Crise de la direction palestinienne officielle..
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Crise de la direction palestinienne officielle..

La crise que connaît la cause palestinienne ces dernières années n'est pas seulement le résultat d'un déséquilibre des forces avec l'occupation israélienne, ni d'une conséquence directe des transformations régionales et internationales qui ont redéfini les priorités de la région, mais elle est aussi le fruit d'une crise interne profonde touchant à la structure du système politique palestinien, affaiblissant sa capacité à suivre les transformations historiques du conflit. Les grandes questions nationales ne reculent pas seulement lorsque l'adversaire détient des éléments de pouvoir, mais aussi lorsque la direction est incapable de revoir ses options, de renouveler sa légitimité, et de reconstruire ses outils en adéquation avec la nature de la phase. C'est pourquoi, parler de crise de la direction palestinienne officielle ne se limite pas à des personnes en particulier, mais s'applique à une approche politique qui a dominé la phase précédente et qui nécessite aujourd'hui une révision globale pour redonner siège au projet national comme cadre régulateur de toutes les politiques et choix.

La direction palestinienne moderne a émergé du sein du mouvement de libération nationale, tirant sa légitimité de la révolution et de sa capacité à unifier le peuple palestinien autour de l'objectif de la libération et de l'autodétermination. L'Organisation de libération de la Palestine représentait le cadre rassemblant les différentes forces et courants, tandis que le projet national restait la référence suprême dont les institutions tiraient leur existence et légitimité. La direction à cette époque n'était pas une fin en soi, mais un outil pour atteindre un objectif plus grand qui était de mettre fin à l'occupation et de concrétiser les droits nationaux inaliénables du peuple palestinien...

Cependant, cette équation a commencé à changer progressivement avec la création de l'Autorité palestinienne dans le cadre des accords d'Oslo, qui ont été présentés comme une étape transitoire vers la fin de l'occupation dans un délai précis. Mais ce qui était censé être temporaire s'est progressivement transformé en une réalité politique permanente, tandis que l'occupation se prolongeait, la colonisation s'élargissait, Jérusalem était soumise à des politiques de judaïsation continue, et les composants de l'État palestinien autonome se voyaient rapidement érodés. En contrepartie, l'Autorité est devenue un outil censé servir le projet national, mais a évolué en une structure politique et administrative qui a de plus en plus œuvré à gérer la réalité existante et à préserver sa continuité, jusqu'à ce que la préservation des institutions devienne un objectif dépassant, dans de nombreux cas, la reconstruction d'une stratégie nationale capable de changer cette réalité...

Ce changement n'était pas simplement le résultat de l'intransigeance des gouvernements israéliens successifs, malgré leur pleine responsabilité dans l'échec du processus de paix, mais était également lié à l'absence de révision politique au sein du système palestinien. Lorsque cela est devenu évident qu'Israël ne considérait pas les négociations comme un moyen de mettre fin à l'occupation, mais comme un outil pour la gérer et gagner du temps pour poursuivre son projet de colonisation, il aurait été attendu que la direction palestinienne réévalue l'ensemble du parcours politique et réécrive les outils du projet national en adéquation avec les nouvelles dynamiques. Cependant, cela ne s'est pas produit, et les mêmes outils ont continué à être privilégiés malgré leur incapacité à réaliser des avancées significatives, transformant ainsi le processus politique en une fin en soi, après avoir perdu sa capacité à atteindre l'objectif pour lequel il a été établi...

Ainsi, le cœur de la crise ne réside pas dans la persistance de tel ou tel responsable, ni dans le renouvellement des postes au sein de la structure politique actuelle, mais dans la continuité d'un modèle politique qui n'est plus capable de générer l'initiative ou d'absorber les transformations du conflit. Le problème n'est pas une crise de direction au sens personnel, mais une crise de direction au sens structurel, où le système politique a progressivement perdu ses mécanismes de révision, de renouvellement des légitimités, et de correction des erreurs, devenant plus enclin à gérer la crise qu'à travailler à la surmonter. Par conséquent, le changement de personnes, aussi important soit-il, ne sera pas suffisant à moins qu'il ne soit accompagné d'une reconstruction du modèle politique qui régit la relation entre la direction, les institutions, et le projet national lui-même...

