Facture énergétique : la hémorragie silencieuse
Face aux défis économiques croissants auxquels est confrontée l'économie palestinienne, l'attention se concentre souvent sur le déficit financier ou la baisse des revenus comme étant le coeur de la crise. Cependant, il existe un facteur plus profond et influent, agissant silencieusement au sein de la structure économique, à savoir le coût de l'énergie, qui est devenu l'un des principaux déterminants de l'investissement et de la production, sans qu'il bénéficie d'une attention suffisante dans le débat public.
Les estimations indiquent que la facture énergétique en Palestine se situe entre 2,5 et 3 milliards de dollars par an, dans une économie limitée en ressources et souffrant de multiples contraintes structurelles. Ce chiffre ne représente pas seulement un fardeau financier, mais constitue également une hémorragie continue de devises hors de l'économie, dans un contexte de dépendance à plus de 85% des importations. Dans un environnement déjà en manque de liquidités, le départ d'un tel volume de ressources réduit la capacité de l'économie à générer de nouveaux investissements, affaiblit la demande intérieure et limite les opportunités de croissance.
Mais l'impact le plus important de la facture énergétique ne réside pas seulement dans son ampleur, mais dans son effet direct sur le coût de production. L'augmentation des prix de l'électricité accroît les coûts d'exploitation des installations industrielles et agricoles, ce qui affaiblit la compétitivité du produit palestinien, tant sur le marché local qu'à l'étranger. Dans ce contexte, la question n'est pas pourquoi l'investissement ne croît pas, mais comment il pourrait croître dans un environnement où les coûts augmentent dès le premier instant.
L'effet de ce dossier ne se limite pas au secteur privé, mais s'étend directement aux finances publiques. En effet, le gouvernement supporte une partie du fardeau électrique à travers ce qu'on appelle le crédit net, estimé à environ un milliard de shekels par an, prélevé sur les fonds de compensation. Cette hémorragie financière continue réduit la capacité du gouvernement à orienter les ressources vers les dépenses de développement, augmentant ainsi les pressions sur le budget général.
Dans ce contexte, il est impossible de considérer l'énergie comme un secteur de services uniquement, mais elle doit être traitée comme un intrant économique stratégique. Un investissement orienté dans les énergies renouvelables, d'une valeur d'environ un milliard de dollars, pourrait générer jusqu'à 1000 mégawatts d'électricité, ce qui suffirait à couvrir entre 30% et 40% de la demande en Cisjordanie. Une telle transformation pourrait contribuer à réduire la facture énergétique de plusieurs centaines de millions de dollars par an, ce qui signifie réinjecter ces ressources dans l'économie au lieu de les voir sortir.
Cependant, le défi dans ce domaine ne se limite pas au financement ou à la technologie, mais est étroitement lié à la structure de gestion et de gouvernance dans le secteur de l'énergie. La multiplicité des parties prenantes, le chevauchement des compétences entre les différentes institutions, et l'inachèvement du modèle de « l'acheteur unique », sont tous des facteurs ayant contribué à créer un fossé entre la production et la collecte, entraînant un affaiblissement de l'efficacité opérationnelle. Dans un contexte de fiscalité limitée et de pertes électriques, le problème se transforme d'un défi économique en un fardeau financier direct pour les finances publiques.
De plus, la question de l'environnement légal et réglementaire apparaît comme un facteur tout aussi important. Sur le plan des textes, les lois palestiniennes ne semblent pas constituer un obstacle à l'investissement, car elles incluent des incitations et des exonérations destinées à le promouvoir, y compris dans le secteur de l'énergie. Néanmoins, le véritable défi réside dans le fossé entre le cadre juridique et la mise en œuvre pratique, où l'investisseur fait face à des procédures complexes, à une multiplicité de parties impliquées, et à un degré d'incertitude quant à la stabilité des politiques. Dans ce contexte, l'investissement peut être légalement possible, mais il est coûteux et risqué en pratique.
Il est également impossible d'ignorer le facteur politique, qui impose des restrictions supplémentaires au secteur de l'énergie, tant en matière de contrôle des ressources que de liberté de développement des grands projets. Cette réalité limite la capacité à réaliser une indépendance énergétique totale, mais n'élimine pas la possibilité d'améliorer l'efficacité et de réduire les coûts dans la marge disponible.
Le dossier de l'énergie se manifeste clairement dans le projet de budget 2026, que ce soit à travers le soutien direct qui dépasse un milliard de shekels par an, ou à travers la continuité de la ligne de crédit net liée aux dettes liées à l'électricité et à l'eau. Cependant, ce qui est frappant dans ce contexte, c'est que le budget traite ce dossier comme un fardeau financier à contenir, non comme un intrant économique pouvant être investi pour réduire les coûts à l'avenir. C'est ici que réside le véritable défi : non pas dans le montant des dépenses pour l'énergie, mais dans l'absence de conversion de celles-ci en investissements productifs qui atténuent la pression sur les finances publiques.
Traiter le dossier énergétique en Palestine ne requiert pas de solutions radicales immédiates, mais plutôt une vision progressive globale, commençant par l'amélioration de la gouvernance, le renforcement de la collecte, la simplification des procédures, et l'orientation des investissements vers des projets ayant un effet direct sur les coûts. Le défi ne réside pas dans l'absence de solutions, mais dans la capacité à les mettre en œuvre dans un environnement complexe.
Enfin, on peut dire que la facture énergétique en Palestine n'est pas simplement un poste de dépense, mais l'une des clés essentielles pour comprendre les défis de l'investissement et de la croissance. Elle affecte le coût de production, les finances publiques, la décision de l'investisseur, et même le niveau de l'activité économique dans son ensemble. La traiter comme une priorité économique, et non seulement comme un service essentiel, pourrait être l'une des voies les plus réalistes pour alléger la pression sur l'économie.
Ainsi, la question n'est plus : combien dépensons-nous pour l'énergie ?
Mais : comment gérons-nous ce dossier d'une manière qui réduise les coûts et ouvre la voie à la croissance ?
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