La presse française : Les menaces de Trump d'annexer le Groenland suscitent la terreur et révèlent l'impuissance européenne
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La presse française : Les menaces de Trump d'annexer le Groenland suscitent la terreur et révèlent l'impuissance européenne

SadaNews - Une presse française n’a que rarement manqué la crise du Groenland, mais elle l’a abordée sous des angles différents tout en étant proches en même temps, commentant l’effroi européen face aux menaces de Washington et l'incapacité de l'Europe à défendre l'île et sa non-préparation à cet effet.

Dans ce rapport, nous examinerons les points de vue transmis par les principaux journaux français, tels que Le Monde, qui a déclaré que le Groenland est européen et doit le rester, Le Figaro, qui estime que personne n'est prêt à se battre contre les États-Unis, et La Croix, qui a titré que les menaces de Trump provoquent la terreur en Europe, ainsi que Le Parisien, qui dit que le processus a déjà commencé.

Le Monde a débuté avec l'avis de l'ancien secrétaire général adjoint de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno, qui déclare que la politique américaine sous le président Donald Trump révèle que les États-Unis se transforment en adversaire direct de l'Europe, aussi dangereux que la Russie et la Chine.

Dans son article pour le journal, Guéhenno considère que la mise sous tutelle américaine du Venezuela représente un avertissement qui devrait éveiller les Européens à la réalité des nouvelles tendances américaines, soulignant les pressions que l’Europe subit de toutes parts, où elle fait face à la Russie dans une guerre hybride et à la Chine, qui utilise un mélange de discours conciliant et de pression économique pour la diviser.

Pour Guéhenno, les États-Unis deviennent maintenant le "prédateur numéro trois" qui cible une Europe affaiblie, une situation que les Européens ont du mal à accepter, étant donné que le projet européen est historiquement lié à la relation transatlantique et à leur dépendance à l'OTAN pour les questions de défense, rendant presque politiquement et psychologiquement impossible l'idée de construire une Europe indépendante des États-Unis ou en opposition à elle.

Cependant, la stratégie de sécurité nationale américaine considère - selon Guéhenno - l'Europe comme un adversaire idéologique et géopolitique, car elle s'efforce de réguler les tendances nationalistes par la loi, et dispose d’une force organisationnelle et commerciale qui pourrait limiter l'hégémonie américaine, notamment dans les domaines de la technologie avancée, sans oublier que le renforcement du rôle de l'euro pourrait menacer la domination du dollar.

La fermeté et non la complaisance

D'un autre côté, Le Monde a averti dans son éditorial que le Groenland est devenu l'un des objectifs potentiels de la politique américaine sous Trump, à la suite de ce que le journal décrit comme l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, donc toute tentative de contrôle de la région danoise autonome par la force constituerait un précédent dangereux et une menace directe pour l'Europe et l'OTAN.

L'éditorial rappelle que Trump avait déjà proposé en 2019 l’idée d'acheter le Groenland, qualifiant cela de "transaction immobilière", mais il est revenu aujourd'hui à dépasser la logique de l'achat pour évoquer la possibilité de s’emparer de l'île par la force, ce que le journal a considéré comme une humiliation pour le Danemark, un allié traditionnel et fiable des États-Unis, et une violation flagrante des normes de relations internationales.

Le Monde a rejeté les justifications sécuritaires avancées par le président américain, affirmant que l'accord de défense signé en 1951 permet aux États-Unis d'avoir une présence militaire au Groenland pour faire face aux défis russes et chinois dans le Grand Nord, et que tout amendement pourrait se faire par les voies diplomatiques sans violer la souveraineté de la région et son attachement au Danemark.

L'éditorial a averti que l'annexion du Groenland par la force compromettrait l'essence même de l'OTAN, et viderait l'article cinq de sa signification, offrant à la Russie une victoire stratégique gratuite, tout en critiquant le silence et l'étonnement européen face aux menaces américaines répétées, concluant que la politique de complaisance n’a conduit qu’à une escalade accrue, et que la fermeté, et non la complaisance, est le seul moyen de rétablir un équilibre dans la relation transatlantique.