L'une des manifestations les plus marquantes de ce déséquilibre a été de réduire le projet national palestinien à un seul parcours politique, au point que ce parcours, au fil du temps, est devenu le cadre à travers lequel toutes les politiques et choix nationaux sont évalués. Et lorsque ce parcours a rencontré des obstacles, le problème n'était pas tant son échec en soi, chaque option politique étant sujette au succès ou à l'échec, mais le fait que la direction officielle n'a pas œuvré à créer une stratégie nationale alternative capable d'absorber les changements et de réaffecter les éléments de force du peuple palestinien. Ainsi, les Palestiniens se sont retrouvés face à un projet politique en recul, sans qu'il y ait un projet national renouvelé capable de combler le vide laissé...

Parmi les résultats les plus graves de cette approche, la résistance, au sens national large, a régressé de sa position en tant que l'un des piliers fondamentaux du mouvement de libération nationale, à une position marginale au sein de la stratégie officielle. Et cela ne s'est pas limité à une diminution de la lutte armée, mais a également inclus, de manière plus large et plus profonde, un affaiblissement des différentes formes de résistance détenues par les peuples sous occupation. En effet, l'investissement dans la résistance populaire organisée, la désobéissance civile, le travail collectif, le boycott économique, académique et culturel, la diplomatie populaire, ainsi que le travail syndical et étudiant, et les démarches légales devant les tribunaux et organismes internationaux, la protection du récit national, et le renforcement des éléments de résistance économique et sociale ont diminué, bien que tous ces outils forment ensemble un système de résistance complet capable d'épuiser l'occupation sur les plans politique, légal et éthique, et d'augmenter le coût de son maintien devant la communauté internationale...

Et ce recul n'était pas seulement le résultat de circonstances objectives imposées par la réalité, mais est aussi venu d'un choix politique basé sur la restriction de l'action nationale à l'intérieur du cadre du processus de négociation, considérant les autres outils de lutte comme secondaires, différés, ou non conformes à la ligne politique officielle. Ainsi, l'impact de cette approche n'a pas été limité à l'échec d'une option politique particulière, mais a étendu son effet à l'immobilisation de la plupart des éléments de force du peuple palestinien, les évinçant progressivement de l'équation de l'action nationale, alors qu'Israël utilise tous les outils de pouvoir politique, militaire, légal, économique et médiatique pour imposer son projet colonial de colonisation sur le terrain...

Cette approche n'est pas en accord avec ce que le droit international a établi, qui n'a pas limité le droit des peuples sous occupation à un seul moyen pour défendre leurs droits, mais a affirmé leur droit à l'autodétermination, à mettre fin à l'occupation, et à poursuivre leur lutte par tous les moyens légitimes conformes aux principes du droit international, à la charte des Nations Unies, au droit international humanitaire, ainsi qu'aux conventions et normes internationales pertinentes. Ainsi, redonner crédit à la résistance ne signifie pas appeler à une forme précise de celle-ci, mais plutôt restaurer sa compréhension nationale globale, en tant que système intégral dans lequel se combinent des outils politiques, populaires, légaux, diplomatiques, médiatiques, économiques, et tous les autres moyens légitimes permettant au peuple palestinien de renforcer sa résistance, d'accumuler ses éléments de force, et de reprendre l'initiative...

Parallèlement, le système politique palestinien a connu un déclin continu du niveau de participation démocratique, avec des élections suspendues, des institutions représentatives affaiblies, un rôle des structures nationales unificatrices réduit, et un déclin des mécanismes de contrôle et de reddition de comptes, alors que le processus de prise de décision est devenu concentré dans un cercle étroit, ce qui a conduit à un élargissement du fossé entre la direction et la société, et un affaiblissement de la confiance populaire envers les institutions officielles. Avec le temps, la crise de légitimité n'est plus uniquement liée à l'expiration des mandats légaux des institutions, mais également à l'absence de participation politique, à l'immobilisation des mécanismes de renouvellement, et à la diminution de la capacité du système politique à assimiler les différents composants du peuple palestinien sur le territoire et dans la diaspora.

La division palestinienne a exacerbé cette crise, jusqu'à ce qu'elle se transforme d'un conflit politique en une réalité structurelle qui se reproduit continuellement. La division n'est plus simplement une variation dans les programmes ou les priorités, mais devint un environnement politique et institutionnel qui a affaibli l'unité de la décision nationale, a épuisé la société palestinienne, et a fourni à l'occupation une opportunité historique d'approfondir son projet de colonisation, en l'absence d'une référence nationale unifiée capable d'orienter les énergies palestiniennes vers l'objectif central consistant à mettre fin à l'occupation. Au fil du temps, la division est devenue une partie de la crise, et non simplement une conséquence de celle-ci, et son administration est devenue un substitut à sa résolution, tandis que les réalités imposées par l'occupation continuent de s'étendre rapidement...

