
Dossier de Soueida entre la garde nationale, le corridor humanitaire et les accords de Damas – Tel Aviv
Les cartes militaires, politiques et humanitaires se chevauchent de manière complexe à Soueida, faisant de la région un terrain d'essai pour les équilibres d'influence. L'épreuve militaire a commencé lors de la bataille de juillet 2025 avec des affrontements entre tribus, forces de sécurité et Druzes dans la province, entraînant d'énormes pertes humaines et matérielles ainsi qu'un siège de la ville, particulièrement depuis le passage nord et nord-ouest près de Tal Hdid surplombant les localités de Thala, Sma Hounidat, Arra et Kumm jusqu'à Kanakir. Les factions druzes locales, les tribus, la nouvelle autorité centrale à Damas, et même les puissances régionales qui considèrent le sud comme une zone d'influence ouverte, aspirent toutes à contrôler le sud syrien dans son ensemble, étant donné qu'il s'agit d'une région riche et stratégique. Cependant, cette réalité enflammée a engendré de nouveaux développements qui ont pris des tournures militaires plus violentes vers la sécession. Le siège de la présidence spirituelle à Soueida a accueilli un large rassemblement du mouvement "Homme de la dignité", la plus grande faction militaire druze, dirigée par le cheikh Abou Dhiab Mazid Khadja, dans un effort pour unifier les rangs au sein de la province de Soueida, bastion de la communauté druze, et renforcer la protection confessionnelle, notamment après l'annonce du soutien du cheikh Hikmat Al-Hijri à la garde nationale et au comité juridique qui l'accompagne. Cette déclaration a été suivie par un discours d'engagement envers l'aile militaire druze et son rôle dans la protection du territoire et de la dignité, portant des dimensions religieuses et confessionnelles, dans lequel AL-Hijri a appelé "les pays libres et les peuples libres" et la communauté internationale à soutenir les Druzes et leur droit à l'autodétermination et la sécession dans une région qui garantisse la sécurité de la communauté et les unisse, tout en exposant le rôle humanitaire de la garde et le soutien d'Israël et des Druzes de l'intérieur de la Palestine comme principaux soutiens de la communauté face aux défis régionaux.
Naissance d'une nouvelle force militaire
Le changement le plus significatif dans les derniers jours s'est manifesté par l'annonce de la formation de la garde nationale à Soueida le 23 août 2025. Cette formation n'est pas survenue par hasard, mais après des années de division féodale et d'opinions divergentes concernant l'action militaire à Soueida. Environ 15 groupes armés druzes ont été intégrés dans un cadre militaire unifié, suivant spirituellement l'autorité religieuse représentée par le cheikh Hikmat Al-Hijri, ce qui a conféré à la formation une légitimité spirituelle et sociale sans précédent dans la province. La garde nationale n'est pas une copie des factions précédentes, mais une tentative de créer une force organisée ayant son identité politique et militaire. Des brigades et bataillons précédents tels que la Brigade de la Montagne, qui s’est déclarée dissoute et intégrée dans la garde, se sont intégrés sous lui. Même les hommes de la dignité, connus pour leur indépendance et leurs slogans rejetant la tutelle, ont dû adopter un discours soutenant la garde en tant que garantie unique de protection de la communauté druze dans le contexte de l'effondrement sécuritaire et de la baisse de la capacité de l'État central à imposer sa présence.
Ainsi, la garde nationale est devenue ce qui ressemble à "l'institution militaire druze", surtout qu'elle repose sur un discours d'identité et d'auto-protection, essayant de dépasser les divisions internes et de s'ouvrir à un rôle politique plus large. Cependant, la problématique de cette formation demeure : sera-t-elle simplement une version modifiée des factions précédentes, ou est-elle le début d'une armée locale organisée qui pourrait négocier en son nom avec Damas et les puissances internationales ?
