Des envois militaires vers le Caucase... L'Amérique encerclera-t-elle le front nord de l'Iran ?
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Des envois militaires vers le Caucase... L'Amérique encerclera-t-elle le front nord de l'Iran ?

SadaNews - Avec l'intensification des tensions régionales liées à l'Iran, des questions ont émergé quant à savoir si les États-Unis préparent un encerclement militaire de l'Iran depuis son flanc nord, tirant parti des transformations géopolitiques dans la région du Caucase.

Ces questionnements sont basés sur des données sur le mouvement aérien qui ont révélé une activité militaire américaine inhabituelle en Arménie et en Azerbaïdjan au cours des dernières semaines.

Que disent réellement ces données ? Révèlent-elles un déploiement militaire préparant une attaque potentielle, ou s'agit-il d'un repositionnement logistique calculé sans engagement direct ?

Suivi des mouvements militaires américains via les données aéronautiques

Des données de suivi fournies par la plateforme "Flight Radar 24" montrent que l'aviation américaine a réalisé environ 35 vols de transport militaire vers l'Arménie et l'Azerbaïdjan sur une période relativement courte, affichant un rythme d'activité croissant.

Selon une analyse de la chaîne Al Jazeera, ces vols ont commencé le 30 janvier 2026 à un rythme limité, et se sont poursuivis jusqu'au 5 février, avant d'accélérer significativement à partir du 6 février, atteignant un pic les 10 et 11, avec 6 vols par jour, totalisant 12 vols sur deux jours.

Concentration géographique vers l'Arménie et l'Azerbaïdjan

Concernant la répartition des destinations, l'Arménie se classe en tête avec 20 vols de transport militaire, contre 15 vers l'Azerbaïdjan. Cette variation relative attire l'attention, mais ne constitue pas à elle seule une preuve d'intention offensive, autant qu'elle reflète un choix géographique d'une région servant de profondeur logistique éloignée des zones de friction directe.

Les deux pays se trouvent à la frontière nord de l'Iran et font partie d'un espace caucase sensible, qui connaît depuis plusieurs années une rivalité entre l'influence russe et occidentale.

D'où ont décollé les vols ?

Les données montrent que plus de la moitié des vols ont décollé de la base aérienne de Ramstein en Allemagne, la plus grande base aérienne militaire américaine en Europe, et un centre principal pour la redistribution des troupes et de l'équipement en période de montée des tensions.

La majorité des vols ont été effectués à l'aide d'avions de transport militaire lourds de type "Globemaster C-17", spécialement conçus pour le transport d'équipements et de fournitures militaires, avec une capacité de charge maximale d'environ 78 tonnes.

En revanche, seulement 4 vols ont été enregistrés utilisant 3 avions de type Lockheed Martin (MC-130J Commando II), ces avions étant liés au soutien des opérations des forces spéciales.

Cette disparité indique que l'activité aérienne est principalement axée sur l'approvisionnement et la préparation logistique bien au-delà du simple transfert d'unités d'opérations spéciales ou de forces combattantes en grand nombre.

Le timing... Coïncidence ou coordination ?

Cette activité aérienne coïncide avec la visite du vice-président américain JD Vance en Azerbaïdjan, et précédemment en Arménie, au cours des deux derniers jours, où les visites ont inclus la signature d'accords économiques et de sécurité avec les États-Unis.

Cette activité survient également à un moment où l'escalade politique entre Washington et Téhéran s'intensifie, caractérisée par un discours plus dur, une augmentation des mouvements militaires non directs, et un élargissement des cercles de pression régionale.

Ce timing suggère un parcours politique parallèle aux mouvements aériens, mais ne fournit pas de preuve concluante d'un lien direct entre les envois militaires et des objectifs d'attaque spécifiques.

Le projet de corridor Trump

Parallèlement aux mouvements aériens, le projet régional du corridor de transport connu sous le nom de TRIPP émerge dans le débat, parfois décrit comme la version redynamisée du corridor "Zangezur".

Ce projet est, dans certaines analyses, présenté comme un outil de pression géoéconomique sur l'Iran, puisque cela pourrait réduire son rôle en tant que corridor terrestre reliant la Russie et l'Europe via l'Arménie, et couper l'une des routes de communication terrestres traditionnelles sur lesquelles Téhéran s'est appuyé pendant des décennies.

Conclusion... Encerclement militaire ou gestion de l'escalade ?

Les données de suivi aérien ne fournissent, jusqu'à présent, aucune preuve d'un déploiement militaire américain préparatoire pour encercler l'Iran du flanc nord.

Cependant, elles révèlent en revanche un modèle différent de gestion de l'influence et de la pression, reposant sur un repositionnement aérien indirect et la construction d'une infrastructure logistique flexible dans la profondeur caucasienne.

Tandis que les projets de corridors économiques demeurent une partie des outils de pression géopolitique potentielle, les données prouvent en réalité que Washington s'appuie sur ce que l'on pourrait qualifier de "logistique silencieuse" comme moyen de renforcer sa préparation et ses manœuvres, avec toutes les scénarios restants possibles face aux mouvements américains contre l'Iran en cas d'échec des négociations en cours.