Face à cette réalité, le concept de projet national unificateur, qui a constitué pendant de longues décennies le point de convergence fondamental des Palestiniens, a reculé. Le projet national reposait sur l'unité du peuple, l'unité de la représentation, et l'unité de l'objectif, qui sont les fondements qui ont conféré à la cause palestinienne sa présence politique et morale tant sur les plans arabe qu'international. Cependant, ces fondements ont été visiblement ébranlés ces dernières années, en raison de l'absence d'une vision stratégique unifiée définissant la nature de la phase, ses priorités, ses outils, et les limites de la relation entre le politique et le militant, et entre l'Autorité et le mouvement de libération nationale. Quand le projet unificateur fait défaut, les politiques deviennent des réactions éparses, et la direction perd sa capacité d'initiative et de construction de l'avenir.

Cependant, les revers du projet politique ne signifient pas la chute du projet national, et l'échec du règlement ne supprime pas les droits historiques et légaux du peuple palestinien. Car ces droits ne tirent pas leur légitimité d'un accord politique, mais des règles du droit international, de la charte des Nations Unies, et des décisions de la légitimité internationale qui ont confirmé le droit du peuple palestinien à l'autodétermination, à la fin de l'occupation, à établir son État indépendant, et à jouir de tous ses droits inaliénables. Ainsi, la crise n'est pas une crise de droit, mais une crise de gestion de ce droit, et de sa transformation en un projet politique et militant capable d'imposer sa présence dans les rapports de force internationaux.

La reconstruction du projet national palestinien n'est plus une option politique parmi plusieurs, mais est devenue une nécessité nationale imposée par la nature de la phase actuelle. Cette tâche ne commence pas par la reproduction de la structure politique existante, mais par la reconstruction du système politique sur des bases de partenariat national, le renouvellement des légitimités par la volonté populaire, et la restauration du rôle unificateur des institutions nationales, en particulier l'Organisation de libération de la Palestine, en tant que représentant légitime et englobant du peuple palestinien, et la détermination de la relation entre l'Autorité et le projet national de manière à garantir que l'Autorité reste un outil au service du projet, et non un substitut à celui-ci.

La reconstruction nécessite également la formulation d'une stratégie nationale exhaustive, intégrant tous les outils de l'action nationale, de sorte que le travail politique ne soit pas un substitut à la résistance, ni la résistance un substitut au travail politique, mais qu'ils deviennent tous deux une partie d'une vision unique où se combinent la résistance populaire, l'action légale et diplomatique, le mouvement de boycott, le renforcement de la résistance nationale, l'activation du rôle des Palestiniens dans la diaspora, et tous les moyens légitimes reconnus par le droit international, dans le cadre d'une stratégie unifiée soumise à une décision nationale collective visant à accroître le coût de l'occupation sur les plans politique, légal et éthique, pour permettre au peuple palestinien d'exercer son droit à la liberté et à l'autodétermination.

Les décennies passées ont prouvé que l'occupation ne profite pas seulement de sa supériorité militaire, mais aussi de la division des Palestiniens, de l'immobilisme de leurs institutions, et de l'absence de révision au sein de leur système politique. Elles ont aussi démontré qu'un projet national qui cesse de pouvoir se renouveler, ou immobilise ses outils de force, ou se limite à une seule option devient plus vulnérable à l'épuisement, quelle que soit la justesse de sa cause. Par conséquent, la crise de la direction palestinienne officielle n'est pas un destin inéluctable, mais le résultat de choix et de politiques susceptibles d'être révisés et corrigés, si la volonté nationale et le courage politique sont à même de passer de la gestion de la crise à la reconstruction du projet national sur des bases plus solides et capables de faire face aux défis de cette phase...

Le moment palestinien actuel appelle à une révision historique calme et responsable, non pas pour condamner le passé ou régler des comptes, mais pour restaurer le projet national de l'état de stagnation qu'il a connu, et redonner crédit à l'idée de libération nationale comme la boussole à laquelle toutes les institutions, politiques et choix doivent se soumettre. La cause palestinienne ne souffre aujourd'hui ni d'un manque de légitimité, ni d'une absence de justice pour ses droits, mais d'un besoin impératif de direction renouvelée, d'une vision stratégique globale, et d'un projet national capable de réunir le peuple palestinien autour de ses grands objectifs, et de mobiliser tous les éléments de force qu'il possède, dans le cadre du droit international et de la légitimité internationale, afin que le projet national retrouve sa place naturelle en tant que projet de libération, et non comme un projet de gestion de crise.
 

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.