Les événements de juillet 2025 ont poussé ces entités à deux options : continuer la fragmentation, ce qui signifierait un effondrement de la sécurité publique, ou se rassembler sous une seule bannière ; c'est ici que la garde nationale a émergé comme une force regroupant environ 4 à 5 000 combattants, se présentant comme le gardien de l'identité de la montagne. Cette entité ressemble à une entité hybride, portant une légitimité sociale et un discours identitaire défensif, mais elle pourrait faire face à des faiblesses en matière de financement et de doctrine militaire. La création de la garde nationale s'est faite dans un climat de rupture presque totale avec Damas, en perspective d'une ouverture à la coordination sécuritaire avec le voisinage (Amman et Tel Aviv), ce qui l’a placé dans une position régionale sensible. Des dizaines de formations locales ont signé son déclaration, qui ont vu dans la combinaison entre la couverture militaire et la légitimité religieuse un pas vers l'officialisation ; comme les forces du cheikh de la dignité, les forces d'Al-Alya, les forces locales, les forces de la montagne Pile et les conquérants. Cependant, ce format soulève la suspicion de dépendance à des axes régionaux qui pourraient reproduire l'expérience de l'"Armée de Lahd", surtout avec l’intérêt d’Israël pour la stabilité de la montagne en tant que zone tampon, et la perception de la Jordanie de cela comme condition pour sa sécurité frontalière.
L'humanitaire et la politique
Parallèlement à ces développements militaires, la discussion répétée sur l’ouverture d’un corridor humanitaire depuis le Golan occupé vers Soueida pour acheminer une aide d'urgence aux populations assiégées en raison des crises économiques et sécuritaires est apparue. L'idée, proposée par des cercles américains et israéliens, a trouvé un écho auprès de certains milieux locaux, notamment avec la pénurie de matières essentielles et le recul des canaux d'approvisionnement à travers Damas. Cependant, cette proposition s'est rapidement heurtée à l'inquiétude syrienne, que ce soit dans la rue ou au niveau de la direction, Damas considérant que l'ouverture du corridor via les territoires contrôlés par Israël signifie une normalisation inacceptable et une violation directe de sa souveraineté. D'autre part, beaucoup d'habitants de Soueida voient le couloir d’un point de vue pragmatique : la priorité aujourd’hui est-elle pour la symbolique de la souveraineté ou pour sauver la communauté de la faim et de l'effondrement ? Cette contradiction reflète l'ampleur de l'impasse humanitaire - politique à laquelle fait face le sud. En arrière-plan, il est impossible de dissocier ce dossier du processus de négociation en cours entre Damas et Tel Aviv, où Israël utilise la question du corridor humanitaire comme levier pour imposer de nouvelles réalités sur le terrain, tandis que Damas affirme que toute acceptation du corridor doit nécessairement faire partie d'un accord global sous l'égide internationale.
Accords pour redéfinir le paysage
Au niveau diplomatique, Paris assiste depuis août 2025 à des rencontres sans précédent entre le ministre des Affaires étrangères syrien Asaad Al-Shibani et des représentants israéliens, dont Ron Dermer, sous médiation américaine et européenne. L’essence de ces rencontres tourne autour d’un accord sécuritaire - politique visant à réactiver les lignes de l'accord de séparation de 1974 sur le front du Golan, et à imposer de strictes restrictions sur l'introduction d'armes iraniennes ou de la position du Hezbollah dans le sud syrien.
Israël cherche à travers ces ententes à construire une zone tampon stable à ses frontières, tandis que Damas espère que tout accord pourrait ouvrir la porte à des projets de reconstruction financés par les pays du Golfe et l’Europe. Cependant, le principal obstacle demeure le point concernant le rôle iranien : Damas est contrainte de trouver un équilibre entre son besoin de soutien financier et politique du Golfe et de l'Occident, et ses liens militaires avec Téhéran qui ont été pendant des décennies le sang qui soutenait le régime Assad. Les discussions incluent également une "mécanique humanitaire spéciale" pour Soueida, qui est directement liée au dossier du corridor depuis le Golan. Israël exerce des pressions pour en faire un couloir humanitaire officiel sous l’autorité des Nations Unies, tandis que Damas insiste sur le fait que tout corridor doit nécessairement provenir de ses territoires internes.
