Après avoir franchi le cap des 3,00.. Pourquoi la montée du shekel constitue-t-elle une menace pour l'économie israélienne ?
Économie locale

Après avoir franchi le cap des 3,00.. Pourquoi la montée du shekel constitue-t-elle une menace pour l'économie israélienne ?

Traduction Économie Sada: Le système monétaire israélien a connu ces dernières semaines une transformation radicale qui dépasse les fluctuations habituelles. Alors que le dollar américain montre une faiblesse mondiale et recule par rapport à la plupart des principales monnaies du monde, le shekel israélien non seulement suit cette tendance, mais la conduit avec une force qui dépasse de loin celle des autres devises.

La valeur des principales monnaies du monde a augmenté d'environ 2 % en moyenne par rapport au dollar au cours de ce mois seulement. Le shekel a bondi à un rythme double de cela, et pour la première fois depuis 31 ans, son taux de change est tombé en dessous de trois shekels pour un dollar. Au cours de l'année dernière, le dollar a chuté de manière impressionnante de 18,83 % par rapport au shekel, passant de 3,691 à 2,996.

Dans un rapport analytique publié par le Times of Israel et traduit par Économie Sada, il y a différentes raisons à cette hausse : une combinaison de la baisse marquée de la prime de risque pour Israël face aux développements régionaux, y compris le cessez-le-feu avec l'Iran et le Liban ; des flux de capitaux importants résultant des succès technologiques et sécuritaires ; des différentiels de taux d'intérêt qui restent élevés ; et les gains à la bourse de New York, qui influencent également la monnaie locale.

Tous ces facteurs ont rendu le shekel particulièrement fort. Cependant, ce qui pourrait être perçu comme une distinction honorifique pour l'économie israélienne se transforme rapidement en un lourd fardeau sur ses moteurs de croissance.

La montée excessive de la valeur du shekel représente une bombe à retardement pour les exportateurs et les entreprises de haute technologie, car ces entreprises vendent leurs services et produits en dollars, mais paient les salaires et les frais d'exploitation en shekels. Lorsque le dollar s'affaiblit, les exportateurs obtiennent moins de shekels pour le même produit, mais doivent néanmoins payer les mêmes frais en shekels.

La montée en valeur du shekel réduit les marges bénéficiaires. Lorsque le shekel augmente de 5 % en l'espace de deux semaines, cela signifie une forte baisse des revenus en shekels. Parfois, même une petite différence en pourcentages peut faire la différence entre une entreprise rentable et une entreprise déficitaire. Cela constitue une menace stratégique pour la compétitivité de l'économie.

Le Times of Israel s'interroge dans son rapport : "Cette réalité soulève une question évidente : pourquoi aucune des institutions gouvernementales israéliennes n'intervient pour limiter la force du shekel ?".

La Banque d'Israël n'achète pas de dollars à ce stade car la montée de la valeur du shekel fait partie d'une tendance mondiale difficile à influencer. Cela n'exclut pas une intervention dans le futur, mais la banque s'abstient d'agir pour l'instant.

Ainsi, les fabricants se tournent vers le gouvernement israélien qui pourrait ne pas être en mesure d'arrêter la hausse, mais pourrait la ralentir.

Quelles sont les options disponibles alors, comme présentées par le journal dans son rapport et traduites par Économie Sada ?

La première solution, acceptée mondialement, est le fonds souverain. L'idée est simple : retirer des dollars de l'économie. Au lieu de faire entrer de la monnaie étrangère et d'inonder le marché, l'État investit une grande partie de celle-ci à l'étranger, ce qui réduit la pression pour que le shekel augmente.

Israël possède déjà un fonds similaire, dédié à la gestion des revenus du gaz naturel. Cependant, il se concentre sur un but spécifique et n'a pas été conçu pour gérer les changements larges actuels, donc il est douteux qu'il offre une solution pratique.

La deuxième solution est l'expansion rapide des investissements dans les infrastructures. Bien que cela puisse sembler un pas éloigné du marché des changes, le lien existe : l'augmentation des investissements dans le transport, l'énergie, la transformation numérique et les constructions publiques augmente la demande dans l'économie, y compris la demande pour les importations de matériel et de services, et donc pour les devises étrangères. En conséquence, une partie de la pression provoquant la hausse du shekel est atténuée.

Cependant, ce processus est lent, nécessite une planification et des approbations, et est coûteux. Plus important encore, il ne fournit pas une réponse immédiate au taux de change du dollar à court terme, et pourrait augmenter le déficit et la dette si ce n'est pas exécuté avec discipline financière.

La troisième solution est la plus intéressante et la plus viable : les institutions financières - fonds de pension, fonds d'épargne, fonds de formation - investissent d'énormes montants d'argent public à l'étranger, notamment dans des actions américaines libellées en dollars. Lorsque les marchés boursiers américains montent, la valeur des investissements en dollars augmente, ce qui peut parfois entraîner une surexposition aux devises étrangères par rapport à la politique en cours.

Pour équilibrer les risques, les institutions vendent des dollars et achètent des shekels. Dans un marché relativement petit comme le marché israélien, des ventes représentant des milliards de dollars exercent une pression considérable sur le taux de change. Pendant des années, il y a eu une relation étroite entre l'indice S&P 500 et la force du shekel : lorsque l'indice monte, le shekel monte, et lorsque l'indice descend, les institutions doivent acheter des dollars, ce qui affaiblit le shekel.

Les fabricants ont suggéré une solution innovante : exécuter des opérations de couverture pour les institutions à travers des transactions de gré à gré avec la Banque d'Israël. Ainsi, au lieu que les institutions vendent des dollars sur le marché libre chaque fois que les prix à Wall Street augmentent, la banque centrale achèterait directement les dollars auprès d'elles. Cette étape pourrait alléger la pression sur le shekel, mais à ce stade, il semble que la Banque d'Israël ne soit pas enthousiaste à l'idée.

En l'absence de telles mesures, les exportateurs se tournent vers le gouvernement israélien pour leur fournir de l'oxygène sous forme d'allégement réglementaire, d'aide financière et d'incitations à l'achat local.

Le Times of Israel souligne que le silence du gouvernement israélien sur ces propositions constitue un abandon des exportateurs et du secteur de la haute technologie face aux fluctuations du taux de change du shekel. Il est important de rappeler que le combat pour le shekel ne se limite pas aux salles de marché, mais constitue également un test de la capacité du gouvernement à maintenir la compétitivité fondamentale de l'ensemble de l'économie israélienne.