Jeûne et exercices : un équilibre délicat entre enthousiasme et santé
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Jeûne et exercices : un équilibre délicat entre enthousiasme et santé

SadaNews - Au cours du mois de Ramadan, les habitudes alimentaires, de sommeil et d'activité physique changent de manière significative, ce qui impacte directement l'équilibre physiologique du corps. Alors que certains jeûneurs choisissent d'arrêter de faire de l'exercice par crainte de l'épuisement ou de la déshydratation, d'autres insistent pour maintenir leurs programmes d'entraînement habituels.

Entre ces deux approches, une question essentielle se pose : que dit la science sur l'activité physique pendant le jeûne ? Les recommandations diffèrent-elles entre les personnes en bonne santé et les malades, en particulier ceux qui prennent des médicaments chroniques ?

Le sport pendant Ramadan : conditionné mais pas interdit

D'un point de vue physiologique, le corps passe par des phases métaboliques progressives pendant le jeûne. Après quelques heures de privation de nourriture, les réserves de glucose dans le sang diminuent, puis le corps s'appuie sur le glycogène stocké dans le foie et les muscles, avant de commencer progressivement à utiliser les graisses comme source d'énergie.

Ces transformations sont naturelles, mais elles s'accompagnent d'une diminution progressive des fluides, ce qui peut limiter la capacité à supporter l'effort physique, surtout par temps chaud.

Des revues scientifiques publiées dans des bases de données comme PubMed indiquent que le jeûne n'entraîne pas nécessairement une dégradation générale des performances physiques, surtout dans les exercices d'intensité modérée, bien qu'il puisse influencer certains composants de performance maximum tels que la vitesse élevée ou l'endurance extrême à des heures avancées de la journée.

De plus, certaines études ont montré que maintenir une activité physique modérée pendant Ramadan est lié à une amélioration des indicateurs de composition corporelle, à un contrôle du poids et à certains indicateurs métaboliques.

En revanche, des études comportementales ont observé une diminution générale des taux d'activité quotidienne chez les jeûneurs par rapport aux non-jeûneurs, ce qui indique que le véritable défi n'est pas la dangerosité du sport en soi, mais plutôt la tendance à être inactif durant ce mois.

Les avantages potentiels : améliorer le métabolisme et la santé mentale

Des études cliniques menées pendant Ramadan dans différents pays indiquent qu'une activité physique modérée et organisée pourrait contribuer à :

Améliorer la sensibilité à l'insuline et réguler la glycémie chez certaines catégories.

 Réduire le pourcentage de graisse corporelle et améliorer certains indicateurs lipidiques dans le sang.

 Soutenir la santé mentale et réduire le stress grâce à la sécrétion d'endorphines.

Des expériences sur des groupes en surpoids ont montré que l'intégration d'une activité physique organisée durant Ramadan peut favoriser la perte de graisse sans affecter négativement la masse musculaire, à condition que l'exercice soit modéré et accompagné d'une alimentation adéquate après le ftour.

Cependant, ces résultats positifs demeurent liés à des facteurs cruciaux tels que l'intensité de l'exercice, son timing et l'état de santé de l'individu. De plus, cela représente une zone à haute sensibilité pour les patients qui prennent des médicaments ; ici, la discussion devient plus délicate. En effet, le jeûne n'affecte pas seulement l'énergie et les fluides, mais il peut également modifier la dynamique des médicaments dans le corps, en ce qui concerne l'absorption, la distribution et la durée de l'effet.

Les patients diabétiques qui prennent des médicaments hypoglycémiants sont les plus exposés aux complications lors de la pratique d'une activité physique pendant les heures de jeûne, car l'activité physique augmente la consommation de glucose par les muscles, et en l'absence d'apport alimentaire, cela peut entraîner une chute brusque de la glycémie. Des études cliniques de Ramadan ont documenté une augmentation du taux de crises hypoglycémiques chez certains patients dont les doses médicamenteuses n'avaient pas été ajustées correctement.

Quant aux patients souffrant d'hypertension ou de maladies cardiaques qui prennent des diurétiques ou des médicaments antihypertenseurs, ils peuvent être sujets à une hypotension ou à la déshydratation si le jeûne est associé à une activité physique intense. La perte de fluides par la transpiration, combinée aux effets des médicaments, peut entraîner des vertiges ou des évanouissements, surtout en fin de journée.

Même les patients qui prennent des médicaments qui n'affectent pas directement la glycémie ou les fluides, comme certains médicaments pour la thyroïde ou pour des troubles psychiatriques, peuvent voir leur réponse affectée en raison du changement dans le rythme de sommeil et les horaires de dosage, ce qui impacte leur capacité à endurer l'effort physique.

Les patients non traités : risque de sous-estimation

Une autre catégorie souvent oubliée dans le débat est celle des patients souffrant de maladies chroniques légères ou dans des phases précoces, qui ne prennent pas de médicaments.

Dans le cas d'un patient diabétique contrôlé uniquement par un régime, ou d'une personne souffrant d'hypertension légère non traitée, l'activité physique peut sembler totalement sûre, mais un jeûne prolongé avec un manque de fluides et des perturbations du sommeil peut révéler des déséquilibres cachés dans la glycémie ou la pression artérielle. Ainsi, il ne faut pas présumer d'une sécurité absolue simplement en raison de l'absence de médicament.

Timing et intensité de l'exercice : que recommandent les preuves ?

Les littératures médicales s'accordent à dire que les meilleurs moments pour pratiquer une activité physique pendant Ramadan sont :

Environ une heure avant le ftour, en s'engageant dans des exercices légers à modérés.

Ou deux à trois heures après le ftour, après avoir restauré les fluides et l'énergie.

Quant aux exercices de haute intensité ou de longue durée pendant les heures de jeûne, ils sont associés à un risque accru de déshydratation, de troubles de la pression ou de la glycémie, spécialement chez les populations malades.

La décision médicale est individuelle... et non collective

En conclusion, comme le confirment les études cliniques et les expériences de médecine sportive, le jeûne n'interdit pas l'activité physique mais impose de la réorganiser. Le bénéfice est possible, mais les risques sont réels, en particulier chez les patients. Ainsi, la décision demeure résolument individuelle.

Le médecin traitant est l'entité qualifiée pour évaluer le degré de risque, ajuster les doses de médicaments si nécessaire, et déterminer le type d'exercice, son intensité et son timing. L'équation pendant Ramadan n'est pas entre le sport et le jeûne, mais entre l'enthousiasme et la connaissance.

En fin de compte, maintenir la santé fait partie des objectifs du culte, et la modération est la règle d'or où se rejoignent science et expérience.

Source : الجزيرة