son côté, Salhi a souligné la nécessité de commencer les discussions sur ce qui existe, insistant sur l'importance d'obtenir une plus grande clarté dans la distinction entre libertés économiques et droits sociaux dans le texte constitutionnel. Il a appelé à établir un cadre général et précis pour ces droits dans la constitution, garantissant qu'ils ne sont pas susceptibles d'interférences extérieures. Il a également souligné l'importance de consulter le public, notant que le comité constitutionnel accepte toutes les observations et propositions.
Les participants ont confirmé dans leurs interventions que le rôle de l'État est un élément fondamental dans la définition des droits et la garantie de leur mise en œuvre, tout en notant que les définitions actuelles restent vagues et nécessitent des précisions. Ils ont également signalé l'absence de textes relatifs au droit de recours, ou leur ambiguïté, dans le domaine des droits économiques, confirmant l'importance d'avoir une constitution qui soit en adéquation avec les conditions changeantes en Palestine, ce qui renforce sa flexibilité et sa capacité à répondre aux défis présents et futurs.