La justice française condamne la société "Lafarge" pour financement de l'organisation État islamique en Syrie
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La justice française condamne la société "Lafarge" pour financement de l'organisation État islamique en Syrie

SadaNews - Une cour française a condamné hier, lundi, la société de ciment française (Lafarge) pour avoir payé de l'argent à l'organisation État islamique et à d'autres "groupes jihadistes" pour garantir le fonctionnement de son usine en Syrie.

La cour a conclu que l'entreprise, acquise par le groupe suisse "Holcim", avait versé des millions de dollars entre 2013 et 2014 via sa filiale "Lafarge Cement Syria" à des groupes jihadistes et à des intermédiaires pour protéger l'usine de ciment à Jlalbiyeh, au nord de la Syrie.

La présidente de la cour, la juge Isabelle Prévost-Deprey, a déclaré : "Cette méthode de financement des organisations terroristes, en particulier de l'organisation État islamique, a été fondamentale pour permettre à l'organisation terroriste de contrôler les ressources naturelles en Syrie, ce qui lui a permis de financer des actions terroristes dans la région et celles prévues à l'étranger, notamment en Europe".

Lafarge a déclaré dans un communiqué qu'elle "prend acte de la décision de la cour concernant des événements survenus il y a plus de 10 ans, en violation flagrante des règles de conduite de l'entreprise", ajoutant qu'elle "étudie actuellement le raisonnement sur lequel la cour s'est fondée".

Liste des accusés

En plus de "Lafarge", la liste des accusés comprend l'ancien PDG de l'entreprise Bruno Lafont, cinq anciens responsables des départements opérationnels ou de sécurité, et deux intermédiaires syriens, dont l'un n'était pas présent aux audiences, qui sont accusés de "financement du terrorisme" et de violation des sanctions internationales.

Lafont a été condamné à six ans de prison ferme pour avoir financé le "terrorisme", et la cour a ordonné l'exécution immédiate de la peine. De même, l'ancien directeur général Christian Haro a été condamné à cinq ans de prison.

La cour a également infligé à l'entreprise l'amende maximale de 1,125 million d'euros, et l'a condamnée à payer une amende douanière de 4,57 millions d'euros, avec quatre de ses anciens responsables, pour non-respect des sanctions financières internationales, qui est l'une des charges dans l'affaire.

Ce jugement est intervenu après que Lafarge a avoué en 2022 aux États-Unis avoir fourni un soutien matériel à des organisations classées "terroristes" par Washington, acceptant de payer une amende de 778 millions de dollars, une accusation sans précédent pour toute entreprise.

Incitation au profit

Lafarge a terminé la construction de l'usine de Jlalbiyeh, coûtant 680 millions de dollars, en 2010, avant le déclenchement de la guerre syrienne l'année suivante, après la répression violente par le régime du président déchu Bachar al-Assad des manifestations anti-gouvernementales à l'époque.

Des membres de l'organisation État islamique ont pris le contrôle de vastes parties de la Syrie et de l'Irak voisin en 2014 où ils ont déclaré la création d'une "califat".

Alors que de nombreuses entreprises multinationales ont quitté la Syrie en 2012, Lafarge s'est contenté d'évacuer ses employés étrangers, gardant des Syriens jusqu'en septembre 2014, lorsque les membres de l'État islamique ont pris le contrôle de l'usine.

"Lafarge Cement Syria" a été accusée d'avoir versé de l'argent en 2013 et 2014 à des intermédiaires pour obtenir les matières premières nécessaires pour faire fonctionner l'usine de l'organisation État islamique et d'autres groupes, et pour assurer la libre circulation des camions de l'entreprise et de ses employés.

Le bureau du procureur national français de lutte contre le terrorisme a déclaré lors de ses plaidoiries finales, en décembre dernier, que Lafarge était coupable de financer des organisations "terroristes" avec "un objectif unique: le profit". Les procureurs ont affirmé que l'ancien président de l'entreprise "avait donné des instructions claires" pour maintenir l'usine en activité, une décision qu'ils ont qualifiée de "choquante".

Au cours du procès, Christian Haro a déclaré que la décision de maintenir l'usine ouverte avait été prise par souci pour les employés locaux, ajoutant : "Nous aurions pu nous dérober de la responsabilité et nous retirer, mais que serait-il arrivé aux employés de l'usine ?".

Selon le bureau du procureur national français de lutte contre le terrorisme, les paiements aux groupes classés "organisations terroristes" se sont élevés à environ 5,5 millions de dollars.

En 2017, une enquête a été ouverte en France suite à plusieurs rapports médiatiques et deux plaintes déposées en 2016, l'une par le ministère des Finances concernant une violation présumée d'une sanction économique, et l'autre par des groupes non gouvernementaux et 11 anciens employés de Lafarge concernant le "financement du terrorisme".

Dans une affaire soumise aux États-Unis, le ministère de la Justice a déclaré que "Lafarge" avait cherché à obtenir de l'aide de l'État islamique pour écarter ses concurrents, en appliquant un "accord de partage des revenus" effectif avec eux.

Source : l'AFP