
Investissement ou liquidation ? 300 milliards de dollars pour reconstruire Gaza
SadaNews - À l'heure des grands effondrements, les rêves d'investissement se mêlent aux techniques d'ingénierie politique, et les projets de "développement" deviennent un miroir troublé qui reflète des comptes qui n'ont rien à voir avec la réalité sur le terrain.
C'est exactement ce qui ressort du plan révélé par le Financial Times, qui vise à transformer la bande de Gaza en un immense projet économique d'un coût dépassant 300 milliards de dollars, soutenu par des hommes d'affaires israéliens, des personnalités et des institutions occidentales, et fondé sur des hypothèses embellissantes qui négligent ce que les experts appellent le "fondement politique" de tout projet de développement réel dans un territoire assiégé et déchiré.
Le plan qui a circulé dans les médias - qui comprend la création de ports en eau profonde, d'îles touristiques, d'une zone de fabrication intelligente sous la supervision d'Elon Musk, et même l'octroi d'indemnisations financières pour inciter environ 500 000 Palestiniens à quitter la bande - a suscité une vague de rejet moral et politique.
Le professeur des sciences financières à l'Université arabe américaine, Dr. Nasr Abdel Karim, a qualifié cette initiative de: "dépourvue de légitimité, immorale, et d'une vision fragile qui ne peut même pas être acceptée par l'administration américaine elle-même."
Quel est donc le contenu de ce projet ? Quelles sont ses implications économiques et politiques ? Et l'investissement à Gaza est-il possible sans s'attaquer aux racines de la crise et à la réalité de la guerre ? Ce rapport propose une analyse complète des dimensions du plan, à la lumière d'une lecture critique fondée sur des faits sur le terrain et une vision économique réaliste.
Le plan Riviera : embellir le siège ou redessiner Gaza ?
Les détails du projet proposé semblent en surface ambitieux :
Des complexes de luxe sur la côte et des îles artificielles sous le titre "Riviera Gaza".
Un port en eau profonde reliant Gaza à un corridor économique reliant l'Inde au Moyen-Orient et à l'Europe.
Une zone de fabrication intelligente pour assembler des voitures sous la supervision de grandes entreprises américaines.
Une indemnisation financière de 9 000 dollars pour chaque Palestinien acceptant de quitter le territoire, dans le cadre d'une vision visant à accueillir la moitié de la population de Gaza à l'étranger.
Mais derrière ces projets et programmes attrayants se cache une problématique éthique criante. En effet, le plan stipule de manière indirecte l'incitation à la relocation volontaire contre de l'argent, ce que Abdel Karim a considéré comme "une tentative de nettoyage démographique enveloppée dans l'argent et l'investissement".
Il est frappant que des entités comme le Boston Consulting Group et la Tony Blair Foundation se soient empressées de démentir tout lien officiel avec le plan bien que leurs noms aient été mentionnés, affirmant que ceux qui ont été impliqués l'ont fait "à titre personnel".
"Cela confirme que c'est une initiative immorale, car tout projet réel aurait eu une signature officielle, et non des conceptions fuites et des reniements ultérieurs", selon Abdel Karim.
Gaza entre désastre et visions utopiques
Alors que certaines suggestions évoquent des projets de "développement touristique" et "la transformation de Gaza en Riviera orientale", des rapports d'institutions internationales dressent un tableau sombre montrant la profondeur de l'effondrement économique et social dans la région. En 2024, l'économie de Gaza a enregistré un effondrement historique de 83 %, selon la Banque mondiale, dans un contexte de guerre militaire dévastatrice et de siège prolongé, ce qui a conduit à un quasi-arrêt complet de l'économie.
Les pertes matérielles directes ont été estimées à environ 29,9 milliards de dollars, réparties entre les infrastructures, la santé, l'éducation et l'énergie, tandis que le taux de chômage s'élevait à 80 %, l'un des plus élevés au monde, selon des rapports des Nations Unies. Du côté de la santé, l'Organisation mondiale de la santé a annoncé des pertes dépassant 6,3 milliards de dollars, avec 772 établissements touchés.
Face à ces chiffres, Abdel Karim estime que toute discussion sur la transformation de Gaza en une destination d'investissement, sans s'attaquer aux racines politiques et humanitaires de la crise, demeure une pure illusion économique. Comme l'exprime l'activiste Abdel Karim : "Les gens de Gaza n'ont pas besoin de projets de vitrine, mais de solutions réelles qui garantissent l'électricité, l'eau, et la fin du siège." Et c'est un avis qui s'accorde avec une lecture économique qui considère que la reconstruction est d'abord conditionnée par la fin de la guerre et l'ouverture d'une perspective politique globale.
Du profit à la légitimité : les entreprises face à l'épreuve éthique
Abdel Karim souligne que les entreprises internationales ne travaillent plus seulement selon la logique du profit, mais doivent respecter des normes environnementales, sociales et de gouvernance, et ajoute : "Même les grands projets à but lucratif sont désormais tenus de répondre à des normes de responsabilité sociale et ne peuvent ignorer le droit international ou s'engager dans des opérations qui violent les droits de l'homme."
Il explique que les tentatives de certaines entreprises et hommes d'affaires israéliens de tirer profit de ces projets ne tiendront pas longtemps face à la pression de l'opinion publique internationale et des institutions juridiques.
"Ceux qui ont participé, que ce soit des entreprises ou des individus, paieront le prix, même si leurs institutions les renient par la suite," selon les déclarations d'Abdel Karim.
Le plan arabe : reconstruction selon des conditions politiques et humanitaires claires
En revanche, Abdel Karim loue un plan arabe dirigé par l'Égypte, l'Arabie Saoudite, les Émirats et la Jordanie, avec le soutien des Palestiniens et en coordination avec les Nations Unies, dont le coût est estimé à 53 milliards de dollars, et qui se déroule en deux phases :
Une aide d'urgence pour contenir la crise humanitaire.
Une reconstruction stratégique basée sur trois conditions principales :
Arrêt de la guerre israélienne.
Retrait progressif des troupes.
Levée du siège et ouverture des passages.
Le plan inclut également un élément organisationnel essentiel : une unité de référence palestinienne dans la gestion de la reconstruction, par l'intermédiaire d'un comité technocratique rendant compte à l'autorité nationale palestinienne, garantissant la transparence de l'exécution et l'unification de la voie politique.
Abdel Karim a également averti que "tout projet de reconstruction qui ne serait pas précédé d'un accord sur une référence palestinienne unifiée serait voué à l'échec et à la division".
Le développement n'est pas un substitut à la liberté
Ce que certains acteurs présentent comme un grand investissement à Gaza n'est rien d'autre qu'une vision déformée du développement, qui occulte le facteur politique et marchande les gens pour qu'ils restent sur leur terre contre une poignée de dollars. Car "le véritable investissement ne commence pas par le déplacement des populations, mais par la fin du siège, l'établissement de la paix et la capacité des gens à décider de leur sort", comme le dit Abdel Karim.
La réduction de la question palestinienne à des chiffres et des projets ne traite pas les racines du problème, mais l'approfondit.
Parler d'un investissement de 300 milliards de dollars à Gaza, sans mettre fin à la guerre et lever le siège, ne relève que d'une illusion économique enveloppée de langage commercial et promue par des intentions opportunistes. Et peu importe à quel point le plan peut sembler convaincant sur le plan formel, il manque de légitimité politique, morale et réaliste.
Comme l'a résumé Abdel Karim : "Oui, Gaza peut être reconstruite, mais pas sur les décombres de la dignité de son peuple... ni sur les dépouilles de ses victimes."
Source : Financial Times

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