Cette tension reflète le fait que le dossier de Soueida n'est plus local, mais fait désormais partie de la table des négociations régionales. Le nouvel accord est présenté comme un pas visant à rétablir l'équilibre en Syrie après de longues années de guerre confessionnelle, en réduisant les sources de menace aux frontières nord et en écartant Damas de l'influence iranienne directe. En ce qui concerne Israël, ces dispositions sont vues comme un gain sécuritaire stratégique, malgré les risques latents qui demeurent.
L'accord contient plusieurs stipulations, la plus notable étant l'interdiction à Ankara de jouer un rôle dans la reconstruction de l'institution militaire syrienne, un point qu'Israël considère fondamental pour protéger sa sécurité nationale. L'accord insiste également sur l'interdiction d'introduction d'armes stratégiques à l'intérieur de la Syrie, y compris des systèmes de missiles et des défenses aériennes, pour assurer la continuité de la supériorité aérienne israélienne et sa liberté de mouvement dans l'espace aérien de la région.
Parmi les points les plus sensibles de l'accord figure la question de l'ouverture d'un corridor humanitaire vers le Golan dans Soueida, dans le contexte des situations tendues rencontrées par la communauté druze, et du besoin constant de garantir l'accès à l'aide humanitaire. L'accord comprend également des arrangements pour le désarmement s'étendant du Golan syrien jusqu'à Soueida, visant à neutraliser toute menace potentielle des groupes armés aux frontières d'Israël. Les clauses de l'accord parlent d'un plan de reconstruction de la Syrie avec un soutien américain et un financement du Golfe, dans le cadre d'un effort plus large pour stabiliser la situation et affaiblir la présence iranienne dans le paysage syrien. Cependant, le plateau du Golan reste un point de friction majeur, représentant depuis son occupation en 1967 un dossier ouvert pour le conflit syrien - israélien, et les nouvelles autorités syriennes ne se sont pas encore prononcées clairement sur ce qui est divulgué par les médias israéliens concernant ces entendements.
Le sud et le conflit des frontières
Le sud syrien, qui englobe la région s'étendant de la banlieue ouest et sud de Damas, Deraa, Quneitra et Soueida, n'est pas de simples terrains, mais des gouvernorats qui déterminent qui détient le pouvoir dans la sécurité et la stabilité en Syrie dans l'ère post-Assad. Contrôler l'un d'eux signifie contrôler les équations de dissuasion et les canaux de communication entre Damas et Tel Aviv ; et la discussion devient alors sur la manière de gérer ces zones et qui est responsable de la sécurité et quelles conditions sont imposées. Israël semble s'incruster et s'implanter profondément dans cette région après avoir réalisé plusieurs incursions dans les villages de Beit Jinn à la périphérie de Damas et dans les villages des gouvernorats de Quneitra et Deraa, consolidant des points militaires pour tracer de nouvelles limites de zones tampons. Dans ce contexte, la garde nationale devient un nouvel acteur tentant d'imposer sa présence dans ces équations. Quant au corridor humanitaire, il n'est qu'un outil de négociation qui pourrait reformuler la relation entre la Syrie et Israël. En fin de compte, les accords restent en cours de formation, soumis aux équilibres de pouvoir pour répondre à une question importante consistant à savoir si les négociations autour du destin du sud se transformeront en une zone de stabilité négociée, ou resteront un terrain de conflit ouvert entre des projets contradictoires.
Le sud syrien se tient aujourd'hui, alors qu'au niveau militaire, la garde nationale naît comme une institution locale portée par l'ambition de protéger la communauté druze, et, au niveau humanitaire, face à un corridor depuis le Golan qui pourrait alléger la souffrance, mais soulève d'importants problèmes de souveraineté ; Damas tente de sortir des négociations Damas - Tel Aviv avec une sécurité qui dessine les contours d'une nouvelle phase susceptibles de changer les règles du jeu régional. Dans ce sens, le climat tendu qui pèse sur Soueida depuis juillet n'est, au plus, qu'un reflet symbolique d'une bataille plus vaste autour de l'identité du sud syrien et sa perte entre des concepts et des principes de souveraineté, de nationalité, de trahison et de désir de sécession.

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