Les SDF recrutent-elles des filles ? L'histoire d'« Evin » remet la question sur le devant de la scène
SadaNews - Alors que l'armée syrienne progresse dans des zones auparavant sous le contrôle des forces « SDF », la question du recrutement des mineurs par enlèvement ou par appât du gain dans les zones des SDF refait surface, une pratique qui a suscité un large débat au cours des dernières années.
L'histoire d'Evin
Le correspondant de « Syrie Now », Maher Younes, a rencontré la mineure « Evin », qui a été l'une des victimes de ce recrutement forcé.
Sa mère déclare :
"Ils ont pris ma fille mineure de 12 ans, née en 2012. Nous n'avons laissé aucune instance sans nous adresser à elle, des chefs de tribus, à l'administration des femmes, aux droits de l'enfant... C'est une enfant orpheline, son père est décédé, elle a tenté plusieurs fois de s'immoler par le feu par désespoir, et on lui disait : Si tu t'infliges du mal, nous ne te ramènerons pas".
La mère ajoute qu'ils ont pris sa fille, "et elle a disparu pendant 5 ou 6 mois avant que Dieu ne nous fasse la grâce de son retour il y a quelques jours".
Evin raconte comment elle a été enlevée : "J'allais acheter des provisions pour ma mère au magasin, quand des éléments des SDF m'ont arrêtée et m'ont dit : viens avec nous. Ils m'ont menacée et emmenée. Ils ont écrit mon nom et mes données, et quand ils ont su mon âge, ils m'ont immédiatement transférée à Hassaké pour que mes parents n'entendent rien de moi."
Elle ajoute : "Je leur ai demandé de me ramener à ma famille, mais ils ont refusé, et m'ont dit : tu dois oublier tes parents, et nous allons t'apprendre à porter les armes pour te battre aux côtés du commandant. Après cela, ils m'ont placée dans un camp d'entraînement avec des filles de mon âge et plus jeunes, qui étaient attirées par des discours sur la beauté du lieu, et il était strictement interdit de mentionner les familles".
Des méthodes diversifiées de recrutement… des "camps de formation" aux enlèvements directs
L'histoire d'Evin met en lumière la réalité de dizaines de filles et de garçons, dont certains n'ont pas dépassé 12 ans, qui quittent brusquement leurs écoles et leurs maisons, disparaissent pendant des semaines ou des mois, puis apparaissent en uniforme militaire armés dans les rangs des SDF, ou leurs familles reçoivent des nouvelles de leur mort lors de combats qu'ils n'ont pas choisis, mais qui leur ont été imposés par la force.
Des organisations de droits humains, locales et internationales, ont documenté ces violations, et ont parlé de recrutement forcé d'enfants sans le consentement de leurs familles, ce qui constitue une grave violation du droit international humanitaire et des conventions sur la protection de l'enfant.
Selon l'organisation « Syrie pour la vérité et la justice », certains enfants sont attirés à participer à des formations dans des domaines comme les médias et la photographie au sein des locaux des SDF, puis ne retournent pas chez eux après ces formations, pour que leurs familles découvrent plus tard qu'ils ont été affectés à des camps d'entraînement militaire.
Dans d'autres cas documentés par la « Réseau syrien des droits de l'homme », les SDF utilisent des appâts matériels et moraux, tels que de l'argent ou des vêtements neufs, pour tromper les enfants et les attirer vers les rangs des forces militaires, exploitant ainsi leur pauvreté et leur privation d'éducation organisée, notamment dans les camps de déplacés.
Cependant, la méthode la plus brutale consiste en l'enlèvement direct, où des unités formées et spécialisées se rendent dans les rues ou les quartiers durant les moments où la surveillance des parents fait défaut, et les parents se retrouvent soudainement confrontés à une disparition totale de leurs enfants sans capacité de suivi ou de responsabilité.
Les camps de déplacés… un terreau fertile pour cibler les mineurs
Les camps de déplacés représentent un environnement extrêmement fragile, car des entités liées aux SDF, dont le « Mouvement de la jeunesse révolutionnaire », profitent de l'absence d'éducation organisée et de la faiblesse de la protection pour recruter des garçons et des filles dans des camps d'entraînement, souvent sans que leurs familles ne soient informées, qui ne reçoivent par la suite que des photos de leurs enfants en uniforme militaire ou des nouvelles succinctes sur leur sort.
Des rapports sur les droits de l'homme documentent également que les SDF menacent certains parents pour les empêcher de s'adresser aux organisations des Nations Unies ou aux organisations de droits, et les privent de la possibilité de visiter leurs enfants ou de connaître les lieux où ils sont détenus, ce qui laisse les familles dans un état d'anxiété permanente et de silence forcé.
Droit international… des textes clairs et des violations continues
Le droit international se positionne clairement contre le recrutement des enfants et leur utilisation dans des actions de combat, considérant cela comme une violation grave du droit international humanitaire et des droits de l'homme. Les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels interdisent le recrutement ou l'implication de toute personne de moins de 15 ans dans un conflit armé, et ce comportement est classé comme un crime de guerre selon le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Malgré la clarté de ces textes et la récurrence des rapports sur les droits de l’homme et les rapports internationaux, le phénomène du recrutement des enfants dans les zones contrôlées par les SDF n’a pas cessé, et les Nations Unies ont documenté sa persistance à des taux élevés ces dernières années.
Engagements sur papier… et violations documentées par les chiffres
En 2014, les SDF (via des unités qui leur sont liées) ont signé avec l'organisation « Appel de Genève » un engagement interdisant l'utilisation des enfants dans les guerres. Puis, en 2019, ils ont signé avec les Nations Unies un plan d'action dans lequel ils se sont engagés à prendre des mesures concrètes dans un cadre temporel déterminé visant à mettre fin au recrutement d'enfants et à leur utilisation militaire.
En août 2020, les SDF ont annoncé la création d'un "Bureau de protection de l'enfant dans les conflits armés" dans les zones qu'ils contrôlent, une étape présentée à l'époque comme un signe de réponse aux pressions internationales et d'amélioration des mécanismes de protection.
Cependant, les rapports annuels des Nations Unies ont documenté la continuation du recrutement d'enfants dans les zones des SDF à des taux élevés, variant -selon les cas vérifiés- entre 130 et 285 cas par an entre 2019 et 2023, tandis que l'année 2022 a connu une aggravation notable avec 637 cas documentés de recrutement d'enfants.
Cela a coïncidé avec des indicateurs d'un refroidissement de l'engagement envers les mesures de protection, notamment la fermeture d'un des bureaux de protection de l'enfant à la fin de l'année 2022, ce qui a soulevé des doutes supplémentaires sur la sincérité des SDF à suivre la mise en œuvre du plan d'action sur le terrain et pas seulement dans les documents et les déclarations.
Bureaux qui ne changent pas la réalité… et les questions ouvertes restent sans réponse
Les parents des enfants recrutés déclarent que les bureaux qui ont été annoncés pour protéger l'enfant n'ont guère changé leur réalité, et que leurs plaintes répétées n'ont pas été suivies de réponses claires ou d'actions concrètes en vue de récupérer leurs enfants ou même de révéler leur situation légale et humanitaire.
Source : Al-Jazeera
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