État à 10 %
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État à 10 %

Lorsque le ministre des Finances et de la Planification palestinien déclare au public que le gouvernement gère le pays avec seulement 10 % de ses revenus habituels, et que le budget des projets de développement frôle le zéro, il ne parle pas seulement de chiffres secs ou de budgets en difficulté, mais annonce en pratique la fin d'une ère et le début d'une autre dans notre histoire économique contemporaine. Bien que cette déclaration soit d'une dureté incroyable, elle nous confronte tous à la vérité nue que nous avons essayé d'ignorer pendant des années : le modèle de développement que nous avons construit au fil des décennies, basé principalement sur l'aide extérieure et les fonds de compensation subordonnés à la politique, a atteint une impasse et n'est plus capable de répondre aux aspirations d'un peuple en quête d'indépendance et de croissance.

Gérer un État avec 10 % de ses ressources n'est pas simplement une "miracle administratif" ou une situation d'urgence temporaire que nous attendons de voir disparaître, mais un signal clair et franc que la structure gouvernementale actuelle est surchargée de poids excédant sa capacité et sa possibilité de manœuvre face aux crises. Les chiffres choquants parlent d'une perte économique approchant un milliard de dollars par mois, d'une dette publique dépassant 14,6 milliards de dollars, et de fonds de compensation bloqués s'élevant à 4,5 milliards de dollars. Cette réalité amère nous impose une question existentielle qui ne peut être différée ni éludée : pouvons-nous continuer à considérer le gouvernement comme "le financeur, l'opérateur et le garant" unique de tous les détails de notre vie économique, tandis que la terre tremble sous nos pieds et que les ressources se tarissent autour de nous ?
Nous avons longtemps vécu à l'ombre d'un modèle de développement qui lie "progrès" et "prospérité" à la taille des dons des bailleurs de fonds, ou à ce que le gouvernement dépense directement à partir de son budget général. Mais ce modèle s'efface aujourd'hui devant nos yeux ; les aides internationales qui constituaient jadis 27 % du produit intérieur brut ont chuté à seulement 2 % aujourd'hui. Les priorités mondiales ont radicalement changé, et le financement extérieur s'éclipse vers d'autres zones de conflit ou se dirige vers l'aide humanitaire urgente plutôt que vers une construction stratégique à long terme. Ce recul n'est pas simplement un manque de liquidités, mais une transformation structurelle qui nous confronte à deux options sans troisième possibilité : soit sombrer dans une spirale de gestion du "minimum", en attendant un goût de chance, soit avoir le courage nécessaire pour redéfinir le rôle et les responsabilités de l'État à l'ère post-aide.
L'efficacité dont nous avons besoin aujourd'hui ne concerne pas la manière de rationner le déficit ou de répartir intelligemment des salaires à moitié, mais de savoir comment libérer l'État des fardeaux opérationnels et de développement qu'il n'est plus en mesure de porter seul. L'État fort dans le concept moderne n'est pas mesuré par la taille de son appareil bureaucratique ou par son intervention directe dans toutes les articulations de l'activité économique, mais par sa capacité à être "l'organisateur intelligent" et "le stimulateur" qui ouvre les portes fermées à l'investissement et à l'innovation. Pourquoi le gouvernement insiste-t-il, par exemple, pour gérer des secteurs vitaux comme l'énergie, les combustibles et les services techniques et logistiques par lui-même, alors que le secteur privé, dans un partenariat national véritable, pourrait le faire de manière plus efficace et à un coût bien inférieur pour le trésor public épuisé ?

Les initiatives qui commencent à poindre à l'horizon récemment, de la création de la Société nationale des combustibles à l'expansion des projets d'énergie solaire et des programmes de transformation numérique, ne doivent pas être lues comme de simples solutions techniques d'urgence à la crise financière actuelle. Elles doivent être considérées comme un début sérieux d'un processus de désengagement du modèle ancien obèse. Elles constituent en essence des tentatives d'ouvrir la voie au capital palestinien, dont les estimations indiquent que les investissements à l'étranger dépassent 5 milliards de dollars, pour qu'il revienne et prenne la tête du développement dans son pays. Attirer ces esprits et ces capitaux migrants ne nécessite pas seulement des discours émotionnels ou des appels nationaux, mais nécessite un cadre légal et législatif solide garantissant la stabilité, désamorçant la bureaucratie paralysante, et offrant une protection à l'investisseur et au citoyen à la fois.
Alors que les travailleurs palestiniens affrontent des restrictions écrasantes et l'annulation des permis ayant entraîné une perte de 4 milliards de dollars par an, l'économie numérique se présente comme une vaste porte arrière pour surmonter les obstacles géographiques et politiques. Le secteur des technologies de l'information, qui croît calmement et contribue à environ 4 % du produit intérieur brut, est la preuve irréfutable que nous avons des ressources humaines jeunes capables de créer une croissance "légère en charges" n'ayant pas besoin de garanties souveraines ou de subventions internationales massives. La transition vers une numérisation totale n'est pas un luxe technique ou une mode mondiale, mais un moyen nécessaire de réduire la taille de l'appareil gouvernemental obèse, et de le rendre plus agile et capable de répondre aux besoins des gens loin des files d'attente et des complexités administratives.

L'expérience amère de nombreuses années a prouvé que la dépendance vis-à-vis des fonds de compensation en tant que "seul poumon" dont respire l'économie palestinienne est un pari perdant et une stratégie aventureuse. Chaque décision de retenue ou de prélèvement politique se transforme immédiatement en une crise sociale et de subsistance affectant chaque foyer et chaque intérêt commercial. Les fonds de compensation, bien qu'ils resteront un droit national et légal inaliénable, ne peuvent pas devenir la seule fondation sur laquelle se bâtira l'avenir de nos générations à venir. Le véritable développement durable provient du cœur de la production locale, de la force de l'investissement privé, et de la capacité de la société à innover des solutions pour ses propres ressources loin des fluctuations de la politique internationale ou des caprices des bailleurs de fonds.
Le véritable danger auquel nous faisons face aujourd'hui n'est pas seulement le manque de liquidités, mais que "l'économie d'urgence" et "la gestion des crises" deviennent un état d'esprit permanent et une culture institutionnelle qui ne voit pas plus loin que la fin du mois. Les nations et les peuples ne progressent ni ne prospèrent simplement par leur capacité à survivre ou à surmonter les crises, mais par leur capacité à investir dans les opportunités latentes que génèrent ces crises dans le ventre de la souffrance. La période des aides généreuses est désormais derrière nous, et l'ère du gouvernement qui fait tout et contrôle tout est révolue.
L'avenir appartiendra à ceux qui osent aujourd'hui redessiner la structure de l'État afin qu'elle soit moins coûteuse et plus efficace, et pour ouvrir la voie à un véritable partenariat équitable entre les secteurs public et privé. Le succès de tout nouveau modèle de financement et de développement restera organiquement lié aux facteurs de gouvernance, de transparence, et de stabilité législative. Car l'investissement, par sa nature, recherche la clarté et la capacité de prévoir l'avenir, des facteurs aussi importants que le financement lui-même. Le véritable défi auquel les Palestiniens sont confrontés aujourd'hui n'est pas de savoir comment "gérer les affaires" et survivre avec 10 % des revenus, mais comment saisir ce moment charnière pour bâtir une économie nationale solide, qui n'a pas besoin de plus que ces ressources pour s'épanouir, croître, et créer un avenir digne des sacrifices de ce peuple.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.