Pour sa part, Le Figaro a commenté que le Premier ministre du Groenland, Jens Frederik Nielsen, essaie d'être la voix de la raison en affirmant qu'une invasion du Groenland n'est pas possible, mais que penser en ce moment où Trump a promis de s'occuper de l'île dans les 20 jours doit être fait dans le pire des scénarios, même si personne n'est prêt à combattre les États-Unis.

Graves inquiétudes européennes

La Croix a estimé que les déclarations de Trump concernant l'annexion du Groenland ont suscité de grandes inquiétudes en Europe, car elles représentent une menace pour la sécurité de l'Arctique et la stabilité de l'OTAN, et interviennent après une série de mesures américaines unilatérales, comme le raid à Caracas et l'enlèvement du président vénézuélien, ce qui amène les Européens à prendre l'éventualité de l'annexion du Groenland très au sérieux.

Des analystes - selon le journal - estiment que les arguments sécuritaires, stratégiques et économiques avancés par Trump pour s'emparer du Groenland sont faibles, car la sécurité de l'île est couverte par l'OTAN et la présence militaire américaine, et que les ressources minérales de l'île sont difficiles à exploiter et non rentables économiquement, mais que les motivations de Trump, pour certains, sont le désir d’inscrire son nom comme président qui a élargi les territoires des États-Unis.

Le journal a noté que les Européens ont confirmé leur solidarité avec le Danemark, qui a la souveraineté sur l'île, mais que l'Europe ne dispose en réalité pas de grands outils pour dissuader tout acte américain, et se contentera donc de rappeler à Washington le droit international, tout en envisageant des mesures symboliques comme la visite de ministres de l'Union européenne sur l'île et l'ouverture d'un consulat français dans sa capitale Nuuk.

La Croix a conclu que la situation au Groenland restera un grand test pour la solidité des alliances européennes et transatlantiques, testant l'équilibre entre le maintien de la souveraineté et la défense de la stabilité régionale d'une part, et la gestion de la relation avec la grande puissance d'autre part.

Le processus a commencé

De son côté, Le Parisien a estimé que le dossier du Groenland est devenu pour l'administration Trump une question de sécurité, de politique et de géographie simultanément, où les intérêts des grandes puissances se chevauchent, indiquant qu'il y a des scénarios de conflit potentiel et de crise au sein de l'OTAN.

Dans ce contexte, le journal a examiné quatre scénarios possibles pour gérer la crise, le premier étant le renforcement des défenses européennes au Groenland via l'OTAN pour couper court à toute justification de sécurité nationale des États-Unis, le second étant le recours de Washington à la pression diplomatique et économique, et éventuellement à une tendance vers une indépendance partielle du Groenland pour signer un accord renforçant la présence américaine sur l'île.

La crise du Groenland révèle la fragilité de l'Europe face aux États-Unis sur les questions de souveraineté stratégique, et relance le débat sur l'autonomie de la défense européenne et l'ampleur de l'influence américaine dans le Nord Atlantique.

Le troisième scénario, celui d'une action militaire directe, c’est-à-dire l'annexion de l'île par la force, est considéré comme le moins probable, bien qu'il ne soit plus impossible, et ses conséquences seraient catastrophiques pour l'OTAN. Mais le quatrième scénario, qui consiste à déployer des forces européennes symboliques au Groenland, sans entrer en confrontation directe avec l'immense armée américaine, reste simplement une mesure symbolique.

Le journal a conclu que "le processus a déjà commencé" car les États-Unis œuvrent à accroître leur influence sur l'île, que ce soit par des alliances, des accords économiques ou des pressions politiques, tandis que l'Europe peine à trouver des moyens symboliques et limités pour prouver sa capacité à protéger ses intérêts.

Le Parisien a terminé en déclarant que cette crise révèle la fragilité de l'Europe face aux États-Unis sur les questions de souveraineté stratégique, et relance le débat sur l'autonomie de la défense européenne et l'ampleur de l'influence américaine dans le Nord Atlantique, faisant du Groenland aujourd'hui un centre potentiel de conflit diplomatique et stratégique, qui pourrait changer les règles du jeu dans l'Arctique et au sein de l'OTAN.

Source : La presse française