La décision d'évacuer le Ministère de la Culture au profit du Ministère de la Défense suscite une controverse en Tunisie
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La décision d'évacuer le Ministère de la Culture au profit du Ministère de la Défense suscite une controverse en Tunisie

SadaNews - Des informations circulant sur l'existence d'une décision gouvernementale d'évacuer le siège du Ministère de la Culture au profit du Ministère de la Défense ont déclenché une vague de débats, en particulier au sein des milieux culturels, avec des avertissements indiquant que sa mise en œuvre pourrait menacer l'avenir d'un secteur qui souffre de marginalisation depuis des années.

Dans ce contexte, la Fédération générale de la culture, affiliée à l'Union générale tunisienne du travail, a appelé à un retour immédiat sur cette décision, exigeant qu'une alternative fonctionnelle soit fournie pour le Ministère des Affaires culturelles, garantissant ainsi la protection des droits des intervenants et des travailleurs et préservant la place du ministère et son rôle national.

La Fédération a confirmé, dans un communiqué publié vendredi, que toute décision de cette ampleur "doit être fondée sur une approche globale prenant en compte les intérêts du secteur et de tous ceux qui y sont affiliés", avertissant que le transfert du siège du ministère pourrait entraver le travail administratif et culturel, porter atteinte aux droits des intellectuels, des agents et des cadres, ainsi qu'aux services culturels publics, et représenter une extension d'un processus de marginalisation que subit le secteur depuis des années.

La Fédération a également souligné sa volonté de défendre le secteur et la dignité de ceux qui y travaillent, ainsi que le droit à une culture nationale libre et dynamique, appelant à des éclaircissements officiels pour l'opinion publique culturelle concernant les raisons de cette décision et ses conséquences potentielles.

Une grande inquiétude

Pour sa part, le syndicat indépendant des réalisateurs et producteurs a exprimé dans son communiqué sa grande inquiétude concernant la décision de transférer le siège du ministère, considérant que "le siège actuel ne se limite pas à un espace administratif, mais porte une valeur historique et culturelle incarnant l'identité de la culture tunisienne ainsi que son long parcours, et témoignant de moments clés dans l'histoire de la création artistique dans le pays.

Le syndicat a confirmé son attachement à maintenir le siège historique comme le bureau du Ministère des Affaires culturelles, le considérant comme un prolongement de la mémoire nationale et une représentation de la continuité culturelle, avertissant que "prendre une décision unilatérale sans consulter les artistes, les intellectuels et les structures professionnelles représente une réduction de l'importance de la culture et une marginalisation du rôle des arts et de la création dans le projet sociétal."

Un appel à l'aide

Sur les réseaux sociaux, un nombre d'utilisateurs a exprimé son rejet de cette décision, où la professeure universitaire Radja Ben Selama a affirmé que "l'appropriation du siège du Ministère de la Culture est une agression contre la mémoire du pays et une dévaluation de la culture."

Ben Selama a lancé un appel à l'aide, appelant à ne pas accepter cette décision et à en empêcher la mise en œuvre, estimant que "la plus importante ressource réelle de ce pays est sa culture, son histoire, sa civilisation et son patrimoine, considérant que l'application de cette décision serait "une autre tragédie parmi les tragédies que le pays a connues ces dernières années."

Quant à l'activiste Thamer Idriss, il considère que la décision d'évacuer le Ministère des Affaires culturelles de son siège historique à la Kasbah "ne représente pas simplement une mesure administrative de transfert de bureaux, mais est une agression flagrante contre la symbolique historique et la position souveraine de la culture en Tunisie", notant que "sortir le ministère du cœur du premier carré gouvernemental reflète une inquiétante tendance à marginaliser le secteur culturel et à affaiblir sa présence dans le processus décisionnel."

Idriss a souligné que le siège actuel du Ministère de la Culture "n'est pas seulement un mur, mais constitue une mémoire nationale et un monument lié à l'identité de l'État tunisien depuis l'indépendance", ajoutant que "le démantèlement de ce siège sans une vision claire ou une alternative appropriée constitue une perturbation du travail administratif et une dévalorisation des créateurs et intellectuels qui voient dans ce monument un symbole de leur existence au cœur de l'État."

Le siège du Ministère des Affaires culturelles est l'un des sites administratifs ayant une symbolique particulière en Tunisie, situé sur la place du gouvernement au cœur de la capitale, à proximité d'institutions souveraines, notamment le Ministère de la Défense.